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samedi 28 octobre 2023

La Maison rouge (The Red House de D. Daves, 1947)

 



Drame aux allures de thriller, La Maison rouge est d’abord captivant – notamment lorsque Nath se perd dans les bois dans une séquence qui annonce les grands classiques des films d’horreur qui viendront des décennies plus tard – mais le film reste assez vite figé par un scénario un peu répétitif et trop conventionnel.
Bien que Delmer Daves joue beaucoup sur la nuit, sur les ombres, sur les noirs qui envahissent l’image et sur une certaine incertitude fantastique, le film, finalement, peine à créer une ambiance alors même que, à tout point de vue (scénaristique, psychologique, visuel), il n’aspirait qu’à cela.
Derrière Edward G. Robinson, les acteurs sont très fades. Mais Robinson lui-même est assez mal utilisé, le scénario rendant son personnage trop étriqué : il est d’abord affable puis sujet d’une réminiscence en soi intéressante mais trop caricaturale.
L’image finale, avec la voiture prise dans la boue (motif que l’on retrouvera dans Psychose) est néanmoins très réussie.

 



lundi 11 septembre 2017

La Flèche brisée (Broken Arrow de D. Daves, 1950)




Important western de Delmer Daves, La Flèche brisée est l’un des premiers westerns à changer de point de vue vis-à-vis des Indiens, en les considérant non pas comme de simples éléments agressifs de la Nature, mais en s’intéressant à eux, en évoquant leurs manières d’être et de penser et en proposant, même, une possibilité de liens d’amour entre Blanc et Indien.
Soyons précis : il y a eu de nombreux films abordant la vie des Indiens – les Indian pictures –, mais c’était aux premiers temps du cinéma, avant même que le genre western ne se soit réellement dégagé et avant que le public ne devienne friand de désert et de guerres indiennes.
Mais, faisant suite aux westerns classiques, La Flèche brisée, avec La Porte du Diable d’Anthony Mann notamment, est l’un des premiers à sortir des codes du genre, codes alors bien installés. Il annonce par là même les westerns révisionnistes, qui passeront par Les Cheyennes de J. Ford pour aboutir à Little Big Man d’A. Penn.

S’appuyant sur des faits historiques (Tom Jeffords fut effectivement un interlocuteur privilégié de Cochise et contribua à mettre fin aux guerres indiennes), Daves filme avec une sobriété et un classicisme de bon aloi. Conscient de ses prises de position non conventionnelles, il propose quelques jeux de mises en scène qui prennent à revers les habitudes du genre. C'est le cas lors de l'embuscade finale, où, à l'opposé de ce qui se fait habituellement (les Indiens dominants et embusqués) ce sont les Apaches qui sont en contre-plongée et les Blancs qui font corps avec la Nature pour se camoufler parmi les rochers.


Il s’intéresse avec sincérité aux coutumes indiennes et nous les fait partager (notamment les interdits et obligations lorsque Jeffords courtise la fille de Cochise). Mais on regrette peut-être que, voulant charger son film de signification, il recoure trop aux archétypes ou aux symboles. Par exemple le colonel Berall – qui veut exterminer les Apaches – devient l’archétype du Blanc haineux, Sonseeahray – qui meurt à la fin – symbolise, elle, l’absurdité de ces guerres, etc. Le courrier même, dont le transport est le premier enjeu de la paix, n’est qu’un symbole, il n’a aucune importance en lui-même (on ne saura jamais le contenu de ces lettres transportées si courageusement). Et c’est le cas bien sûr de la flèche brisée elle-même, symbole de la fin de la guerre, et que Dave filme avec force. Ce recours incessant aux archétypes et aux symboles rend le film un peu monobloc et lui enlève une certaine finesse. Mais sentant sans doute l’originalité risquée de son propos, Daves le veut simple et clair, d’où cette lourdeur démonstrative.


Très intelligemment, Daves fait progresser son propos : il montre d’abord le territoire des Indiens (duquel les Blancs sont chassés et tués) et celui des Blancs (duquel les Indiens sont exclus) comme irrémédiablement séparés. Jeffords passe de l’un à l’autre sans que l’on puisse les raccorder (c’est un écran noir qui marque la coupure). Ensuite Daves montre le long trajet de Jeffords qui va d’un territoire à l’autre. Enfin, on voit les Blancs et les Indiens se croiser dans les montagnes. Ce partage progressif des territoires marque le rapprochement progressif des peuples, tel qu’exprimé par Daves.
On soulignera cependant que le propos final de Daves (la vie en harmonie et sur le même territoire des Blancs et des Indiens) ne se réalisera jamais. En effet les Indiens finiront rapidement parqués dans une réserve et les Blancs pourront s’approprier leurs terres et les « civiliser » comme bon leur semble.


lundi 5 septembre 2016

Les Passagers de la nuit (Dark Passage de D. Daves, 1947)




Bon film noir, original et distrayant, dont la première partie du film, tournée entièrement en caméra subjective, est très novatrice. Elle se justifie même scénaristiquement, puisque le héros subira une opération destinée à refaire son visage.
Le personnage de Vincent Parry, joué par Bogart, est intéressant : c'est un évadé du bagne qui apparaît fébrile, qui hésite, qui tremble quand un policer l'interroge ou qui est désemparé. Voilà bien un personnage peu mis en avant par Hollywood (surtout en le faisant interpréter par la superstar Bogart) qui préfère des héros sereins et sûrs d'eux-mêmes.
Malgré quelques incohérences ou facilités scénaristiques (Vincent est sauvé par une amie du véritable auteur du meurtre qui l'a condamné), le couple Bogart-Bacall est remarquable : on pardonne bien des choses pour le plaisir de les voir se tourner autour. Lauren Bacall, très jeune (elle a vingt-quatre ans au moment du tournage), a encore sa simplicité si belle mais sans cette trop grande sophistication qu'elle aura un peu plus tard.


dimanche 28 décembre 2014

3 h 10 pour Yuma (3:10 to Yuma de D. Daves, 1957)




Excellent western, à l'action très resserrée, qui doit beaucoup à cette densité ainsi créée et à l'interprétation des deux acteurs principaux (Glenn Ford parfait en bandit et le très bon Van Heflin en fermier qui se défend comme il peut). Ce resserrement dramatique reprend – en le magnifiant – les thèmes de la lâcheté et de l’honneur déjà évoqués dans Le Train sifflera trois fois.
Une des richesses du film tient dans le lien qui se noue entre le hors-la-loi Ben Wade, redoutable bandit et le fermier Dan Evans, incarnation de l’honnête homme. Ces deux personnages – typiques des westerns – se rapprochent et, finalement, l’un et l’autre se sauvent tour à tour la vie. Ben Wade n’est pas seulement le bandit sanguinaire que l’on pensait (il a de toute façon une intelligence et une malice qui le mettent loin au-dessus des brutes habituelles), et Dan Evans, finalement, ne se bat plus pour l’argent ou pour la tranquillité de sa famille, mais bien pour l’honneur d’un camarade tué. C’est au travers de l’action à laquelle il est confronté que son sens profond de l’honneur se révèle.
On tient ici un exemple remarquable de film parfaitement tenu, efficace et haletant.


Van Heflin et Glenn Ford, excellents tous les deux
Ce film est un des rares exemples où l'exploitation de filon se révèle plus fructueuse que la découverte dudit filon : le film rebondit en effet sur le très grand succès du Train sifflera trois fois (dont l’inspiration rejaillit jusque dans le titre), et il en reprend plusieurs axes essentiels (trame à durée réelle, une heure fatidique qui se profile, un homme qui se retrouve seul face à un bandit et cerné par une bande). On remarquera qu’une différence importante tient dans le héros : un courageux shérif dans Le Train sifflera trois fois et un simple citoyen ici. La portée du film s’en trouve accentuée en permettant un regard sur la responsabilité de chaque citoyen. Cet aspect ressort largement de par le personnage de Dan Evans : s'il est valeureux, il n’est pas du tout un héros au sens hollywoodien et habituel du terme (et le casting reflète cette différence : Van Heflin, pour le spectateur, n'ayant pas tout à fait la même résonance que la superstar Gary Cooper !).

Le remake de 2007 par James Mangold (avec Russell Crowe et Christian Bale dans les rôles principaux) est bien moins âpre et n'apporte rien.

mercredi 19 décembre 2012

La Dernière caravane (The Last Wagon de D. Daves, 1956)




Honnête western de Delmer Daves, mais qui reste bien loin de ses plus grandes réussites (3 h 10 pour Yuma notamment). Il faut dire qu’après un prologue exceptionnel (les premières minutes du film sont parfaites : sèches, violentes, incisives), le film subit un gros coup de mou avec un long passage, très conventionnel, lorsque le sheriff et son prisonnier rencontrent la colonne de pionniers. Malgré une belle accélération (l’attaque des Apaches, laissée hors-champ et qu’on ne fait que constater), le film retombe dans un récit sans surprises et qui n’épargne guère le spectateur en scènes entendues et courues d’avance, organisées autour d’un outlaw survivaliste entouré de colons naïfs et assez gauches.



Le final ajoute encore une déception avec le rapide procès qui enlève une grande partie de la sève originale du film : le personnage principal, joué par Richard Widmark et présenté comme un impitoyable bandit qui tuait de sang-froid, est transformé en deux temps trois mouvements en un gentil héros dévoué, adoubé par tous et qui peut épouser la jolie fille de service.
C’est un peu dommage que le film pâtisse de ce scénario peu convaincant car deux bonnes idées laissaient espérer bien des choses. D’une part il s'appuie sur un personnage principal bad guy, vrai hors-la-loi et interprété par la star du film ; il est dommage qu’il abandonne progressivement sa défroque de méchant au lieu de creuser l’idée. Seconde belle idée : celle du blanc élevé par les Comanches et qui devait permettre de discuter un peu du sort des Indiens. Si Dave le fait un peu (avec la demi-sœur indienne, mais dans des scènes bien caricaturales), il traite malgré tout les Apaches comme des sauvages hurlants et sans pitié, mettant par terre toute tentative de discours un peu approfondi sur les relations Blancs/Indiens.