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mardi 30 août 2022

L'Exorciste (The Exorcist de W. Friedkin, 1973)

 



Si L’Exorciste peut s’enorgueillir d’un succès colossal et d’être aujourd’hui une des grandes références du genre, il est pourtant assez loin, dans son traitement et dans ses choix, des standards habituels. C’est que William Friedkin prend son temps et s’attache à créer une atmosphère en même temps qu’il développe ses personnages.
Il ouvre ainsi le film autour avec le prêtre exorciste, dans une séquence qui mettra beaucoup de temps avant d’être resituée par le spectateur. De même, il passe du temps au côté du père Karras : on le voit visitant sa mère malade et, là aussi, ce sont autant de jalons qui seront réutilisées plus tard, notamment dans des images mentales très réussies. Cette construction qui s’assemble peu à peu impose un rythme paradoxalement assez lent et le film hormis le climax final, délivre ses images chocs avec parcimonie. D’autant plus que les séquences d’horreur qui touchent toujours plus la petite Regan sont souvent interrompues rapidement par des cuts brusques.

Le film, alors, trouve son efficacité dans cette atmosphère étrange autant que dans les courtes scènes chocs où la petite Regan est de plus en plus envahie par le démon. Le genre du film d’horreur, bien souvent, oubliera cette vertu de (relative) sobriété pour accumuler en plein cadre et jusqu’à plus soif des séquences d’horreur. Le film bénéficie aussi du charisme un peu étrange mais pénétrant de Jason Miller avant que Max Von Sydow n’apparaisse, dans la lumière du réverbère, sur le pas de la porte, dans une image tout droit sortie de La Nuit du chasseur.


La séquence de l’exorcisme en elle-même est très spectaculaire avec cette lutte des deux prêtres contre le démon qui se débat. Et le fameux moment où Regan se soulève du lit en lévitation alors que les deux prêtres continuent de psalmodier est particulièrement saisissante et envoutante.

 



lundi 25 juin 2018

Police fédérale Los Angeles (To Live and Die in L.A. de W. Friedkin, 1985)




Important polar des années 80, Police fédérale Los Angeles (1) reprend les codes esthétiques entrevus dans Scarface ou dans la série Deux flics à Miami (au point que Michael Mann, producteur de la série, fera un procès pour plagiat à Friedkin).
Mais, au-delà de cette esthétique très typée années 80 (depuis le look de Chance jusqu’à la musique électronique du groupe Wang Chung), c’est le parcours de Richard Chance qui est très réussi. Aveuglé par son idée fixe (capturer le faux-monnayeur Rick Masters), il prend sans cesse de mauvaises décisions, et fonce vers le mur, sans s’en rendre compte, à pleine vitesse. A ce titre, la course-poursuite XXL du film montre combien Chance est aveuglé puisqu’elle se déclenche alors qu'il attaque et détrousse un faux bandit, vrai agent du FBI infiltré. Et Friedkin a le cran pour emmener cette idée jusqu’au bout dans un final tragique parfait.





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(1) : On regrette ce titre fade, bien loin du titre original (To Live and Die in L.A.).

jeudi 15 juin 2017

Killer Joe (W. Friedkin, 2012)




William Friedkin, du haut de son grand âge (il a soixante-dix sept ans au moment de la sortie du film), semble remonté comme une pendule depuis Bug et tire à boulets rouges sur l’Amérique, celle des médiocres, des incapables, des exclus, qui trainent dans les bars ou devant leur télé. Le père, le fils et la belle-mère, qui réfléchissent à tuer la mère (!) pour récupérer une assurance vie, représentent cette Amérique dépravée que Friedkin ne cherchera guère à sauver. On n’est pas très loin, mutatis mutandis, d’Affreux, sales et méchants de E. Scola.
Matthew McCounaughey, qui joue avec les versions iconiques du tueur à gage et du cowboy, campe parfaitement Joe (flic le jour, tueur à gage la nuit) qui flaire toute cette bassesse qui règne dans la maisonnée.
Avec une liberté de ton totale, Friedkin livre une charge très réussie, violente et outrancière, avec un final cathartique improbable, n’hésitant pas à aller jusqu’au trash et au sadisme avec un humour noir cinglant.


mercredi 26 août 2015

Bug (W. Friedkin, 2006)




Bon huis-clos horrifique de William Friedkin qui emmène sa situation initiale jusqu’au bout, le tout avec une économie de moyens remarquable. La folie délirante de Peter (très inquiétant Michael Shannon), qui contamine progressivement Agnes (Ashley Judd), fille paumée qui se rattache à ce qu’elle peut, est très réussie et terrifiante. Si la névrose de Peter se développe à cause de sa paranoïa, c’est en revanche par amour qu’Agnes se névrose. Le film développe ainsi une version particulièrement perverse de l’amour fou.
Friedkin, décidément touche-à-tout (que de grands écarts dans sa filmographie, qui va de French Connection au Convoi de la peur en passant par L’Exorciste), offre même un final – inévitable – où le film confine à l’horreur et au gore. Irrépressiblement, on pense à La Mouche.


On retrouvera Michael Shannon en proie à une paranoïa, même si elle est davantage apaisée, dans Take Shelter de Jeff Nichols.

mardi 13 janvier 2015

Le Convoi de la peur (Sorcerer de W. Friedkin, 1977)




Le Convoi de la peur, dont on parle parfois comme d’un chef-d’œuvre méconnu, est un remake assez décevant du Salaire de la peur. Le film est réalisé alors que Willima Friedkin est au sommet de sa gloire : adoubé par la critique (avec French Connection) puis par le public (avec L'Exorciste), il a d'énormes moyens et une carte blanche de la part des studios. Las, Friedkin gaspille beaucoup d'idées, d'argent, revoit son casting sans cesse et, au bout du compte, le film déçoit.
Néanmoins, tout en gardant le grand principe d’une équipée quasi-suicidaire à transporter de la nitroglycérine, la bonne idée du film est d’avoir déplacé l’action d’une région aride et escarpée vers une jungle étouffante. Le tournage fut d'ailleurs en lui-même une aventure invraisemblable et une épreuve pour les acteurs et les techniciens (un peu comme le furent Aguirre ou Fitzcarraldo pour Herzog). La réussite du film est dans la façon dont Friedkin ne laisse subsister aucun doute quant à l'issue de la mission : les quatre personnages, dans un sens, sont déjà morts. Ce sont des morts qui filent vers leur destin.
On retient aussi quelques bonnes séquences dont celle, incroyablement aventureuse, de la traversée du pont.