lundi 30 mars 2026

Trois camarades (Three Comrades de F. Borzage, 1938)

 



Très beau mélodrame de Frank Borzage avec cette histoire poignante parfaitement mise en scène. Borzage, on le sait, à toujours foi en ses personnages et en l’amour qu’ils se portent. C’est là ce qui donne au film un supplément d’âme et lui permet d’éviter le sirupeux et l’exagération.
Les différents personnages, liés par l’amitié ou l’amour, se portent, se soutiennent, suivent leurs voies, se retrouvent, traversent la vie et ses malheurs. L’ingénuité – et bientôt la fragilité – de Margarett Sullavan envahit l’écran et Robert Taylor est magnifique. La sincérité du réalisateur vibre à l’écran.
Borzage, filmant le Berlin des années 20, parvient à parfaitement équilibrer les amitiés des trois compagnons et l’arrière-plan violent et agité qui secoue la ville. Si cela conduira au drame, il ne laisse jamais la politique envahir son sujet, qui reste toujours l’amitié et l’amour. Cet équilibre est magnifique, alors qu’il était sans doute facile de « dénoncer » et de faire « passer un message » à propos de cette période troublée qui conduira jusqu’au désastre de la seconde guerre mondiale.
Si les films parlants de Borzage n’atteignent sans doute pas la perfection du muet, ils gardent cette vibration magnifique et intime que très peu de réalisateurs savent glisser dans leurs films.



jeudi 26 mars 2026

La Faille (P. Fleischmann, 1975)

 



Film un peu étrange de Peter Fleischmann qui, sans la nommer mais en la montrant du doigt très directement malgré tout, emmène le spectateur dans la Grèce de la dictature des colonels. Si l’idée d’un inspecteur des services spéciaux qui convoie un homme pour se faire interroger est en soi intéressante, le film manque d’un rythme bien clair, avec des moments un peu éteints et il semble parfois hésiter et se perdre. Certaines séquences semblent ratées (la bagarre entre Piccoli et Adorf) et même un peu ridicules. Fleischmann, néanmoins, conclut très bien son film.
Une des réussites de La Faille est de jouer longtemps de l’incertitude concernant le personnage de Ugo dont on ne sait rien : arrêté lors d’une situation banale, ce qu’on lui reproche est absurde. L’administration qui l’interroge apparaît comme une machine kafkaïenne qui ne s’arrête pas quand elle est lancée. Et puis, au cours du film, le doute va naître dans l’esprit du spectateur.
Le film fait alors se côtoyer un grand duo d’acteurs (Ugo Tognazzi et Michel Piccoli). Et même un trio, si l’on ajoute Mario Adorf, dans un registre presque plus burlesque (vers lequel son jeu ramène très souvent, à l’inverse de Tognazzi, capable de dramatiser son jeu, comme c’est le cas ici). C’est là l’un des plaisirs de ce film, malgré les moments déceptifs un peu lents.



lundi 23 mars 2026

Miracle sur la 34ème rue (Miracle on 34th Street de G. Seaton, 1947)

 



Film de Noël à grand succès aux Etats-Unis, empli de bons sentiments et qui joue sur une humanité chaude, réconfortante, traditionnelle. Cinématographiquement le film reste limité, hormis le charme désuet qu’il peut dégager. Malgré la surabondance de bons sentiments, la volonté de fraîcheur miraculeuse avec ce bon Père Noël et le duo Maureen O’Hara - John Payne, cela est un peu court pour embarquer dans la magie de Noël.
Si l’on veut un film de Noël, on préfèrera, bien évidemment, le chef d’œuvre absolu de La Vie est belle qui ne fait pas seulement évoquer la magie de Noël, mais nous la fait toucher du doigt de façon fascinante.


vendredi 20 mars 2026

Sans lendemain (M. Ophuls, 1939)





Beau film de Max Ophuls qui, même s’il n’a pas le raffinement et la perfection des plus beaux drames du réalisateur, emplit l’écran d’une douleur contenue mais très profonde.
C’est que Evelyn, qui sacrifie tout pour quelques moments avec Georges – et même, plus précisément, pour l’image qu’elle veut que Georges garde d’elle –, a une dimension de sacrifice qui rejoint Joan Fontaine dans Lettre d’une inconnue. Et Edwige Feuillère, pleine d’une douloureuse beauté, évoque bien sûr la Danielle Darrieux amoureuse de Madame de….
Dans son traitement, le film a même une sécheresse qui contraste avec la richesse de la mise en scène : Ophuls se fixe d’emblée sur son personnage, dont l’étincelle de vie est éteinte mais qui, tout à coup, en retrouvant l’homme qu’elle aime et qu’elle avait perdu, se rallume, la brûle et emporte tout.

 

mardi 17 mars 2026

Le Signe du païen (Sign of the Pagan de D. Sirk, 1954)

 


Petit film de Douglas Sirk, qu’il réalise dans une période de travail très intense (vingt-quatre films en une dizaine d’années) parsemée de chefs-d’œuvre. Mais, si Sirk s’essaye ici au péplum, le genre ne lui réussit guère.
L’idée de Jack Palance pour camper Attila était pourtant bonne, l’acteur au visage à la fois reptilien et déformé et à la voix si particulière pouvait donner une dimension orientale au personnage (un peu comme dans Les Cavaliers de Frankenheimer où il joue Toursène) mais son maquillage qui cherche à lui donner une teinte jaune-brune est désastreux. Et il se débat au milieu de décors et d’accoutrements qui passent assez mal.
L’ensemble est assez emprunté et peu convaincant (aussi bien dans les scènes de palais que dans les scènes d’action) : on sent que Sirk, à l’inverse de beaucoup d’autres genres, ne parvient pas à exprimer sa patte personnelle au-delà de l’histoire. Pour reprendre sa propre formule, Sirk ne parvient pas à filmer par-dessus le scénario et le film semble alors bien fade.


samedi 14 mars 2026

Faisons un rêve (S. Guitry, 1936)

 



Joli film de Sacha Guitry, Faisons un rêve est comme une version chimiquement pure de sa manière de faire et de ses thèmes de prédilection. Il s’agit d’une histoire très simple de séduction et qui se résume très vite à un tête-à-tête entre le séducteur (Sacha Guitry) et la femme séduite (Jacqueline Delubac, son actrice fétiche et sa femme au moment du film).
Bien sûr il y a le plaisir des jeux de dialogue et de la théâtralité entre les deux complices qui se tournent autour et l'on sent très vite combien le petit arrangement entre les deux aura raison de toutes les possibles résistances (jusqu'au coup du sort final, sommet d'ironie). Il faut dire que Sacha Guitry, en auteur démiurge, veille à ce que tout se passe comme dans un rêve, justement.
On regrette un peu que le mari trompé soit campé par Raimu parce que l’acteur s’avère très sous-employé : présent uniquement en début et en fin de film, il n’a guère la possibilité d’exprimer sa formidable présence. Et, il faut bien dire, dans l’univers très raffiné, délicat et à l’ironie douce de Guitry, Raimu ne semble guère à sa place. Il apparaît bien à l’étroit au milieu de toute cette préciosité, lui qui est bien plus à l’aise dans l’exubérance que saisit si bien Pagnol.



mardi 10 mars 2026

Vivre pour vivre (C. Lelouch, 1967)

 



Réalisé dans la foulée de Un homme et une femme, Vivre pour vivre en est un héritier direct. Mais il pâtit de ce fait du grand succès du film précédent : dans cette nouvelle histoire de couple (ici un couple qui se défait), on retrouve cette étonnante particularité de Claude Lelouch qui est de parvenir à glisser dans le film, par-dessus le scénario et les personnages, sa grande prétention à se penser comme un grand réalisateur et à bien le montrer au spectateur.
Dans plusieurs séquences (et finalement assez nombreuses), on voit aux jeux de montage, aux images sans dialogues qui se succèdent ou à la musique choisie, les grosses ficelles de Lelouch, tout auréolé de son succès et qui fait des « choix artistiques stylisés ». Par exemple avec le montage alterné de gros plans sur Annie Girardot et Candice Bergen, montrant combien chacune pense au même homme en même temps. La lourdeur du trait fatigue. Ou la mise en scène appuyée des aveux de Robert, dans le train, avec les deux personnages qui ne peuvent se voir et, bientôt, que l’on n’entend plus. Ou ces rires rajoutés par-dessus la musique dans la séquence finale humiliante dans le bar. Ou encore dans ces séquences au montage rapide et sans dialogues pour évoquer le lien qui se noue, en Afrique, entre Robert et Candice. Ou les retrouvailles sur fond de neige pour avoir un écran blanc. Tous ces « gestes » du réalisateur sont lourds, appuyés et envahissants.
C’est bien dommage, tout cela rend d’autant plus difficile à supporter un scénario qui était déjà un peu bancal. Puisque si l’on comprend que Robert, après bien des tromperies, finisse par quitter Catherine, on comprend moins qu’il quitte Candice quelques mois plus tard (disons que l’ellipse est un peu facile). Et si l’on comprend que Robert, alors, cherche à retrouver Catherine, on ne voit pas vraiment pourquoi, dans un coup de théâtre très artificiel, elle revient finalement dans la toute dernière image. Image qui vient complètement contredire l’humiliation très appuyée, on l’a dit, que vient de subir Robert. C’est là que l’on comprend que la mise en scène vient fragiliser le scénario lui-même, achevant de déstabiliser le frêle équilibre du film.
Yves Montand tient bien un rôle ingrat, son personnage de séducteur s’estompant au fur et à mesure du film, quand Annie Girardot, magnifique, glisse, d’un instant à l’autre, du plu sbeau des sourires vers la tristesse profonde.
On préférera, dans la même veine de ces histoires de couples, Un homme qui me plaît, qui pâtit peut-être moins des excès de Lelouch et bénéficie d’une belle complicité entre Belmondo et Girardot.



samedi 7 mars 2026

Vera Drake (M. Leigh, 2004)





Film assez peu convaincant de Mike Leigh, en tous les cas bien loin de ses plus grandes réussites. Si son personnage principal est attachant et si l’on prend bien sûr fait et cause pour lui, le film reste assez académique et attendu et finalement assez loin de la puissance émotionnelle d’un film comme Secrets et Mensonges par exemple.
La reconstitution de l’Angleterre des années 50 est très appliquée mais l'on ressent à l’image cette minutie et cette application, ce qui donne un aspect un peu faux à une reconstitution pourtant très soignée et aboutie.
Imelda Staunton, dont on a loué la composition dans le rôle-titre, surjoue beaucoup dans toute la première partie du film (jusqu’à son arrestation) : elle cabotine avec son sourire permanent et sa démarche de « bonne petite vieille affable ». Elle donne même une apparence superficielle au film lui-même avec ce personnage trop bon, trop doux, trop empli de bonnes ondes et qui agit par bonté (et jamais pour l’argent).
Mais on reconnaît Mike Leigh dans la seconde partie, lorsque Vera Drake est prise dans la tourmente, puisqu’il montre une retenue (retenue que n’aurait peut-être pas eu Loach ou Sheridan auxquels on pense, le propos du film étant éminemment politique) : ni la police ni la justice n’écrasent la pauvre femme, mais c’est bientôt plutôt la loi qui frappe. Contraints par cette loi et par l’activité de Vera Drake, l’enquêteur ou le juge montrent une humanité qui répond la détresse de la faiseuse d’anges.



jeudi 5 mars 2026

L'Affaire Crazy Capo (P. Jamain, 1973)

 



Intéressant polar français qui vaut surtout par la figure remarquable que tient Maurice Ronet. Au milieu d’un scénario assez peu original (hormis la fausse trahison du fils mais, pour le reste, on assiste à une guerre des chefs très conventionnelle), c’est le hiératisme de l’acteur qui passe très bien en chef mafieux. Cette figure taiseuse fermée mais puissante accompagne parfaitement la sécheresse réussie du film qui reste peu expansif (hormis dans quelques séquences avec Jean-Pierre Marielle) et propose des moments de violence soudains.
La confrontation avec le flic Jean-Pierre Marielle – chaque acteur restant dans son style (l’un haut en couleur, l’autre mutique) – est un peu courte et l’on aurait souhaité qu’elle dure davantage. Et l'on regrette aussi la ridicule séquence de l’évasion, quand la fin, au contraire, est tout à fait réussie.



mardi 3 mars 2026

L'Escadron noir (Dark Command de R. Walsh, 1940)

 



Petit western de Raoul Walsh, qui vaut uniquement par la présence de John Wayne et par quelques scènes d’actions bien rythmées.
Pour le reste, le film s’apparente à un mélange de tons peu digeste (passant lourdement du drame à des gags redondants), construit autour d’une romance peu convaincante et d’une opposition de personnages simpliste (l’illettré intègre versus le lettré sans foi ni loi), le tout sur fond de récit historique (le film évoquant les ravages de la bande de Quantrill pendant la guerre de Sécession).