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samedi 7 juin 2025

L'Etrange Monsieur Victor (J. Grémillon, 1938)

 



Drame assez classique qui déroule sans beaucoup d’énergie sa petite intrigue. Les ressorts ne surprennent guère et le personnage de monsieur Victor est parfois bien peu crédible (en jeune père notamment).
Néanmoins le film se suit sans déplaisir : il reste bien sûr l’exotisme de la période (comme un César à l’humeur dramatique où l’on croise des voyous) et le grand plaisir de quelques tirades énervées et truculentes de Raimu dont la puissance de jeu à l’écran est un ravissement permanent.


lundi 2 juillet 2018

Pattes blanches (J. Grémillon, 1949)




Très beau film de Jean Grémillon qui parvient à relier deux aspects de son talent : d’une part la description d’un milieu social (ici un petit village de Bretagne, dont il brosse plusieurs portraits de villageois), et d’autre part un ton poétique et parfois même onirique qui déborde parfois de l’image. Il assemble en fait la description sociale fine telle qu’on la trouve dans Le Ciel est à vous avec la poésie folle de Daïnah la métisse.
Partant d’un ressort classique (l’arrivée dans le petit village d’une jolie femme qui déclenche les passions), Grémillon s’appuie sur des personnages complexes et contrastés, bien souvent solitaires et rejetés (Julien de Kériadec, Maurice ou Mimi) et qui construisent un enchevêtrement de destins (puisque le passé – avec les demi-frères qui se haïssent – n’est jamais loin). Le plaisir du film vient aussi de l'excellente distribution, avec notamment Fernand Ledoux qui compose un personnage à la fois dur et pitoyable, esclave de son amour. Suzy Delair est elle aussi remarquable, tout à la fois mordante et fragile, superficielle et profondément touchée.



Grémillon joue magnifiquement des extérieurs, montrant la solitude des uns, les jalousies des autres, les ressorts complexes qui unissent les personnages. Certaines séquences sont magnifiques, parfois emplies de poésie (les déambulations dans le château aux pièces recouvertes de paille) ou d’une pulsion de vie baroque et onirique (l’extraordinaire climax de la scène de mariage qui vire au conflit dans la lande). Ce mélange de motifs, souvent difficile, est ici parfaitement réussi.

lundi 10 avril 2017

Daïnah la métisse (J. Grémillon, 1932)




Très beau film de Jean Grémillon, dont l’histoire, épurée de bien des digressions, fournit un récit simple mais d’une poésie étonnante et étrange, parfois douce, parfois endiablée et jouissive, parfois morbide.
Les personnages semblent simples mais ceux sur lesquels s’arrête l’intrigue (Daïnah, son mari, le marin) ne sont qu’ambiguïté et faux-semblants, et le film ne tranche jamais à leurs propos.
Chaque image semble animée d’une vibration particulière, rare et exceptionnelle, qu’il s’agisse des danses, des jeux sur le pont, des entrailles du bateau avec la salle des machines, ou du jeu géométrique des dernières séquences, avec une ellipse sur le meurtre central qui restera mystérieux.
Ce film étonnant, au format assez court, est un chef-d’œuvre envoûtant de poésie.


mercredi 9 mars 2016

Le Ciel est à vous (J. Grémillon, 1944)




Film très réussi de Grémillon, inspiré d’un fait réel et qui s'attache à la France populaire, qui se bat pour ses rêves, avec une vision progressiste étonnante. En effet à cette époque (surtout sous le régime de Vichy…) la place d’une femme était bien plus au foyer qu’aux commandes d’un avion pour battre des records. Il faut donc au couple se battre non seulement contre la difficulté du record qui ne va pas sans risques (il lui faut voler sur plus de 4 000 km) mais aussi contre la résistance des villageois conservateurs.
Le couple s’oppose avec une belle force d’amour à ces résistances (belle et difficile question que celle de Pierre à Thérèse au moment où elle veut partir pour tenter de battre le record : « La plus grande preuve d’amour, c’est de te dire oui ou de te dire non ? »). Charles Vanel et Madeleine Renaud sont parfaits.


mardi 25 mars 2014

Gueule d'amour (J. Grémillon, 1937)




Malgré un charme certain – celui des films français d’avant-guerre – et la présence de Gabin, le film est plutôt décevant. La faute sans doute à une trame bien mince, qui tourne autour d’une femme fatale qui manie ses prétendants sans grande surprise.
Gabin incarne cet ouvrier belle gueule qui tombe amoureux d’une femme du monde. On appréciera cette dégringolade du personnage, miné et dont il ne reste rien.
Mais si l’on aime Gabin et les films de cette période, on préférera sans doute se tourner vers les multiples chefs-d’œuvre de Renoir, Carné ou Duvivier.