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mercredi 18 janvier 2023

Paris brûle-t-il ? (R. Clément, 1966)

 



Film célèbre mais très conventionnel de René Clément, Paris brûle-t-il ? est l’occasion pour le réalisateur de reprendre son sujet favori, puisqu’il a déjà traité de la guerre et de la résistance à travers des films aussi divers que La Bataille du rail,  Jeux interdits, Les Maudits ou Le Père tranquille.

Mais ici l’ampleur voulue du film empêche tout travail de fond sur les personnages (beaucoup trop nombreux) où sur l’action elle-même et le film apparaît comme un ensemble de coups d’éclats, traités au travers de saynètes qui se succèdent à l’écran. Cette somme mise bout à bout a bien du mal à donner une cohérence au récit.

Mais là n’est pas, bien sûr, l’intérêt principal du film. Il est dans son casting incroyable, ce qui entraîne l’apparition à l’écran, fut-ce pour quelques secondes à peine, d’une ribambelle d'acteurs. Cela dit, si cette idée nuit grandement au récit, elle est assez réjouissante puisqu’elle est l’occasion de voir apparaître ou de reconnaître tel ou tel acteur, parfois très prestigieux. On retrouve donc, dans Paris brûle-t-il ?, reprenant en cela la formule du Jour le plus long ou du Napoléon de Guitry, une incroyable pléiade d’acteurs français (de Delon à Belmondo en passant par Yves Montand, Charles Boyer, Claude Rich, Michel Piccoli, Daniel Gelin, Bruno Crémer...) ou américains (Kirk Douglas, Glenn Ford, Orson Welles...). Et il faut bien admettre que, à l’heure où ce sont maintenant des castings de stars du show-business qui envahissent certains films (stars de talk-shows, du sport, ou de la chanson), voir ainsi se succéder à l’écran tant de grands acteurs est un vrai plaisir. C’est ainsi que, aujourd’hui, alors que le cinéma devient de plus en plus une émanation de la télévision (Astérix aux jeux Olympiques en étant le prototype ultime), Paris brûle-t-il ? devient, sans doute, toujours plus plaisant pour les cinéphiles.

 



jeudi 8 septembre 2022

Le Passager de la pluie (R. Clément, 1970)

 



René Clément, capable de très grands films, signe ici un thriller très inégal et finalement bien décevant.
Le film démarre pourtant avec des scènes chocs qui lancent parfaitement l’histoire, mais très vite, étonnamment, le cœur du sujet dérive. En effet, la pauvre Mélancolie se fait violer d’emblée, ne dénonce pas son agresseur et finalement le tue, alors qu’il était resté caché dans la cave. Mais, au lieu de travailler ce traumatisme, au lieu de considérer Mély comme une victime, le film va la montrer toujours comme une coupable qui va devoir passer son temps à nier son crime, à dissimuler les preuves de sa culpabilité, à jouer au chat et à la souris avec un enquêteur. Il faut dire que cet enquêteur est on ne peut plus énigmatique, mais énigmatique sans raison (si ce n’est pour titiller artificiellement le spectateur) : on ignore pourquoi il ne joue pas carte sur table et ne dit pas qui il est (on pense qu’il est un tueur ou un mafioso alors qu’il est colonel dans l’armée…). La fin, alors, est très convenue et courue d’avance.

Il faut dire aussi qu’on voit rarement des films aussi mal joués. Charles Bronson reste, comme toujours, très taiseux et énigmatique : on voit combien il est coincé dans son personnage de western (où son laconisme y fait merveille, mais ici il est inutile et surjoué). Quant à Marlène Jobert qui est de tous les plans, elle est une bien piètre actrice. Chaque expression, chaque ton de voix, chaque mimique : tout est forcé, artificiel et sans émotion.

 

mercredi 30 mai 2018

Plein soleil (R. Clément, 1960)




Grand film de René Clément qui brille par les faux-semblants qui le traversent. Le couple Tom Ripley-Philippe Greenleaf (Alain Delon et Maurice Ronet), au centre du film, joue parfaitement d’un mélange complexe d’attirance et de rejet, de fascination et de répulsion. L’intrigue qui se noue découle alors presque naturellement de cet équilibre étrange.
Le film est bien sûr marqué par la révélation d’Alain Delon, qui traverse le film comme un magnétique et énigmatique félin. Maurice Ronet lui donne parfaitement la réplique : il répond à Delon, avec ce quelque chose en moins qui est au cœur de la jalousie de son personnage envers Tom Ripley.
René Clément, autour de ses personnages, construit parfaitement son récit, filme la jeunesse des corps, fait adhérer le spectateur à Tom Ripley, lui qui assassine et trompe son monde, avant de conclure son film par une chute parfaite.


On retrouvera le duo Delon-Ronet dans La Piscine de J. Deray, film bien pâlichon qui reprend une intrigue elle aussi construite autour de ce dilemme d’attirance et de répulsion entre les deux personnages joués par les deux acteurs.

jeudi 5 octobre 2017

La Bataille du rail (R. Clément, 1945)




Admirable film sur la résistance et réalisé alors que la fin de la guerre n’est pas encore actée, La Bataille du rail est une accumulation de séquences qui sont autant d’actes de bravoure des résistants. Le film apparaît aujourd’hui comme un documentaire et il a été augmenté pour convenir à la durée d’un long-métrage, mais il était pensé au départ comme un document de propagande. Cet aspect de propagande apparaît dans l’idée qui naît au fur et à mesure des séquences et qui laisse croire que tout le pays fut résistant. Quelle que puisse être l’exagération de ce sentiment porté par le film, il n’en reste pas moins que la SNCF, depuis l’ouvrier jusqu’au décideur en passant par l’ingénieur, s’implique et prend fait et cause pour la résistance.
Les séquences s’enchaînent, remarquables, avec tout à la fois l’évidence de l’entraide, sans poser de questions, et la violence terrible des Allemands, qui exécutent sommairement ceux qu’ils prennent.


samedi 9 mars 2013

Jeux interdits (R. Clément, 1952)




Très beau film de René Clément, à la fois juste et touchant. Clément peint une tranche de la vie de la France, qui vit comme elle peut alors que les bombes pleuvent aux alentours, mais aux travers des yeux d'un enfant frappé de plein fouet par la guerre.
Le film démarre avec une séquence très réaliste (dans la lignée de La Bataille du rail) et très tragique, séquence qui permet au réalisateur d'extraire Paulette de la foule des réfugiés. À cette séquence répond la séquence finale où Paulette, inversement, alors que la caméra était fixée, replonge dans la foule des anonymes. Jeux interdits, alors, consiste en un plan rapproché sur Paulette, à travers laquelle les horreurs de la guerre sont vécues.
Le monde paysan y prend pour son grade, même si le regard est plus drôle (la bagarre dans le cimetière) que critique. On peut noter la différence de traitement quand on compare avec des drames paysans classiques (par exemple La Ferme du pendu, au ton beaucoup plus dur et dramatique). Ici Clément, on le sent, a presque un regard attendri sur le monde paysan.
Le film, de façon très poétique, montre comment les enfants circonscrivent leur obsession morbide dans leur petit cimetière, qui est une expression à l'image de cette omniprésence de la mort. Cimetière merveilleux (et interdit avec toutes ses croix volées !) que ne verra jamais achevé la petite Paulette. L’horreur de la guerre, avec ses drames et ses séparations, filmée à hauteur d’enfants, n’en apparaît que plus tragique encore.
René Clément parvient à équilibrer avec une justesse merveilleuse de multiples tons, passant du tragique à la comédie, de la dureté à la douceur, de l'ironie à la tendresse. La fin est très belle et très triste, avec le cri déchirant de Paulette appelant Michel (comment résister à ce cri ?). Brigitte Fossey est exceptionnelle tout au long du film, en incarnant avec une incroyable justesse cette petite orpheline qui se raccroche à ce qu’elle peut.