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mercredi 2 janvier 2019

Le Bagarreur du Tennessee (Tennessee's Partner de A. Dwan, 1955)




Superbe western d’Allan Dwan, aux couleurs chatoyantes, centré sur une histoire d’amitié et porté par un John Payne incroyablement charismatique en joueur professionnel élégant et cynique.
Le film déroule une très belle histoire d’amitié puisque deux hommes que tout sépare se retrouvent fortement liés (l’un sauve la vie à l’autre). Et Tennessee, jusqu’alors désabusé, retrouvera une certaine foi en l’amitié. Il faut dire que Cowpoke (Ronald Reagan, dans un registre très monolithique, mais c’est son personnage qui veut ça) est un personnage bien incongru dans un western : naïf, profondément gentil, plein de bons sentiments, il se fait rouler par la belle qu’il croit s’être trouvé. Et il faut la lucidité de Tennessee pour le dépêtrer de l’affaire.



Et cette histoire d’amitié, belle et tragique, est racontée avec charme et élégance par Dwan, qui colore magnifiquement les intérieurs, choisit des costumes splendides, installe une touche de tendresse et propose ainsi un western de toute beauté, à la fois riche, simple et doucement mélancolique.

mercredi 7 mars 2018

Quatre étranges cavaliers (Silver Lode de A. Dwan, 1954)




Excellent western d’Allan Dwan, sec et tendu comme un arc, qui trace un portrait peu reluisant de la société. À l’instar du Train sifflera trois fois, il dénonce la lâcheté de la communauté – qui rejette très vite celui qu’elle respectait un moment avant – et la bêtise de masse (reprenant là aussi des thèmes souvent évoqués au cinéma, de Fury à The Chase en passant par The Ox-Bow Incident).
Le film reprend aussi les deux images classiques de la femme (l’épouse fidèle, auprès duquel on fonde un foyer et la prostituée, que côtoie l’aventurier). Ces deux femmes représentent les deux moments de la vie de Dan Ballard (très bon John Payne) : il fut aventurier et le voilà respectable et prêt à s’installer. Elles seules soutiendront Dan, redonnant à la femme une position centrale dans le récit (position qu’elle a en réalité assez souvent dans les westerns).
Mais les deux femmes autour de Dan sont les seules indulgences de Dwan : Dan étant rattrapé par son passé et calomnié au prétexte du flou sur ce passé, McCarthy (Dan Duryea, très bon méchant et second rôle habituel des westerns) et sa bande n’ont besoin que de quelques insinuations venimeuses pour retourner l’opinion. L’homme respectueux devient paria avec une facilité que fustige le réalisateur.



Réalisé en 1954, la charge de Quatre étranges cavaliers sur la société a d’évidents relents contemporains : la dénonciation du Maccarthysme qui sévit est violente (le nom de McCarthy, autant que sa manière de procéder, suffise à orienter le spectateur sans grande ambiguïté).
Formellement le film est exemplaire : à un classicisme traditionnel, organisé autour d’un rythme serré et d’un découpage sec qui construisent un récit âpre, Dwan compose des plans séquences éblouissants, lorsque Dan est poursuivi à travers la ville (avec de célèbres et merveilleux travellings). L’opposition entre la ville en fête qui s’apprête à célébrer le 4 juillet et la solitude de Dan traqué est remarquable. De même que la séquence initiale, construite, déjà, sur cette opposition entre l’ambiance de fête et le groupe de cavaliers que l’on sait déjà malfaisant. Avec peu de paroles des personnages bien plantés, des jeux de caméra virtuoses, Dwan maîtrise son western de bout en bout.
Et il se permet une ironie finale puisque c’est dans l’église, cœur traditionnel de la communauté dans le western, que se retrouvent Dan et McCarthy et, même, c’est le ricochet d’une balle contre une cloche qui sauvera Dan…

lundi 26 septembre 2016

Iwo Jima (Sands of Iwo Jima de A. Dwan, 1949)




Film de guerre assez classique mais intéressant parce qu’il met en scène un personnage complexe, le sergent Stryker (joué par un bon John Wayne), qui semble d’abord caricatural, mais qui se révèlera finalement compréhensif, peu rancunier et, par ailleurs, brisé.
Loin d’un manichéisme que l’on pourrait craindre au départ, le film montre un visage très humain des soldats envoyés au front, notamment en prenant le temps de les faire vivre en dehors des combats, dans leurs cantonnements ou en permission. C'est ainsi qu'Iwo Jima ne propose pas une réflexion sur la guerre elle-même, mais sur les hommes qui font la guerre.
Certains passages apparaissent désuets et ont mal vieilli (les soldats en permission en particulier) mais plusieurs séquences sont très réussies (celle montrant une femme qui, pour gagner un peu d’argent, cache son bébé dans la pièce d’à côté, le temps de donner du plaisir aux soldats). Dwan arrive parfaitement à jongler avec ces scènes intimistes et touchantes pour, ensuite, rebondir avec de bonnes séquences d’action.
Les scènes de combat sont en effet très réussies, notamment l’attaque finale avec le débarquement sur les plages autour du mont Suribachi. On y voit un réalisme étonnant, notamment au travers des attitudes des hommes au combat (peur, incompréhension, etc.). Dwan n’hésite pas à intégrer des images d’archives dans ces séquences.

Ce film de guerre qui mélange l’humanité des combattants avec le réalisme des combats inspirera beaucoup le genre. Eastwood y pense forcément quand il réalise La Mémoire de nos pères. En effet ce film joue avec la scène célèbre des Marines immortalisés en train de planter le drapeau américain en haut du mont Suribachi, gagné après d’âpres combats. Le film d’A. Dwan mène aussi vers cette célèbre image et son film est un hommage appuyé mais humain aux corps des Marines.