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vendredi 15 septembre 2023

Still Walking (Aruitemo aruitemo de H. Kore-eda, 2008)

 



Hirokazu Kore-eda filme avec délicatesse et beaucoup de finesse ce moment d’intimité et de retrouvailles familiales. Comme souvent, sa caméra capte plusieurs personnages et c’est cet ensemble qui constitue peu à peu, sous nos yeux, la famille Yokoyama.
Et, dans cette famille il y a sans cesse une oscillation entre le plaisir de se retrouver et des malaises toujours palpables. C’est que, malgré la bonne volonté, le passé est lourd et il est bien difficile de se retrouver simplement. Chacun a des douleurs que les autres ne peuvent apaiser : le père vieillissant est irrémédiablement déçu par son fils qui n’est pas devenu médecin comme lui, la mère est marquée par le deuil de son fils aîné tout en souffrant d’avoir été écrasée par la personnalité de son mari, le second fils, resté dans l’ombre de son frère, cache son chômage à ses parents pour ne pas les décevoir davantage, etc.
Kore-eda ne juge pas : il expose, comprenant chacun, ne condamnant personne, parce que les choses ne sont pas simples et qu’ainsi va la vie. Il y a du Ozu, bien entendu, dans cette chronique familiale filmée au plus près des individus, en se glissant dans les recoins de la maison pour, bientôt, saisir l’âme de ses personnages.
L’épilogue, néanmoins, montre que les choses avancent, même trop tard (les parents, alors, sont morts), mais que la transmission se fait et que des nœuds, lentement, se dénouent.


 

vendredi 17 mai 2019

Nobody Knows (Dare mo shiranai de H. Kore-eda, 2004)





Très beau film de Hirokazu Kore-eda, sur un sujet difficile (l’histoire est centrée sur les quatre enfants abandonnés à eux-mêmes dans un appartement) et qui explore cet univers avec une caméra humble, élégante, pudique,  sans jamais tomber dans le sentimentalisme (le sujet pouvait le faire craindre), le jugement hâtif (le film n’accuse pas la mère-enfant qui délaisse les enfants) ou dans la morale facile (le film n’est pas un récit d’initiation qui emmène les enfants vers une maturité plus grande).
Kore-eda préfère filmer l’union des quatre enfants avec leur respect des consignes de la mère (ne pas se faire voir, ne pas faire de bruit, rester cachés) et cette façon qu’ils ont, chacun, de se construire un quotidien autour de ce pacte. La caméra s’attarde avec douceur sur une multitude de petits moments qui sont autant de petits riens du quotidien, qui revêtent une importance pour ces enfants laissés à eux-mêmes. La finesse du cinéma de Kore-eda montre aussi, en creux, l’indifférence imperméable et sèche de la société que traversent les enfants.


On admire cette retenue de Kore-eda sur ce fait divers à la fois étrange et tragique, filmé non pas comme un point d’appui pour un discours de morale ou une dénonciation de la société, mais en s’attachant à saisir les enfants, qui se débattent avec résilience face à leur destin singulier. Il y a du Ozu dans ce calme et dans ce regard porté sur le monde, qui permet aux personnages de se dévoiler, sans les juger mais en les captant avec finesse.