vendredi 27 février 2026

Le Maître de musique (G. Corbiau, 1988)

 



Film appliqué et empli de couelurs chaudes, avec un personnage central à la fois ténébreux et charismatique (Joachim Dallayrac, campé par José Van Dam) autour duquel tout le film tourne. Le cadre majestueux et le raffinement qui en émane sont une vraie réussite du film.
Mais Le Maître de musique est inégal : si plusieurs scènes sont magnifiques ou emplies de musique (José Van Dam donnant alors toute la mesure de son talent), en revanche le film de Gérard Corbiau pêche par des dialogues parfois plats, des personnages un peu lisses (portés par des acteurs bien peu convaincants, hormis Van Dam) ou des situations bien peu naturelles (la façon dont Dallayrac découvre une voix dans le clochard qui cabotine au marché). Et le duel final entre les ténors masqués apparaît presque en rupture avec le reste du film et offre un final plutôt décevant (un duel ne valant pas une représentation telle que celle qui ouvre le film).
On notera que, dans la première séquence, les dialogues en anglais ne sont pas sous-titrés, ce qui donne un ton immédiatement (et bien inutilement) prétentieux au film.



mercredi 25 février 2026

La Femme flic (Y. Boisset, 1980)

 



La Femme flic pâtit – comme si souvent avec Yves Boisset – d’un sujet traité avec beaucoup de lourdeur.
Centré sur Corinne Levasseur, le film démarre sur le sujet pressenti par le titre : celui d’une femme frêle, effacée mais tenace dans un monde d’hommes (Miou-Miou surjouant cette fragilité avec sa petite voix et sa timidité). Mais, après la première séquence et la mutation de Levasseur, le film change progressivement de sujet pour aller vers la dénonciation des riches intouchables qui s’en sortent toujours (alors qu’ils sont, pour juger de l’épaisseur du coup de pinceau qui peint les personnages, à la fois pédophiles, proxénètes et tueurs d’enfants, excusez du peu).
Il n’est pas question, bien entendu (mais ce n’est jamais le cas chez Boisset), de personnages gris, incertains, personnages qui ne seraient ni tout à fait bons ni tout à fait mauvais (un puissant qui aurait un bon fond par exemple), non, ils sont ici tous tout à fait blancs ou tout à fait noirs. Et comme ils sont définis d’emblée comme tel, on suit le film sans grand intérêt, comprenant aussitôt que chacun restera dans la case assignée par le réalisateur. 
La Femme flic, alors, retombe sur le propos d’un film comme Le Juge Fayard dit « le sheriff » dont le sujet, in fine, était le même : ici des dominants corrupteurs, là des dominants criminels, mais, dans tous les cas, la dénonciation sans finesse des intouchables grands bourgeois de la province coupables de mille exactions et qui, comme il se doit, ne sont pas inquiétés.
Dès lors on ressort du film lassé et un peu navré qu’un sujet aussi grave soit traité avec autant de lourdeur et de partialité.

 

jeudi 19 février 2026

Hitman : Agent 47 (A. Bach, 2015)

 



Film sans saveur, totalement dévoué à des scènes d’action organisées autour de son personnage qui se veut un assassin absolu (génétiquement modifié et augmenté pour être plus efficace, plus précis, etc., excusez du peu), et qui rendent le film ennuyeux à souhait. On est donc entre la science-fiction et le film d’action survitaminé, le scénario cherchant à produire un ennemi (modifié lui aussi) à la mesure de ce super-héros assassin.
On notera simplement que ces personnages froids, sans aucune épaisseur ni humanité et qui errent dans un scénario sans âme évoluent dans des décors modernes et urbains tout aussi froids et impersonnels. Assemblés, ces deux aspects entrent en résonnance et créent une réaction chimique surprenante : le film, étonnamment, aussitôt vu, est oublié.

 


mardi 17 février 2026

Le Désert des Tartares (Il deserto dei Tartari de V. Zurlini, 1976)

 



Intéressante adaptation d’un livre difficile à porter à l’écran : le roman est empli de vide et d’attente, ce qui représente un écueil bien dangereux pour un réalisateur.
Valerio Zurlini plonge parfaitement son film dans une ambiance mélancolique, vaine, où tout s’éteint, où les rapports humains s’amenuisent. Le fort, perdu au milieu de l’espace vide, est montré comme un assemblage complexe de pièces, de salles et de couloirs dont on comprend mal la connexion, et il semble happer et éteindre les aspirations des soldats. Très vite le motif héroïque s’épuise et les hommes se vident et deviennent lisses.
L’évocation des Tartares offre une rupture visuelle (ce sont des silhouettes au loin, des lumières, un cheval blanc), tout en restant empreinte de mystère.
François Perrin campe très bien le lieutenant Drogo, avec son air ingénu et frêle, et il est parfaitement entouré par des acteurs majeurs (de Max Von Sydow à Vittorio Gassman : la distribution est prestigieuse), acteurs qui, tous, contribuent à construire cette ambiance faite de vacuité et d’attente.


jeudi 12 février 2026

Running Man (The Running Man de E. Wright, 2025)

 



Remake quelconque d’un mauvais film de Paul Michael Glaser (1), The Running man ne se hisse guère plus haut que son prédécesseur.
Il n’y a bien entendu aucune surprise à attendre du film, qui se suit donc en s’endormissant largement. Si le film joue à la fois des ressorts du mélodrame social et des codes des films d’action, l’ensemble reste tout à fait anonyme et insipide.
Et ce ne sont pas les banales scènes d’action, les grands méchants très quelconques ou les pseudo-retournements de situation qui pourront nous laisser en éveil : tout se déroule comme prévu, avec un happy-end conventionnel, à la dernière minute, après que l’on nous a fait croire le pire. Finalement, à notre grande surprise, le gentil gagne et tue le méchant, ouf.
Si Edgar Wright avait réussi son coup avec le distrayant Shaun of the Dead qui emmenait le film de zombies vers la comédie parodique, là son film ne mène nulle part. On ne saurait trop dire pourquoi Hollywood investit dans un film qui, dès l’idée de départ, semble être destiné à n’être qu’un insipide blockbuster bas de gamme (peut-être s’agit-il de tester Glen Powell – souvent utilisé en second rôle ou en bad boy – en héros de film d’action).



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(1) : S’il est une adaptation du Running Man de 1987 (lui-même inspiré du roman de Stephen King, alias Richard Bachman), il s’agit au départ de la trame principale du Prix du danger d’Yves Boisset (lui aussi adapté d’une nouvelle de Robert Sheckley) qui a pu faire valoir la primauté de son œuvre après une longue bataille judiciaire.


lundi 9 février 2026

Une ville d'amour et d'espoir (Ai to kibō no machi de N. Oshima, 1959)

 



Dès son premier film, Nagisa Oshima vise juste en cadrant ce Japon pauvre, sombre, où tout est une lutte (pour se nourrir, s’en sortir, tisser des rapports humains, avancer tant bien que mal). Donnant une large teinte néoréaliste à son sujet, Oshima joue de l’opposition des classes sociales et travaille avec beaucoup d’habileté autour de son scénario, ne révélant que très tard l’escroquerie qui est au cœur du film (escroquerie délicieuse, presque charmante : Masao vend toujours le même pigeon voyageur puisque celui-ci, immanquablement, retourne dans sa maison). Mais cette escroquerie trompe sur Masao et sa fausseté le perd. Lui qui, pourtant, fait ce qu’il peut, perdu entre des études qui sont une possibilité d’un mieux dans le futur et cette vie de tous les jours, qui le contraint tellement.
Très moderne, vif, braquant sa caméra sur le Japon des ruelles et des trottoirs sordides, Oshima amorce ici le premier film de sa
Trilogie de la jeunesse, qui ira vers des réalisations encore plus sombres et – pour L’Enterrement du soleil – presque désespérées et tout à fait tragiques.


samedi 7 février 2026

Allons z'enfants (Y. Boisset, 1981)

 



Diatribe antimilitariste un peu facile de Yves Boisset qui pousse le curseur très loin dans sa dénonciation (les chefs odieux qui se multiplient, le père jusqu’au-boutiste et pathétique).
L’argument est un peu facile (l’adolescent antimilitariste, intéressé par la littérature et le cinéma, et qui est poussé de force dans les bras de l’armée), ce qui rend le film trop convenu et prévisible. D’autant que le jeune Chalumeau est intègre et reste droit face aux brimades : on sent bien que les choses vont aller pour lui de mal en pis.
Pourtant la camaraderie de quelques-uns et la compréhension d’un des lieutenants adoucissent un peu les choses et rendent le film peut-être moins grossièrement partisan que ne le sont souvent les réalisations de Boisset. Et la fin est réussie : le réalisateur trouve un ton grinçant très juste autour du drame qui s’est joué.


mercredi 4 février 2026

Signes extérieurs de richesse (J. Monnet, 1983)

 



Le film Jacques Monnet déçoit et tourne rapidement à vide avec son scénario d’abord bien tenu mais qui file ensuite dans des directions bien peu intéressantes (avec le vétérinaire tombant amoureux de l’inspectrice des impôts…).
C’est un peu dommage puisque, sur un registre comique, Claude Brasseur et surtout Jean-Pierre Marielle avaient le bon ton. Les voir être confrontés à une inspectrice des impôts froide et rigoriste qui résiste au baratin et à la verve de Marielle était bien vu. Mais le film, en filant vers le sirupeux, se perd en chemin et devient tout à fait insipide. On sent bien que Marielle, qui reste 
lui sur le même ton, préférerait voir le film ne pas dérailler mais rien n’y fait.



lundi 2 février 2026

Clean (O. Assayas, 2004)

 



Si l’histoire racontée par Clean est assez simple (une mère seule et paumée veut récupérer la garde de son fils confié aux grands-parents), toute la réussite du film est dans le personnage principal d'Emily – mélange un peu surprenant (avec Maggie Cheung très bien dans un rôle inhabituel) et finalement attachant – et dans la manière de raconter. Et Assayas, comme souvent, saisit très bien son personnage, le fait évoluer au milieu d’autres, le fait se perdre et se retrouver.
De façon très bien vue, Emily fait plein de rencontres (certaines emplies d’énergies positives, d’autres tout à fait toxiques), mais, des unes comme des autres, elle ne fera rien : ce n’est pas de ces rencontres que viendra le changement (grand sujet du film) mais bien d’elle-même, trouvant l’énergie dans cette quête vers son enfant.