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lundi 4 mars 2024

L'Honneur des Prizzi (Prizzi's Honor de J. Huston, 1985)





Film assez décevant de John Huston, notamment parce que le rythme autant que le ton ne semblent pas complètement maitrisés. Le film oscille en effet entre premier et second degré (avec des personnages parfois caricaturaux) et entre des moments tantôt légers et emplis de dérision et tantôt lourds et dramatiques, tant et si bien que le film se perd.
L’idée était pourtant bonne de centrer l’histoire sur un personnage pas très malin et sans charisme (tenu par Jack Nicholson) qui forme bientôt un couple improbable (et peu crédible pour le coup) avec la jolie Kathleen Turner. Mais la sauce ne prend pas, le film peine à passionner, à cause de ces fautes de rythme, de ton et de personnages peu épais.
Cela dit Huston parvient à montrer combien ce monde de la mafia sans pitié est un panier de crabes qui pincent à tout va. Mais il faut dire que le genre est encombré par des références très lourdes (Le Parrain) qui handicapent. Pourtant Scorsese (dans Les Affranchis) ou même Abel Ferrara (avec Nos funérailles) sauront filmer cet univers, chacun à sa manière (et même si le film de Scorsese est très au-dessus celui de Ferrara, ce dernier est réussi).
La médiocrité de cet avant-dernier film de Huston surprend tant Les Gens de Dublin, son ultime réalisation, venant deux ans plus tard, est un chef-d’œuvre.

 


lundi 26 février 2024

Gens de Dublin (The Dead de J. Huston, 1987)

 



Éblouissant film de John Huston qui, à quatre-vingt un ans, réalise un film mélancolique et calme, comme un dernier regard sur le monde. Incroyable de maîtrise, de ressenti, d’humeur douce et chaude, The Dead surprend d’autant plus que ses derniers films (L’Honneur des Prizzi notamment) n’étaient guère convaincants.
Avec une maîtrise totale, il compose, sur un rythme calme, une soirée de Nouvel an toute en retenue, dans un monde guindé mais chaleureux, un peu perturbé par le frère alcoolique, dans cette société bourgeoise, où les apparences comptent pour tout et il nous semble être invités parmi les gens de la famille.
Volontiers élégiaque, entrecoupé de séquences magistrales et émouvantes (le chant dans la cage d’escalier), Huston, avec ce film testamentaire merveilleux, parvient à faire oublier les films mineurs qui émaillent ses années de travail et donne presque une humeur différente à toute son œuvre.


mercredi 7 février 2024

Plus fort que le diable (Beat the Devil de J. Huston, 1953)





Plus fort que le diable adopte rapidement un faux-rythme qu’il n’abandonne jamais, autour de cette histoire d’un groupe à demi-escrocs ou à demi-sincère, qui hésitent entre errance et oisiveté. Mais ce faux-rythme captive peu et laisse le spectateur dans un entre-deux permanent peu convaincant. C’est bien dommage, cette histoire d’escrocs à la distribution alléchante (Humphrey Bogart en tête) laissait espérer meilleur sort.
On est d’autant plus déçu quand on sait combien John Huston sait maîtriser les faux-rythmes ou les récits relâchés et qu’il aime, en définitive, lorsqu’il y a peu à raconter et que tout est dans une atmosphère ou dans une humeur particulière (comme dans Fat City ou Gens de Dublin). Mais ici le fil semble perdu et l’on y croit jamais trop, un peu comme ces personnages qui attendent, eux aussi, sans jamais trop y croire.



jeudi 21 décembre 2023

L'Odyssée de l'African Queen (The African Queen de J. Huston, 1951)

 



Si le film est célèbre et le duo Bogart-Hepburn fameux, on est assez déçu par le film qui a mal vieilli. Le jeu outrancier de Katharine Hepburn fatigue rapidement et le film cherche son rythme malgré quelques bonnes séquences.
L'Odyssée de l'African Queen est pourtant axé sur un personnage habituel de John Huston : Bogart campe un baroudeur désabusé que seules les circonstances forcent à agir.
Mais le style assez neutre de Huston peine à donner de l’épaisseur à cette aventure qui, avec ses rebondissements, devraient captiver mais qui, à l’image, laisse sur sa faim et, Hollywood oblige (la relation amoureuse, le happy-end), devient même rapidement prévisible.




lundi 30 octobre 2023

Casino Royale (J. Huston, 1967)

 



Pastiche de James Bond, ce film réalisé à plusieurs mains manque complètement sa cible. Les personnages sont grotesques et inintéressants au possible, les situations trop abracadabrantesques lassent très vite, maintes séquences sont ratées. L'extraordinaire distribution ne fait qu'accentuer cette sensation de gâchis. Et ce n’est pas d’assumer la comédie et la parodie qui aide à tenir cette lourdeur omniprésente.
Plusieurs réalisateurs ayant participé à ce naufrage (même s'il est attribué généralement à John Huston), on ne sait trop vers qui tourner nos regrets et l’on préfère oublier bien vite ce Casino Royale à la fois insipide et navrant.

 




mercredi 6 novembre 2019

La Lettre du Kremlin (The Kremlin Letter de J. Huston, 1970)




Film d’espionnage à la facture trop classique et désuète pour réellement passionner. D’autant plus que les jeux d’infiltration Est-Ouest, dans le plus pur style des films d’espionnage de la période, ont considérablement vieilli aujourd’hui. Le film décrit une intrigue complexe, autour d’une multitude de protagonistes : on s’y perd volontiers, mais cela n’est pas bien grave, ce sont les personnages eux-mêmes, plus que l’intrigue, qui intéressent John Huston. On appréciera alors la multitude de seconds rôles tenus par des acteurs prestigieux (George Sanders, Orson Welles, Max Von Sydow ou Bibi Anderson). John Huston lui-même se réservant un petit rôle tout à fait symbolique, d’ailleurs, puisqu’il lui permet de dire tout le mal qu’il pense du monde des espions.
Toutes ces machinations, ces trahisons, ces faux-semblants et cet égoïsme déshumanisé qui gangrène à peu près tout le monde inscrivent le film dans le thème de prédilection de Huston qui scrute, film après film, la noirceur de l’âme humaine.

On notera que La Lettre du Kremlin se rattache aux films de conspirations qui vont naître dans le Nouvel Hollywood des années 70 (sans que Huston, actif depuis trente ans, en fasse partie). Les films de Frankenheimer (sa trilogie de la conspiration, notamment Sept jours en mai), Pakula (Les Hommes du président ou Parallax View) ou encore Pollack (Les Trois jours du Condor) creusent ce sillon typique de l’Amérique de Nixon et du Watergate.

Le John Huston des années 70 est donc capable du meilleur (son extraordinaire Fat City) et du plus quelconque, comme c’est le cas ici. C’est peut-être aussi le thème de l’espionnage qui ne l’inspire guère (alors qu’il brillait dans le film noir, un genre matrice de l’espionnage, qui manie aussi la noirceur des âmes et les intrigues complexes) : il y reviendra quelques années plus tard avec Le Piège, certes plus haletant que La Lettre du Kremlin, mais encore très en-dessous de ses meilleurs films.


mercredi 20 mars 2019

Juge et Hors-la-loi (The Life and Times of Judge Roy Bean de J. Huston, 1972)




Film de second rang de John Huston, qui mélange divers ingrédients avec plus ou moins de bonheur. Il procède par séquences aux tons divers – séquences filmées parfois à l’emporte-pièce – et qui sont tour à tour comiques, grotesques, picaresques mais aussi parfois intimes ou nostalgiques. Mais le film, loin de donner une impression de truculence ou de foisonnement, semble au contraire décousu et il n’emporte guère le spectateur.
Et si Huston filme comme souvent l'histoire d'un échec, le thème est pourtant fascinant : il s'agit de filmer le passage du vieil Ouest à un Ouest plus moderne, avec les premiers balbutiements de la civilisation où la loi des colts doit céder face aux livres de lois. L’idée de ce juge auto-proclamé qui se construit sa ville organisée en ne quittant pas son colt tout en prétendant s’adosser aux lois de l’état est excellente.


Huston s’en remet à Paul Newman pour porter le film mais, malgré son charisme, son cabotinage finit par lasser. Et les seconds rôles, pourtant bien campés, sont très inégaux (le personnage de prêtre tenu par Anthony Perkins est très bien, celui de tueur albinos fou porté par Stacy Keach ridicule).

lundi 2 avril 2018

Le Trésor de la Sierra Madre (The Treasure of the Sierra Madre de J. Huston, 1948)




Très bon film d’aventures de John Huston,  qui met en scène avec beaucoup d'habileté un trio de personnages – centré sur l’antipathique Dobbs (excellent Humphrey Bogart, dans un rôle surprenant) – qui partent chercher de l’or, au fin fond de montagnes désertiques.
Le film dépasse le simple plaisir du film d’aventures puisqu’il est enrichi par la diversité des principaux personnages. Il montre en effet, à travers ses trois personnages, trois facettes de la recherche de l’aventure. Dobbs vise l’appât du gain pour lui-même, il cherche à amasser de l’argent. Miséreux en début de film, il n’a pas d’autre objectif que l’enrichissement. C’est la soif de l’or dans toute sa splendeur. Le vieil Howard, lui, vit l’aventure pour l’aventure. Éteint en début de film, il s’éveille dans la montagne. Curtin, enfin, voit dans l’or qu’il recherche un moyen de réaliser ses rêves de ranch et de famille. Trois personnages aux ressorts dramatiques très différents et qui vont donc réagir différemment à la découverte de l’or. Les rapports entre chacun se tendent progressivement, surtout du fait de Dobbs, méfiant et bientôt paranoïaque, qui suspecte ses partenaires.



L’issue alors ne fait plus guère de doute et le final, très bien amené, ramène définitivement le film sur les thèmes habituels du cinéaste, qui vont de l’échec au nihilisme. Et l’éclat de rire sur lequel se clôt le film – d’une ironie mordante – rejoint lui aussi un regard souvent exprimé par Huston.

dimanche 6 août 2017

Le Vent de la plaine (The Unforgiven de J. Huston, 1960)




Petit western de John Huston, malgré une bonne idée de départ et une distribution prestigieuse. Cette idée intéressante, mais qui est bien peu exploitée, prend le revers en quelque sorte de La Prisonnière du désert, puisqu’il s’agit du soupçon, puis de la confirmation, qu’une des filles de la maison est en réalité une enfant indienne récupérée et élevée en cachant son origine.
Ce point de départ ne mènera pourtant pas bien loin : quand la chose sera révélée, la communauté blanche rejettera la famille et les Indiens attaqueront pour récupérer leur enfant. Tout cela est assez décevant et finit en simple film d’action.
Il y avait pourtant quelque chose à tirer de cette histoire et de ce personnage de vieux sudiste, qui vient révéler la Vérité au monde. Et puis, on a beau savoir qu’il s’agit d’une fiction, l’image ne nous aide guère : il faut de la foi pour voir Audrey Hepburn – à la peau si blanche – en Indienne.


vendredi 23 octobre 2015

La Dernière chance (Fat City de J. Huston, 1972)




Très grand film de John Huston (peut-être son meilleur) bien qu’il se passe d’une véritable histoire : c’est plutôt une double errance, celle de deux quidams, qui sont de petits boxeurs, l’un plus vieux de dix ans par rapport à l’autre. Dix ans, c’est un monde, en boxe (la différence entre une carrière qui débute et une carrière finie), et c’est un gouffre immense entre ces deux paumés. Car ce sont bien deux paumés, l’un, Tully (Stacy Keach), avachi et acceptant son sort, l’autre, Ernie (Jeff Bridges), qui croit encore que les choses iront mieux : sa vie est faite de petits boulots et de tristes matchs de boxe, mais il espère encore.
On ressent à quel point ces dix ans pèsent toute une vie, quand on voit, assis côte à côte, Tully et Ernie. On ne sait si Tully incarne le passé et Ernie le présent ou Tully le présent et Ermie l’avenir. En fait il semble bien qu’il n’y ait plus ni présent ni avenir : tout est dissout, les vies de chacun d’eux – comme celle du vieux barman tremblotant qui les sert – sont achevées.

Tully (Stacy Keach) et Ernie (Jeff Bridges)
Steacy Keach est exceptionnel. Il incarne l’épave désabusée qu’est Tully, qui, un jour va travailler dans les champs pour ramener quelques dollars, un autre jour s’acoquine avec une pauvre femme incapable et saoule (extraordinaire Susan Tyrrell), reprend ses gants un autre jour encore comme s'il y croyait mais retombe aussitôt. A travers lui Huston filme l’Amérique de l’échec, d’un ton juste et tragique. Ici la boxe n’est pas un moyen de s’extirper socialement (comme dans beaucoup de films sur le thème), elle n’est qu’un minuscule miroir aux alouettes (Tully, s’il fut pro, ne fut jamais grand boxeur). L’Amérique, une nouvelle fois, est lucide sur ce qu’elle est.


mardi 27 novembre 2012

Quand la ville dort (The Asphalt Jungle de J. Huston, 1949)




Quand la ville dort est le prototype du film de casse (un groupe de malfrats qui attaque une bijouterie, la nuit, en forçant le coffre-fort après avoir contourné alarmes et gardiens) et il inspirera beaucoup le genre.
La séquence du casse est en elle-même assez courte : elle ne constitue pas le cœur du récit qui s’attarde davantage sur les trajectoires des protagonistes, depuis le recrutement jusqu’à la chute. Huston prend donc le temps de creuser plusieurs personnages (l’ouvreur de coffre-fort, le dur à cuire, le chauffeur, le bailleur de fond, etc.) et de les épaissir, faisant de chacun d’eux plus qu’un simple homme de main. On suit donc le recrutement du petit groupe, avec les jeux de faux-semblant avec la police, le casse lui-même et l’échec, ensuite, des différents protagonistes, arrêtés ou abattus, tombant sous le coup de leur destin.

La séquence du casse inspirera beaucoup les réalisateurs puisqu’il est repris à l’identique par J. Dassin dans Du rififi chez les hommes et qu’on retrouvera – avec une sécheresse formelle encore plus accentuée – des accents hustoniens dans le casse filmé par J.- P. Melville dans Le Cercle rouge.


samedi 13 octobre 2012

Le Faucon maltais (The Maltese Falcon de J. Huston, 1941)




Prototype du film noir des années 40, Le Faucon maltais, s’il n’est pas exempt de quelques défauts, distille toujours une saveur délicieuse. Il institue la figure de Bogart – le légendaire « privé » – qui installe à l’image son attitude si typique à la fois cynique et romantique, désabusée et obstinée, avec son imperméable et sa cigarette.



Mais les autres rôles masculins sont extraordinaires et chacun des trois larrons qui s’opposent à Sam Spade exprime un stéréotype de personnage que l’on retrouvera : la fausseté étrange de Peter Lorre, la lourdeur visqueuse de Sidney Greenstreet et la rage sèche de Elisha Cook. On n’en dira peut-être pas autant de Mary Astor, qui reste en retrait par rapport aux femmes fatales ou ambiguës qui peuplent le genre (de Barbara Stanwyck à Lauren Bacall, en passant par Gene Tierney).



Si le film est assez confus (mais on verra, avec Le Grand sommeil, que l’extrême confusion peut ne pas nuire à un film noir), il est surtout un peu verbeux et, finalement, avare en rebondissements. Mais la sauce prend si bien entre le jeu des acteurs, la photo très contrastée et la sécheresse de la narration (aucune scène n’est superflue et ne dévie les personnages de leur quête) que cette multiplicité de scènes avec tous ces personnages ambigus qui s’entremêlent est un vrai plaisir.