
Beau film d’Emir Kusturica, qui brasse avec une
étonnante facilité des drames familiaux et intimes. Papa est en voyage d’affaires est d’humeur réaliste, avec, au-delà
de l’histoire, un grain de l’image et un éclairage particulier qui peignent une
époque sans avoir cet aspect flamboyant et baroque qu’auront plusieurs des réalisations
futures de Kusturica.
Le regard de Kusturica, prétextant l’histoire de cette
famille, embrasse le drame de tout un peuple : le film montre combien le
mensonge – depuis le cœur même de la famille (mensonge du père avec ses
infidélités, de la famille pour cacher l’emprisonnement du père) – gangrène et
structure la société. Société, alors, qui est prise comme dans un étau face à
l’arbitraire et face à la bureaucratie sans âme.
Mais Kusturica pose ce regard dur avec une certaine
légèreté. Il passe par le témoignage à demi-naïf (mais à demi seulement) d’un enfant
(enfant qu’il était à l’époque des faits relatés) et il glisse avec bonheur des
moments un peu burlesques ou détachés du drame ambiant.
Le film, alors, rend compte à la fois d’une certaine
nostalgie de l’enfance – avec des petits moments pris sur le vif – et de la
mémoire collective de la Yougoslavie.

































