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samedi 15 juin 2024

Starship Troopers (P. Verhoeven, 1997)

 



Sous ses dehors de film de guerre kitsch et outrancier (l’esthétique du film évoque la S-F des années 60 et Paul Verhoeven montre à foison des corps éclatés et déchiquetés), Starship Troopers suit son idée et parvient à traverser les différents échelons militaires, depuis les soldats sacrifiés de l’infanterie jusqu’aux manipulateurs tout en haut de l’échelle, en passant par les officiers pilotes.
Le film peut se voir comme une diatribe virile et guerrière et, dans ce sens, il annonce, avec une préscience étonnante, la seconde guerre d’Irak et la traque de Ben Laden dans les grottes afghanes. L’idée des ennemis qui sucent le cerveau est une métaphore très riche et très bien vue.
Mais le discours à l’encontre du complexe militaro-politique américain est très violent et l’on a du mal à comprendre les accusations portées contre Verhoeven (le film serait va-t-en-guerre) : les tortures infligées au Cerveau en fin de film (avec la belle idée du reportage télévisé censuré) parlent d’elles-mêmes, de même que l’accoutrement de Carl – devenu une des têtes pensantes du système et n’hésitant pas à sacrifier des soldats en masse – qui, avec sa cape de cuir noire, renvoie à l’image des pires dirigeants nazis.



mardi 17 octobre 2023

Benedetta (P. Verhoeven, 2021)

 



On retrouve, dans Benedetta, un Paul Verhoeven fidèle à lui-même : s’il n’y a plus ici la verve folle et pulsionnelle de Turkish Délices, le naturalisme propre au réalisateur jaillit au dehors, naturalisme qui mélange les pulsions et les forces enracinées dans les êtres. Qu’il s’agisse de la foi ou du sexe, d’une honnêteté ou d’une manipulation, Benedetta Carlini a des pulsions enfouies qui resurgissent.
Virginie Elfira sent très bien son personnage, en jouant d’une fausse sincérité, condition de ce surgissement pulsionnel dans l’univers calfeutré du couvent. On regrette, en revanche, que ce ne soit pas le cas de Daphné Patakia, beaucoup plus rustre dans son jeu et dont le personnage, immédiatement, est beaucoup moins crédible. Et on regrette aussi, et il s’agit là d’une forme d’anachronisme, que le corps des deux héroïnes, très mis en avant dans le film puisqu’on les voit plusieurs fois nues, ait une apparence moderne (forme pulpeuse, peau soyeuse, etc.) dont on sent bien qu’elle participe de l’attirance et de la jouissance. Mais ces corps sont bien loin, sans doute, d’une vie carencée et faite de manques, l’une étant censée vivre au couvent depuis dix ans, l’autre étant la fille d’un chevrier à la très basse condition. On a bien du mal à croire, à l’écran, à ces corps beaucoup trop parfaits, comme hors du temps. Ce, d’autant plus que Verhoeven nous donne à voir d’autres corps, qui, eux sont marqués par la peste ou la vieillesse.
Le film souffre aussi d’une forme d’arnaque beaucoup plus problématique, surtout visible dans la première partie, et qui consiste à montrer à l’écran, les visions de Benedetta. On pense vraiment, en tant que spectateur, que celle-ci a des visions, que le Christ s’adresse à elle. Il y a là une tromperie puisque Benedetta ment aux sœurs et qu’elle s’inflige elle-même les stigmates. Pendant un temps le spectateur est berné, non pas par l’indécision du scénario mais par l’image elle-même qui nous trompe. Cet élément est très surprenant (et très décevant) de la part d’un cinéaste aussi brillant que Verhoeven.

 




mardi 11 mai 2021

Basic Instinct (P. Verhoeven, 1992)

 



Coup de tonnerre sulfureux à sa sortie, Basic Instinct doit beaucoup à Sharon Stone, immédiatement propulsée au rang de bombe sexuelle. Pourtant, même s’il est un thriller honnête, le film est bien loin des meilleures réalisations de Paul Verhoeven. Mais soulignons qu’il a réussi à conjuguer son attirance pour les personnages marginaux ou pervers et les ambiances trashs (Turkish Délices correspondant à l’expression la plus puissante de cette tendance) avec les desiderata de l’industrie hollywoodienne.
Mais, derrière ses dehors tapageurs (avec une scène célèbre où l’entre-jambe de Sharon Stone a défrayé la chronique), cette enquête où l’inspecteur en pince pour le principal suspect de meurtres est très conventionnel. Le scénario, artificiellement complexe en fin de film, est assez décevant puisqu’il viendra confirmer ce que l’on pressent très vite.

Cela dit la rencontre entre Catherine Tramell (Sharon Stone donc) et l’inspecteur Curran (Michael Douglas) illustre très bien cette rencontre complexe et à double tranchant entre un réalisateur européen haut en couleur et l’uniformité fade de l’industrie cinématographique américaine à gros budget.

jeudi 25 mars 2021

Turkish Délices (Turks fruit de P. Verhoeven, 1973)

 



À partir d’une trame assez simple et conventionnelle (Olga – fille de commerçants – impose à sa famille sa relation avec Eric, sculpteur bohème), Paul Verhoeven frappe fort avec un film débordant d’une effervescence pulsionnelle et sexuelle, empli de fantasmes et de délires.
Dès ce deuxième film, son cinéma naturaliste explose à l’écran : dans l’image elle-même apparaissent souvent, comme des troncs d’arbres morts qui remontent et viennent flotter en surface, la mort qui rôde, le soubassement organique parfois en putréfaction et dont on ne peut s’extraire. Le film est parsemé de tels indices : ce sont les vers qui se tortillent sous le bouquet de fleurs, les prémonitions de cancers, les vomissures, le sang, les couleurs du sculpteur, les pensées morbides d’Olga. Avec ce monde imaginaire qui affleure par moment, Verhoeven se situe dans la lignée prestigieuse (et assez rare finalement) d’un Stroheim ou d’un Buñuel, grands cinéastes naturalistes.
Verhoeven construit une narration complexe et incertaine (on ne sait, tout d’abord, si les séquences du début de film sont des rêves ou des séquences vécues), travaillant sur un flash-back, incluant des scènes oniriques, jouant d’ellipses.
Eric (Rutger Hauer, qui sera souvent utilisé par Verhoeven), dans un univers sexuel et libertaire, à la pulsion vitale débordante, multiplie les aventures avec tout ce que la bonne société hollandaise peut lui offrir. Mais, bientôt, Olga retient Eric et le couple se forme, dans l’érotisme, le trash, l’outrancier. Verhoeven dynamite la société hollandaise, dans laquelle il semble qu’il y ait bien peu à sauver.


Verhoeven, dans ses films suivants, s’il gardera bien des signes de cette profondeur obscure dans laquelle pulse le monde, ne l’exprimera plus avec cette liberté féconde qui jaillit à l’écran. Cette retenue se verra particulièrement dans ses films hollywoodiens (même les plus remarquables), forcément plus policés et admissibles. Mais ici tout n’est qu’outrance, délire, sexe, pulsion, dans une crudité à la Jérôme Bosch, qui accumule mille détails, parfois incongrus ou scabreux, mais qui donnent une touche réaliste et singulière, de toutes ces pulsions qui débordent de l’écran. Et cette crudité et ces détails donnent beaucoup plus d’humanité touchante au film que dans ses réalisations américaines.




samedi 18 février 2017

Elle (P. Verhoeven, 2016)



Bon film de Paul Verhoeven, qui, à partir d’une trame mince mais bien menée, arrive à construire un film réussi qui oscille entre un ton noir et celui, plus détaché, de l’humour  noir grinçant.
Le film avait en effet tout pour être très noir et traumatique, tant il regorge de thèmes violents et agressifs, mais Verhoeven s’appuie sur son personnage principal pour créer une distanciation ironique et grinçante, provoquant un mélange de tons parfait.
Il dispose d’une excellente Isabelle Hupper : Michèle, son personnage, est une femme complexe qui traverse la vie avec fracas. Egoïste, méchante, jalouse, épouvantable avec ses proches, son passé tragique qu’elle veut enfouir n’en finit pas de remonter à la surface. Et l’on suit les mille avatars de sa vie, depuis sa belle-fille épouvantable, sa mère délurée, son père psychopathe, jusqu'au viol répété, à l'accident de voiture, etc.
C’est en outre un bel exemple d’identification propre au cinéma : le spectateur épouse le regard de Michèle, en prenant fait et cause pour elle, alors que, probablement, à bien des égards, il détesterait avoir affaire à un tel personnage dans sa vie de tous les jours.
Verhoeven montre tout son talent : outre des jeux de flash-backs alliant image mentales et souvenirs, il distille dans son film de nombreux signes (qui sont autant de symptômes deleuziens) qui montrent comment Michèle est rattachée à un monde pulsionnel, duquel elle ne peut échapper, et qui lui tourne autour. Ainsi les scènes de viol, la descente dans la chaufferie, la photo d’elle petite en train d’aider son père à brûler sa maison, le jeu vidéo modifié où elle est violée par un monstre.
On retrouve des sensations propres à un cinéma pulsionnel (celui de Crash par exemple, quasiment cité avec le boitement de Michèle après son accident) qui offre comme un double fond infernal à cette histoire d’une femme qui continue de se construire et de traverser la vie avec rage et détachement, alors qu’elle est violée, attaquée, esquintée, matraquée de toute part.

vendredi 11 avril 2014

RoboCop (P. Verhoeven, 1987)




Bon film d’action de Paul Verhoeven qui, deux ans après le succès de Terminator (dont on sent l’influence), en remet une couche en ce qui concerne le mélange homme-machine.
Pour justifier son robot-policier, Verhoeven décrit une Amérique ultra-violente et dont des quartiers entiers sont laissés aux mains de bandes impitoyables et dévastatrices. Les médias (la télévision notamment) en prennent pour leur grade, de même que les dirigeants, cyniques, arrivistes et corrompus, qui prêchent une ville moderne et nettoyée.
On remarquera la décérébration produite par l’omniprésence de la télévision (avec des mélanges détonants entre les actualités épouvantables et les publicités qui s’enchaînent) qu’il faut mettre en regard de RoboCop, prétendument machine mais dont le cerveau fonctionne encore et s’exprime de plus en plus, au grand désarroi de ses concepteurs.
Les effets spéciaux ont parfois pris un coup de vieux et l’ensemble est très typé « années 90 », mais le film est réussi.

Le grand succès du film engendrera diverses suites tout à fait oubliables qui renchérissent dans l’horreur en cherchant à surfer sur le succès du premier opus.




samedi 22 mars 2014

Total Recall (P. Verhoeven, 1990)




Très bon film de science-fiction de Paul Verhoeven, servi par un scénario excellent. Verhoeven s’amuse à nous perdre dans les incessants rebondissements, mais il tient son film de main de maître et il nous promène, de la Terre à Mars, à coup d’explosions, de courses-poursuites, de mutants difformes, de révélations et de coups de théâtre.
Même si, parfois, les décors martiens sentent bon le kitsch hollywoodien, l’action est incessante, les méchants sont très méchants et Doug Quaid (bon Schwarzenegger), l’espion qui se démène avec ses vrais-faux souvenirs, parvient in extremis à ses fins, en bon héros. L'esthétique du film est certes très datée des années 90 (c'est toujours amusant de voir des films de science-fiction, se déroulant prétendument dans le futur, être ainsi datés), mais Total Recall reste un très bon divertissement.



Le remake de 2012, Total Recall : Mémoires programmées, n'apporte pas grand-chose, malgré quelques bonnes idées (la traversée de la Terre de part en part) mais il omet beaucoup de l'exotisme de Verhoeven (les protagonistes, par exemple, ne vont jamais sur Mars).