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vendredi 26 avril 2024

Little Odessa (J. Gray, 1994)

 



Très bon premier film de James Gray qui montre une étonnante maîtrise et une grande maturité pour ce premier film. Partant d’un thème très classique du cinéma américain (le tueur Joshua Shapira doit se charger d’un contrat), Little Odessa s’en décentre habilement pour se concentrer à la fois sur les rapports familiaux de Joshua (avec la mère éreintée par la maladie et son frère cadet qui l’adule) et sur son retour dans ce quartier de Little Odessa où il est proscrit à cause de ses faits d’armes passés. Le film, alors, laisse largement à l’arrière-plan les questions de tueurs et de mafias et il saisit parfaitement l’atmosphère particulière de ce quartier juif russe de Brooklyn. Certaines séquences, lentes et accompagnées d’une musique lancinante, sont magnifiques.
On comprend que Chabrol, qui lui aussi aimait tant peindre des ambiances de quartiers ou de villes de province, ait beaucoup apprécié ce travail du réalisateur.
Ce premier film montre toute l’originalité et toute la puissance visuelle de James Gray et annonce nettement ses prochains films (tout du moins ceux qu’il fera immédiatement après).

 



mercredi 7 avril 2021

The Immigrant (J. Gray, 2013)




Loin de ses meilleurs réussites (The Yards ou Two Lovers), le film de James Gray peine à embarquer le spectateur au plus près de ses personnages. On comprend très vite les nœuds principaux de l'intrigue et l’on est un peu gêné de voir que l'on ne s'est pas trompé.
On sait bien que Bruno Weiss (très bon Joaquin Phoenix), pour une fois, voit sa belle mécanique destinée à recruter des femmes en détresse mise à mal par ses sentiments, on sait bien que Ewa Cybulska (regrettable Marion Cotillard, qui a bien du mal, décidément, à créer quelque personnage que ce soit) le rejettera. On comprend très vite la tragédie qui se noue. Et le sacrifice final de Bruno, qui rachète ainsi ses fautes et reste déchiré par son échec, apparaît très conventionnel.



vendredi 6 juillet 2018

The Yards (J. Gray, 2000)




Beau film de James Gray dont la patte de réalisateur parvient à sortir du tronc commun des films sur ce thème (un jeune qui sort de prison et veut bien faire se trouve emmêlé dans des histoires de corruption qui dégénèrent très vite et lui échappent). Gray ne construit pas un film d’action mais un film très sensible, en s’attachant à montrer le récit à travers les yeux de Leo (très bon Mark Wahlberg, au visage fermé d’adolescent), dont il capte toute la sensibilité de jeune homme, perdu, prenant de mauvaises décisions, croyant pouvoir faire confiance à ceux qui l’entourent (notamment Willie – très bon Joaquin Phoenix) et qui, rapidement, vont le perdre.
On voit bien que James Gray, même sur des thèmes qui pourraient appeler à un film rythmé et empli de scènes d’action, se tourne vers un rythme lent, au ton intimiste, où chaque plan est remarquablement construit, isolant parfaitement ses personnages dans le cadre (notamment Leo, de plus en plus seul), jouant de lumières ou s’amusant avec des plans étonnants (il n’hésite pas à « enlever » une cloison pour montrer deux personnages de part et d’autre d’une porte). Il ressort de son film une impression à la fois douce et prenante, comme une lente marche du destin.



On regrette la toute fin du film avec le revirement surprenant de Leo, mais il semble bien que cette fin ait été imposée à Gray, qui n’avait pas encore, à ce moment de sa carrière, la main sur le montage final.

mercredi 29 mars 2017

The Lost City of Z (J. Gray, 2016)




Film assez décevant de James Gray, qui manque incontestablement d’un souffle épique qu’il recherche pourtant. L’histoire de Fawcett promettait d’être fascinante mais elle se suit assez mollement, avec des ruptures de rythme, de grandes ellipses et de (trop) longues scènes intimistes convenues qui font passer bien peu d’émotion.
Si Fawcett part à reculons pour son premier voyage en Amazonie, on comprend qu’il se passionne pour ce qu’il découvre. On comprend que, par défi face au rejet de ses pairs, il s’obstine ; on comprend ensuite, que, peu à peu, la passion tourne à l’obsession. On comprend tout cela mais on ne le ressent pas. On n’entre pas dans le cerveau de Fawcett, dans sa monomanie, dans son obnubilation.
Quelques belles images, une reconstitution appliquée, un aperçu des croyances des élites intellectuelles de l’Angleterre au début du XXème siècle, cela ne suffit guère pour un film de cette ampleur et avec une telle ambition.


Il faut dire que ces films d’aventure et d’exploration sont un peu coincés entre deux tendances. Ou bien le film lorgne du côté de l’aventure pure, avec de l’action, des rebondissements, des découvertes (on pense alors à Indiana Jones qui s’impose comme référence) ; ou alors le film cherche à entrer dans le crâne de l’explorateur, au plus près de ses sensations ou de sa folie. On pense alors à Aguirre, à Dersou Ouzala, au Nouveau monde ou, pourquoi pas, pour un film à la frontière entre plusieurs genres, à Apocalypse Now. Le film de Gray lorgne évidement du côté de ce second groupe (Aguirre est cité plusieurs fois) et l’histoire a tout pour construire un tel type de récit avec un Fawcett qui est d’abord piégé par sa condition et bientôt par son destin : découvrir cette cité qui l’obsède. Et sa relation à son fils aîné permettait un effet démultiplicateur (fils délaissé longtemps et finalement alter ego auprès duquel il se sent un passeur).
Mais, si le film délaisse clairement le pur récit d’aventure, il ne parvient pas non plus aller au-delà de quelques moments ou de quelques images : il n’y a rien derrière les images, rien qui ne vienne les hanter.
L’image finale recèle ce que le film aurait pu montrer : immerger Fawcett dans la jungle, même quand il est en Angleterre auprès des siens. Mais cette très belle image (sa femme, vue dans un miroir, qui s’enfonce dans la jungle), ne fait que ressentir davantage ce qui manque au film.