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mercredi 27 mai 2026

Les Copains d'Eddie Coyle (The Friends of Eddie Coyle de P. Yates, 1973)

 



Très bon film de Peter Yates, Les Copains d’Eddie Coyle est très typique des années 70 américaines où, bien loin des standards hollywoodiens classiques, la caméra reste fixée sur une Amérique paumée et défraichie, au milieu des quartiers malfamés et des entrepôts abandonnés. Eddie Coyle, au cœur du film, parfaitement campé par Robert Mitchum, bien loin d’être un héros, n’est qu’un petit malfrat sans grande envergure, qui trempe dans différentes combines, cherche à payer ses factures et à éviter la prison.
Pas de braquage spectaculaire et magnifique (on vend des armes mais on ne s’en sert pas), pas de grand affrontement, pas de poursuite en voiture mémorable, pas de final réparateur ou vengeur, pas de rédemption ou de belle morale : il n’y a rien que de la bidouille pour Eddie Coyle, entouré de médiocres, de ratés et d’indics au milieu des bars minables.
Tout n’est que manigances et solitude (contrairement au titre ironique, Eddie Coyle ne peut compter sur personne, loin s'en faut), jeu de chat et de la souris avec les flics, petites vies banales et piteuses. Ici le crime ne paye pas, on est loin des grands films de gangsters qui ont fait le genre (L’Ennemi public, Scarface ou L’Enfer est à lui avec la figure du criminel magnifiée et fascinante à bien des égards) autant que des films contemporains (Le Parrain avec l’aristocratie du crime). Ici ce sont les petites gens du crime que l’on côtoie, avec leurs vies vaines et sans avenir.
Et c’est cette humeur générale qui est la vraie réussite du film de Yates : aucune énergie débordante ici, tout semble dévitalisé (malgré de bonnes séquences d’action mais qui ne sont pas filmées sous un angle spectaculaire), aucune pulsion de vie, l’image est triste et terne. Et qui mieux que Robert Mitchum pour donner cette impression de fatigue, d’usure, de grande lassitude ? Incapable d’agir sur les choses, manipulé et sans ressort, Eddie Coyle est de ces personnages dont la vie est déjà finie, comme un petit rouage rouillé d’une machinerie qui lui échappe. Succombant sans même s’en rendre compte à une dernière manipulation, sa mort même est minable, habilement rejetée hors du cadre, c’est un non-évènement au milieu des commentaires des tueurs de bas-étages.
On notera l’hommage au film de Tarantino puisque le titre de son Jackie Brown (qui nous fait croiser lui aussi des bandits minables à bout de course) reprend le nom d’un des protagonistes.



lundi 13 novembre 2023

Trois milliards d'un coup (Robbery de P. Yates, 1967)

 



Film de braquage efficace et bien mené avec ce « coup du siècle » classique (un train postal dévalisé après un casse soigneusement préparé et minuté) qui tient l’essentiel de l’intrigue (1).

Peter Yates montre parfaitement la préparation du coup (le recrutement, les repérages, etc.) en même temps qu’il suit les investigations de la police qui tourne autour de la bande.

On regrette peut-être, en fin de film, la facilité un peu trop grande avec laquelle la police progresse tout à coup. Après avoir si bien mené leur affaire, la bande pouvait continuer à montrer son professionnalisme quelques jours de plus.

Récit sec et efficace, d’un sérieux quasi-documentaire, sans temps mort et sans véritable ralentissement (si ce n’est le moment où Clifton discute avec sa femme, moment qui prend un relief important en toute fin de film). A ce récit rigoureux et ultra-précis, répond une image grise, triste, qui englobe le film dans une atmosphère humide et sombre.

La longue séquence de course-poursuite, en début de film anticipe, ainsi Bullitt (et convainc peut-être Steve McQueen de choisir Yates pour le réaliser) : avec ce film très réussi, Peter Yates, au bout de deux films seulement, s’ouvre grand les portes de Hollywood
.



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(1) : Le scénario s’appuie sur le braquage spectaculaire d’un train postal anglais en août 63 où une somme record a été dévalisée. Le Cerveau de Gérard Oury, s’inspire lui aussi de ce braquage.

 



mercredi 13 février 2019

Bullitt (P. Yates, 1968)




Film iconique de Peter Yates porté par une séquence marquante (la fameuse poursuite en voiture), un acteur légendaire (Steve McQueen) et le thème célèbre de Lalo Schifrin.
Le charisme étonnant de Steve McQueen (charisme qui est à relier avec un mutisme et une sobriété absolue dans son jeu d’acteur) est pour beaucoup dans le succès du film qui est entièrement tourné vers sa star (McQueen est présent dans le cadre dans pratiquement toutes les séquences, à l’exception de l’introduction).
Le film modernise l’image du flic des années 50, issu du polar et du film noir et le fait entrer dans les années 70. Par son look, son caractère taiseux, son comportement en marge, il se construit une personnalité très forte sans fracas. Il annonce, à son tour, Dirty Harry, dont le laconisme et le caractère sans cesse en porte-à-faux avec sa hiérarchie doivent beaucoup à Bullitt.
Le film instaure aussi cette idée d’un climax formidable avec la poursuite en voiture (la Mustang de Bullitt poursuivant une Dodge Charger), d’une durée complètement disproportionnée par rapport à son intérêt narratif (plus de dix minutes). L’image des voitures bondissant dans les rues en pentes de San Francisco est entrée dans la légende du cinéma.



On retrouve bien sûr de nombreuses allusions à Bullitt dans le cinéma américain (mais aussi français, avec une poursuite similaire dans Le Marginal de J. Deray) : de Gran Torino à Drive, Frank Bullitt, son mutisme, son look et son bolide sont entrés dans la culture populaire américaine.