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mardi 2 juillet 2024

Les Comancheros (The Comancheros de M. Curtiz, 1961)

 



Western très – trop – classique de Michael Curtiz (Curtiz malade ne put achever le western, c’est John Wayne qui s’en chargea), articulé autour d’une intrigue assez simple et des personnages très monolithiques. L’ami John Wayne tient son rôle canonique du marshal intègre, loyal et expérimenté, personnage trop simple et bien loin, par exemple, de ses partitions dans La Prisonnière du désert ou La Rivière rouge.
En 1961, le genre a pourtant déjà produit des personnages beaucoup plus riches et complexes, dans des intrigues beaucoup plus travaillées (qu’on se souvienne des westerns d’Anthony Mann avec James Stewart). Mais Les Comancheros oublie cette veine superbe du « surwestern » (selon l’expression d’André Bazin) pour retourner en arrière, en se cantonnant à des personnages stéréotypés et en s’appuyant sur le charisme du Duke (bien secondé par Stuart Whitman). Sympathique, presque picaresque par moment (dans la première demi-heure notamment), bénéficiant de gros moyens, Les Comancheros reste donc trop conventionnel et sans réelle surprise.

 


jeudi 12 octobre 2023

Le Roman de Mildred Pierce (Mildred Pierce de M. Curtiz, 1945)





Très bon film noir de Michael Curtiz qui joue habilement des flash-backs pour dresser le portrait d’une mère dont les vertus multiples de dévouement, d’amour et de travail ne suffiront pas à sauver sa fille aînée. C’est que cette dernière, comme souvent chez Curtiz, traîne son cortège d’ambition, de cynisme, de revanche à prendre sur le monde, ce qui la conduit dans les pires excès. Et, en face, coincée dans son amour maternel, Mildred Pierce fait ce qu’elle peut.
On notera combien le film est moderne au travers du portrait de cette mère qui, quittée par son mari, se retrouve seule avec ses deux enfants et doit trouver du travail. S’ensuit une réussite matérielle qui rappelle la trajectoire de Beatrice (rôle tenu par Claudette Colbert) dans Images de la vie.
Curtiz reprendra plusieurs éléments de Mildred Pierce dans le très bon Boulevard des passions, en s’appuyant notamment à nouveau sur Joan Crawford, dont il faut admettre que le jeu suranné a assez mal vieilli.


 

 

samedi 16 avril 2022

La Vie privée d'Elisabeth d'Angleterre (The Private Lives of Elizabeth and Essex de M. Curtiz, 1939)

 



Le film de Michael Curtiz laisse une impression curieuse, liée notamment au casting à la fois réussi et bancal. C’est qu’Elizabeth d’Angleterre est campée par Bette Davis qui réussit une partition époustouflante. Le film, à n’en pas douter, lui doit beaucoup. Le rôle du comte d’Essex, de son côté, est tenu par ce cher Errol Flynn, tout feu tout flamme, comme il se doit. Casting impeccable, se dit-on alors. Oui mais voilà : on voit mal, à l’écran, le bel Errol, bourreau des cœurs, chevalier sans peur et sans reproche, tomber amoureux de Bette Davis, volontiers enlaidie (le crâne en partie rasé, engoncée dans des tenues ad hoc), colérique, aigrie et jalouse.



Tout cela sent un peu trop la recette hollywoodienne. De même la fin – où  l’on se rend compte que le comte d’Essex est incapable de réfréner son ambition – laisse circonspect.
Il faut vraiment tout le talent de Bette Davis pour tenir la narration et rendre crédible l’histoire.


lundi 19 avril 2021

La Glorieuse parade (Yankee Doodle Dandy de M. Curtiz, 1942)



Ce célèbre film de Michael Curtiz, s'il doit être replacé dans un contexte de propagande (il fut tourné pendant la guerre), est envahi par un élan, une bouffée d'énergie qui fait plaisir. Cette vitalité est due tout autant à Curtiz, qui sait parfaitement rythmer un film, qu’à James Cagney, parfait ici, et dont les talents de danseur lui permettent de bondir en tous sens.
On avait vu Curtiz à l'œuvre avec Errol Flynn : épaulé par un grand acteur, il est décidément très fort. Bien sûr Cagney restera éternellement cette figure du gangster, mais ce détour du côté du musical lui va très bien. Curtiz, d’ailleurs, se plait à montrer les shows de George Cohan sur scène, le plus souvent avec sa famille, dans de longues séquences dansées ou chantées qui rapprochent le film d’une comédie musicale.





samedi 19 septembre 2020

Bombardiers en piqué (Dive Bomber de M. Curtiz, 1941)



Dive Bomber, qui se concentre sur les recherches médicales visant à éviter aux pilotes de chasse les évanouissements en vol, s’il a un aspect documentaire très marqué, n’est guère palpitant. Il faut dire que cette histoire d’une inimitié qui sera dépassée est un peu trop cousue de fil blanc. La recherche médicale, avec ses essais, ses réflexions, ses échecs, ses persévérances et – Hollywood oblige – ses sacrifices, est toutefois très bien rendue.
Avec Michael Curtiz à la baguette et Errol Flynn en tête d’affiche, on pouvait néanmoins s’attendre à un récit moins didactique et plus enlevé.

 

lundi 4 février 2019

Doctor X (M. Curtiz, 1932)




Alors que les majors se battent à coup de monstres (Frankenstein pour Universal, Freaks pour la MGM,), la Warner lance son Doctor X qui, s’il a quelques qualités, semble bien pâlichon en regard de la concurrence.
Il y a bien une innovation technique intéressante, puisque le Technicolor bichrome est aujourd’hui une jolie curiosité visuelle, teintant légèrement l’image sans réellement la colorer (la différence avec le Technicolor trichrome, qui se développe à peine quelques années plus tard, est énorme). Mais cette recherche d’un meurtrier parmi plusieurs éminents savants, même si elle se laisse suivre sans déplaisir, n’est pas non plus infiniment passionnante.
Les quelques effets de manche (décors, effets spéciaux) fonctionnent assez mal et il faut dire que le meurtrier, qui se veut monstrueux, n’a pas l’empreinte visuelle de ses prédécesseurs (malgré une belle scène où le coupable modifie son apparence). Le film souffre aussi d’un personnage (le journaliste) dont le comique naïf affadit considérablement l’ambiance angoissante, Curtiz ne parvenant pas vraiment à mélanger les tons d’humour et de tension horrifique.



lundi 8 janvier 2018

Capitaine Blood (Captain Blood de M. Curtiz, 1935)




Réjouissant film de Michael Curtiz, où l’action bondit et rebondit sans cesse, portée par un rythme haletant et incarnée par Errol Flynn. Magnifique Errol Flynn, dont c’est le premier grand rôle, qui vient mettre sur le personnage sa patte si caractéristique, faite de vitalité, de fougue, et en même temps d’une forme de sérénité sûre d’elle-même.
On sait que, sur ces bases, Curtiz et Flynn continueront de travailler ensemble sur d’autres films qui seront autant de chefs-d’œuvre (Les Aventures de Robin des bois, L’Aigle des mers, etc.).



mardi 25 octobre 2016

Le Vaisseau fantôme (The Sea Wolf de M. Curtiz, 1941)




Très bonne adaptation du roman de Jack London (on se demande pourquoi, en passant en France, le film n’a pas conservé son titre original, qui est aussi celui du roman), dans laquelle Michael Curtiz crée un huis-clos parfait, organisé autour du capitaine tyran et d’une galerie étonnante de personnages. L’univers qu’il décrit est très sombre, dans ce bateau fantasmagorique où tout n’est qu’ombre et cruauté.
Si la distribution est très réussie, Edward G. Robinson, en Loup des mers, manque peut-être d’une stature physique suffisante : chez Jack London, Larsen est un monstre physique, grand, harmonieux, musclé, puissant. L’équilibre est total entre son corps parfaitement développé et son esprit cultivé et éclairé (il lit Milton et le film en cite un vers célèbre qui sert de clef de voûte à la dictature impitoyable qu’il met en place sur son bateau). Cette dualité ne se retrouve pas chez Robinson qui, s’il est très bon, n’a pas le physique du Larsen originel (on pense à un Brando par exemple, puissant, le front fort, ombrageux, insaisissable).
Mais le film est une vraie réussite, jusqu’à la fin qui ménage un minuscule trait d’espoir dans une humanité jusqu’alors décrite avec une noirceur rare.


lundi 19 septembre 2016

Boulevard des passions (Flamingo Road de M. Curtiz, 1949)




Très bon film de Michael Curtiz, au développement riche et original. Les personnages sont multiples et leurs interactions complexes évoluent au fil du récit. On apprécie un film dont les personnages ne sont pas figés et évoluent au fur et à mesure dans différentes directions, selon leurs personnalités et les événements qu’ils subissent.
Alors qu’on pensait Fielding au cœur du film, son personnage se noie et ne parvient pas à s’extraire et à assumer ce qu’il est : à se laisser corrompre, il se perd complétement. A l’opposé, Dan, que l’on croyait tout à fait corrompu et sans scrupule, se révèle d’une richesse inattendue, jusqu’à devenir le personnage emblématique de la morale du film (il porte les quelques espoirs que garde malgré tout Curtiz sur la vie politique). Ces deux personnages sont tiraillés d’une part par le shérif, adipeux, dégoulinant et tout à fait corrompu (Welles campera un personnage en tout point similaire dans La Soif du mal) mais aussi, bien sûr, par une femme (Joan Crawford, qui en fait trop, comme souvent) : celle-ci est la pierre angulaire du film, puisqu’elle traverse toutes les couches sociales de la ville, les relie entre elles et déclenche toute une série d’événements (lui valant la haine du shérif) qui iront de la chute de Fielding jusqu'à la rédemption de Dan.
Le regard porté par Curtiz sur la démocratie est très pessimiste (omniprésence de la corruption et des petits arrangements entre amis ; importance du paraître social), même si le film se termine sur une pointe d’espoir.


vendredi 17 juillet 2015

La Charge de la brigade légère (The Charge of the light brigade de M. Curtiz, 1936)




Le film est un peu décevant. Bien sûr il y a l'exotisme, l'action épique de Michael Curtiz et Errol Flynn est un héros hollywoodien parfait. Parfait mais un peu lisse et trop convenu. On le préférera chez Walsh où l'épaisseur du personnage enrichit la simple fougue souriante et sûre d'elle-même. Et Curtiz mêle à son histoire une intrigue amoureuse bien pataude.

Alors, bien sûr, il reste de grands moments, de bonnes séquences réussies, mais l'ensemble n'a pas de magie véritable. On préférera nettement, dans le même registre exotique (les Indes coloniales anglaises), Les Trois lanciers du Bengale.