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samedi 14 mars 2026

Faisons un rêve (S. Guitry, 1936)

 



Joli film de Sacha Guitry, Faisons un rêve est comme une version chimiquement pure de sa manière de faire et de ses thèmes de prédilection. Il s’agit d’une histoire très simple de séduction et qui se résume très vite à un tête-à-tête entre le séducteur (Sacha Guitry) et la femme séduite (Jacqueline Delubac, son actrice fétiche et sa femme au moment du film).
Bien sûr il y a le plaisir des jeux de dialogue et de la théâtralité entre les deux complices qui se tournent autour et l'on sent très vite combien le petit arrangement entre les deux aura raison de toutes les possibles résistances (jusqu'au coup du sort final, sommet d'ironie). Il faut dire que Sacha Guitry, en auteur démiurge, veille à ce que tout se passe comme dans un rêve, justement.
On regrette un peu que le mari trompé soit campé par Raimu parce que l’acteur s’avère très sous-employé : présent uniquement en début et en fin de film, il n’a guère la possibilité d’exprimer sa formidable présence. Et, il faut bien dire, dans l’univers très raffiné, délicat et à l’ironie douce de Guitry, Raimu ne semble guère à sa place. Il apparaît bien à l’étroit au milieu de toute cette préciosité, lui qui est bien plus à l’aise dans l’exubérance que saisit si bien Pagnol.



mercredi 19 mars 2025

Assassins et voleurs (S. Guitry, 1956)





Assassins et voleurs est de ces films qui vivent et coulent de source du fait de la facilité narrative propre à Guitry. Le propos est léger mais c’est le plaisir du narrateur qui prend le dessus. Tout à fait dans le style du réalisateur, cette ode irrévérencieuse et plaisante au vol et à l’adultère, sur le ton d'un cynisme narquois, nous gratifie d’une séquence de procès amusante.
Guitry, malade au moment du tournage (il meurt l’année suivante après avoir eu l’énergie, néanmoins, de réaliser Les Trois font la paire), ne peut tenir un rôle principal pourtant sur mesure. Mais Jean Poiret est parfait et il est associé avec bonheur à Michel Serrault pour la première fois.
La fin lumineuse et comme frappée d’évidence signe le talent de Guitry.

 

mercredi 29 septembre 2021

Désiré (S. Guitry, 1937)





Délicieux film de Sacha Guitry, toujours très théâtral, mais dont le jeu si particulier fait merveille alors qu’il est, pour une fois, de l’autre côté du monde, accompagnant non plus les maîtres mais bien les domestiques. Cela dit Guitry, fort de sa virtuosité habituelle, entremêle les intrigues des uns et des autres et l’ensemble est d’une harmonie simple et facile qui montre l’aisance narrative de Guitry.
Jaqueline Delubac, si souvent  partenaire de Guitry, est parfaite et son rapport à Désiré, tout empreint de subtilité et de complexité, fonctionne à plein.

Il y a même un soupçon de masochisme dans l’attitude exquise du personnage – attitude qui va au-delà de l’obséquiosité –, puisqu’il n’aspire qu’à obéir et à être commandé.



Tout le style de Sacha Guitry, avec son raffinement, sa préciosité guindée, sa courtoisie, son phrasé inimitable, sa séduction et son rapport à autrui sont dans ce Désiré magnifique.



lundi 15 février 2021

Napoléon (S. Guitry, 1955)





Dans cette nouvelle fantaisie historique, Sacha Guitry, habile conteur d’ordinaire, passe un peu à côté de son Napoléon, ne disant que bien peu de choses, étrangement, du personnage et de son incroyable parcours. Il propose une suite de clichés, collés artificiellement par la narration qu’il prend en charge (à partir du rôle de Talleyrand, déjà étrenné dans
Le Diable boiteux), mais la sauce ne prend pas et la distance un peu désinvolte de Guitry ne parvient pas à construire un récit unique de cette suite d’images.
Qui ne connaît pas Napoléon n’apprendra pas grand-chose et, en tous les cas, ne pourra rien y comprendre. On ne voit qu’à peine les victoires militaires, guère plus les défaites (la retraire de Russie est inracontable dit-il), la première abdication est un mystère. Les défenseurs de Napoléon verront passées sous silence les coalitions qui l’ont forcé à se battre ou les parties d’échecs brillantes d’Austerlitz ou Ulm ; ses détracteurs ne verront pas les champs couverts de morts d’Eylau, de Wagram ou de la campagne de Russie. Et le budget du film ne permet guère de montrer les mouvements de troupes, la masse de la Grande Armée, les charges de cavalerie et autres canonnades. C’est un peu une version côté salon de Napoléon, que l’on voit dans son bureau, sous sa tente ou à butiner autour de jolies dames.

En revanche on s’amuse de la distribution. C’est d’abord un exemple assez rare de film où deux acteurs jouent successivement le même personnage adulte. Mais il est vrai qu’il y a une contradiction entre l’image du Bonaparte du pont d’Arcole – le visage fin et les cheveux longs et raides – et l’image postérieure de l’empereur, avec le visage rond et la mèche de cheveux. Guitry change alors tout à coup d’acteur pour marquer le passage de Bonaparte à Napoléon, passant sans hésiter de Daniel Gélin à Raymond Pellegrin. Ensuite on se distrait en repérant la multitude d’acteurs qui ont un petit rôle, parfois le temps d’une scène ou de quelques plans (de Danielle Darrieux à Orson Welles, en passant par Stroheim ou Jean Marais).

Daniel Gélin est Bonaparte...

...et Raymond Pellegrin est Napoléon


dimanche 30 novembre 2014

La Vie d'un honnête homme (S. Guitry, 1953)




Très bon film de Sacha Guitry, dont le propos est indissociable de la performance de Michel Simon, truculent.
Bien entendu Guitry s’amuse à forcer le trait de ses personnages en partant de deux frères que tout oppose. On retrouve donc ce classique thème du double (voir par exemple Copie conforme de Dréville) qui est le prétexte pour Guitry d'approfondir un peu le sujet, tout en gardant le même ton savoureux habituel.


Son frère jumeau que personne ne connait étant mort sous ses yeux, Albert a maintenant la chance de pouvoir devenir quelqu’un d’autre et de repartir de zéro du point de vue moral.
La scène de l’enterrement est savoureuse : Albert assiste à son propre enterrement (!) et c’est l’occasion pour lui de voir s’étaler toute l’hypocrisie sociale qui l’entourait.
Pouvoir recommencer sa vie est une variation du moment où George Bailey, dans La vie est belle, voit ce qu’aurait été le monde s’il n’avait pas vécu. Ici Albert, mécontent de sa vie, de ce qu’il est pour les autres, tout en conservant le même statut social, a la chance de pouvoir tout recommencer, en vivant autrement avec ses proches, en gérant ses entreprises différemment. La morale est étonnante puisqu’en réalité Albert est bien effectivement le mari de sa femme et il gère ses propres entreprises, son propre argent.


Le film, parfois teinté d’amertume, évoque Dostoïevski quand il fait dire à Fiodor Karamazov : « Quand je vais vers les gens, il me semble que je suis le plus vil de tous, et que tout le monde me prend pour un bouffon ; alors je me dis : « faisons le bouffon, je ne crains pas votre opinion, car vous êtes tous, jusqu’au dernier, plus vils que moi ! ». Voilà pourquoi je suis bouffon, par honte, éminent père, par honte. Ce n’est que par timidité que je fais le crâne. Car si j’étais sûr, en entrant, que tous m’accueillent comme un être sympathique et raisonnable, Dieu, que je serais bon ! ».

mercredi 9 juillet 2014

Les Trois font la paire (S. Guitry, 1957)




Amusant film de Sacha Guitry, même s'il n'est pas l'un de ses meilleurs. La mise en abyme du cinéma est délectable (Darry Cowl répétant sans cesse au commissaire (Michel Simon) qu'il devrait s'essayer au cinéma). Le jeu des triplés est un peu téléphoné, même si Guitry s'en amuse. On retrouve les principaux types de personnages des films noirs (amant, femme fatale, policiers, petite frappe, etc.) et le film tire un bon parti de cette idée d’avoir une photo du meurtrier – photo qui épate à juste titre le commissaire – sans que cela ne permette de déterminer aisément le coupable.

Le commissaire, qui se fait embobiner par la belle Titine