Affichage des articles dont le libellé est Imamura Shōhei. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Imamura Shōhei. Afficher tous les articles

vendredi 5 avril 2019

La Ballade de Narayama (Narayama bushikō de S. Imamura, 1983)




Le succès critique de La Ballade de Narayama (Palme d’or) surprend pour ce film qui, s’il montre la pauvreté sociale en plein écran, est très inégal. Le film met en scène une humanité volontiers bestiale et détachée des valeurs morales de notre temps : un nouveau-né jeté dans une rizière, des cadets rejetés, des vieux qui doivent mourir. Si l’extrême pauvreté et la dureté des conditions de vie expliquent les mœurs du village, Imamura insiste sur ces dépravations et expose la crudité de cette violence en plein cadre. Le film multiplie ainsi des scènes qui doivent beaucoup à l’anthropologie, et que Imamura cherche à contrebalancer par un regard englobant : il cherche à intégrer les villageois aux cycles de la Nature, les subissant comme eux, dans l’impossibilité de s’extraire des contraintes dures de la montagne et de l’autarcie inévitable. Ici la soumission de l’individu à la collectivité et de la collectivité à la Nature est totale.

La dernière demi-heure, avec la montagne gravie par Orin et Tatsuhei, est en revanche remarquable. Presque muette, c’est dans cette séquence que la poésie d’Imamura trouve réellement sa place et permet de créer un écho et une pulsion dans l’image, équilibrant ainsi la narration qui déborde de misère tragique. Ce voyage initiatique (qui mène non pas à la vie mais à la mort) est empli d’une réserve et d’une piété très belles. Et c’est cette poésie, cette réserve, ce regard silencieux sur la terrible vie des villageois qui manquent sans doute au reste du film.



lundi 5 mars 2018

Pluie noire (Kuroi ame de S. Imamura, 1989)




Film sombre et très touchant de Shōhei Imamura, qui réalise son film sur la tragédie de la bombe, à Hiroshima. Il ne centre pas son récit directement sur le moment de l'explosion, mais sur la vie en sursis, en pointillés parfois, des survivants, plusieurs années après, avec l'ombre des radiations, les traumatismes et le souvenir de l'horreur qui continuent de hanter ou de menacer chacun.


Imamura parvient à passer de scènes terribles (les scènes chocs de l'horreur d'Hiroshima dévastée) à des moments tragico-comiques, allant même jusqu'au burlesque. Cet équilibre est trouvé avec une facilité étonnante : les personnages, successivement, font rire ou émeuvent. Cette angle de vue choisi pour montrer cette tragédie qui n'en finit jamais (car les signes de maladies apparaissent peu à peu, alors que les traumatismes continuent d'envahir le quotidien) permet d'éviter le misérabilisme et, surtout, il permet à Imamura de filmer la vie, qui continue à faire ce qu'elle peut, envers et contre tout, malgré la tragédie.

jeudi 29 novembre 2012

L'Anguille (Unagi de S. Imamura, 1997)




Beau film de Shōhei Imamura, qui décrit avec une humilité et une simplicité remarquable la renaissance – complexe, entourée de symboles – d’un homme qui a tué sa femme surprise avec son amant.
Si Yamashita a tué sa femme et qu’il reconstruit une autre vie, il ne peut gommer tout à fait ni l’évènement lui-même, qui le hante encore, ni les raisons qui l’ont poussé à l’acte, dont les scories viennent polluer sa relation avec Keiko, qu’il a sauvée du suicide et qui évoque étrangement sa femme assassinée (Vertigo apparaît alors en filigrane). Ne voulant pas voir resurgir le passé, Yamashita semble s’interdire le moindre sentiment.
L’histoire de cette renaissance, après huit ans de prison, dans la campagne aux abords de Tokyo, dans un petit salon de coiffure, loin du bruit et de la fureur, mais entouré de quelques personnages décalés ou humains a quelque chose d’Ozu, et peut-être, aussi, de Kurosawa (on pense à Dodes’kaden au travers de certains personnages loufoques).



Imamura laisse planer une ombre étrange et onirique, avec toujours, immuable et immobile dans son aquarium, l’anguille à laquelle se confie Yamashita.