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lundi 7 juillet 2025

Gladiator 2 (R. Scott, 2024)

 



On a beau connaître Hollywood, on a du mal à s’y faire. Le très bon Gladiator de Ridley Scott se suffisait à lui-même et il était un beau fleuron du péplum au début des années 2000, revitalisant étonnamment un genre alors passé de mode.
Las, Hollywood n’a pu s’en empêcher et il est allé chercher sa suite, cherchant à exploiter le filon, quelques vingt-quatre années plus tard. Ridley Scott, une nouvelle fois (après Prometheus qui venait plus de trente ans après Alien), est aux manettes et il déçoit comme si souvent (on est toujours surpris de l’écart de qualité entre ses plus grandes réussites et d’autres de ses films, tout à fait médiocres). Il s’ensuit un film lourd, sans saveur, convenu, s’appliquant à suivre les règles des blockbusters sans chercher autre chose que le recyclage et la surenchère sans âme. Tout ce qui faisait la réussite du premier film est passé aux oubliettes. C’est bien dommage : désormais, quand on parlera de Gladiator, il faudra toujours préciser, pour se prémunir, « le premier », tant il ne faudra pas confondre avec ce Gladiator « deux » mauvais et oubliable.


lundi 2 décembre 2024

Le Dernier duel (The Last Duel de R. Scott, 2021)





Ridley Scott propose ici un film intéressant et assez réussi, qui emmène son idée au bout, en faisant planer longtemps une incertitude sur les faits qu’il raconte. Le réalisateur nous ayant habitué, ces derniers temps, à des films tellement décevants et laborieux, on en est presque surpris.
Le Moyen-Âge est filmé avec des tons très sombres qui rejoignent l’imaginaire commun d’une période correspondant à des temps obscurs, ce que vient contredire l’image (fascinante), vue plusieurs fois en arrière-plan, de Notre-Dame en train d’être construite.
Le film est construit selon le procédé développé dans le Rashōmon de Kurosawa, où la même séquence est racontée successivement par différents personnages, avec ce que cela suppose de variations et de contradictions (1). Ici on a bien du mal à extirper le vrai du faux et – c’est bien là le but – à savoir qui dit la vérité dans cette affaire. Et, dans cette histoire de viol et de trahison, de façon assez curieuse – mais c’est là une curiosité qui est une qualité –, aucun des deux personnages du duel à venir n’apparaît sympathique. Ni Jean de Carrouges (Matt Damon), lourd et rustaud, ni Jacques le Gris (Adam Driver), hypocrite intrigant. Ce choix du réalisateur freine beaucoup l’identification du spectateur à l’un des deux, même si l’on prend, très progressivement, fait et cause pour l’intègre Carrouges, largement floué et moqué. Et c'est cette manière de faire qui permet d’emmener assez loin l’incertitude du dernier duel du titre.
Mais, dans la dernière séquence où le duel proprement dit est enfin mené, on regrette – sans être surpris : on connaît Ridley Scott – qu’il soit l’occasion de tous les passages obligés fatigants des réalisations modernes, à coups de travellings, de ralentis fatigants et de musique pompeuse. L’affrontement s’étire inutilement. La sécheresse d’un combat ferait tant de bien. Nous parlions de Kurosawa : il est bien dommage que la leçon du duel final de Sanjuro soit aujourd’hui complètement oubliée.



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(1) : On notera que ce procédé, s’il est célèbre depuis Kurosawa, est moins efficace que le jeu de champ-contre-champ, tel qu’il apparaît dans Mademoiselle par exemple, où la deuxième partie du film n’est pas l’interprétation d’un même épisode mais son complément. Elle est ce qui manque à la première, comme deux pièces de puzzle qui s’emboîtent.

 

vendredi 1 décembre 2023

Napoléon (R. Scott, 2023)

 



Film très médiocre qui, bien malheureusement, représente en fait le pire en termes de film historique : Ridley Scott a repéré quelques lignes incontournables de l’histoire de Napoléon (Toulon, le Sacre, Austerlitz, la retraite de Russie, Waterloo, etc.) et il les met en image. Mais c’est à peu près tout. Il n’a pas grand chose à nous dire de Napoléon – ce qui est quand même fort, vu le personnage – et il le vide de sa substance.
Opportuniste, quelconque, médiocre, grossier, voilà le portrait tracé par le réalisateur de Napoléon. On a beau ne pas l’aimer, en tracer un tel portrait – à ce point à rebours de l’histoire – n’a pas beaucoup de sens.
Et l'on se demande un peu pour reprendre le slogan du film – comment un tel personnage, partant de rien, a bien pu tout conquérir.
Or, quand bien  même on déteste ce personnage et quand bien même le film est une fiction – et, à ce titre, le réalisateur, dit bien ce qu’il veut –, il se charge ici d’un personnage qui, adulé ou détesté, est porteur d’une image considérable. C'est que Napoléon est un personnage complexe, ambivalent et passionnant. Mais si, par hasard, on le trouve quelconque et inintéressant, pourquoi dans ce cas choisir d’en faire un film ?

Le personnage devient tellement vide que même un acteur aussi fin et brillant que Joaquin Phoenix ne parvient pas à en faire quelque chose.


La relation de Napoléon à Joséphine a modelé son destin et il lui écrivait sans cesse. Voilà donc ce qu’en a retenu le réalisateur.
Le passage obligé par quelques batailles (Austerlitz est l’occasion d’une référence nette à Alexandre Nevski) ne parvient pas à convaincre ni, surtout, à épaissir quelque peu le personnage.
Si l’on veut un film plus convaincant, on se tournera vers le Waterloo de Bondartchouk, dans lequel Rod Steiger campe parfaitement un Napoléon complexe, à la fois brillant et longtemps inarrêtable, mais aussi noir et sombre. La séquence de Waterloo, lorsque Wellington le voit au loin, est magistrale et d’une toute autre portée que celle, pâlichonne, que met en scène Scott.
Tout le regard contrasté porté sur Napoléon à la fois adulé et détesté est concentré dans une séquence.
L'on pense aussi à P
ierre Mondy qui incarne très bien l'empereur dans Austerlitz de Gance. Et que dire du Napoléon de Sacha Guitry où celui-ci joue de deux acteurs, l'un pour Bonaparte, l'autre pour Napoléon. Scott, en fait, évoquerait presque Marie Walewska de Clarence Brown, où Charles Boyer campe un Napoléon romantique aux côtés de Greta Garbo. Mais le film, sans bataille et sans politique, assume ouvertement de faire un pas de côté par rapport à l’histoire.

Comme un résumé d’un film qui n’a ni queue ni tête, on note le décompte des morts dus aux guerres napoléoniennes qui apparaît en fin de film. On se demande pourquoi ce décompte arrive, alors que les guerres ne sont pas du tout le sujet du film. Vu son fil rouge – sa relation à Joséphine  – Ridley Scott aurait bien mieux fait de nous parler de la tombe de Joséphine,
de l’éloignement de leurs tombes respectives ou du devenir de son fils : cela aurait eu beaucoup plus de sens. Et, au moins, Ridley Scott aurait eu une certaine cohérence vis-à-vis de lui-même.



vendredi 26 novembre 2021

Black Rain (R. Scott, 1989)





Polar urbain et rythmé, sans grand intérêt, réalisé par un Ridley Scott qui surjoue la mise en scène du flic américain rebelle et badboy (Nick Concklin, campé par Michael Douglas, qui cabotine beaucoup) perdu au Japon, pays des convenances et des mafias.
L’ambition de Scott
– qui aimerait bien plonger son personnage dans une ambiance façon Blade Runnerse heurte à une histoire sans surprise et sa volonté de mise en scène (on voit combien l’image se veut aboutie, combien est présente la volonté de créer une atmosphère et combien Scott veut travailler la figure de chevalier rebelle à travers le personnage de Nick) tombe un peu à plat : il n’y a rien de vraiment original, rien qui ne fasse dévier les personnages, lourdement définis d’emblée, de la trajectoire qui leur est assignée.
Malgré les efforts de Ridley Scott, l’argument est donc beaucoup trop mince, le déroulement du scénario beaucoup trop classique et les personnages beaucoup trop fades pour faire de Black Rain un film mémorable.



lundi 4 octobre 2021

Les Duellistes (The Duellists de R. Scott, 1977)

 



Ce premier film de Ridley Scott, s’il est pétri de qualités formelles, laisse un peu sur sa faim.
C’est dans son application à faire de chaque plan un tableau d’époque que l’on voit le travail de Ridley Scott, fortement influencé par Barry Lyndon (jusque dans les interventions d’un narrateur en voix off qui scande le film comme chez Kubrick). Le travail sur le cadre, les lumières, les positions des acteurs, tout cela est très travaillé et réussi. L’on sait que l’on retrouvera cette application dans d’autres films du réalisateur, application qui sera pour beaucoup dans ses réussites (dans Alien ou Blade Runner notamment).

En revanche l’affrontement en lui-même des deux personnages – affrontement répété pendant des années sur fond de guerres napoléoniennes – passionne peu : la faute sans doute à Armand d’Hubert (Keith Carradine) qui ne s’y soumet que contraint et forcé quand Féraud (Harvey Keitel) est beaucoup plus convaincant en chien fou toujours prêt à mordre. Ce jusqu’au-boutisme eut-il été partagé, il aurait sans doute eu cette puissance hors norme du duel, magnifié, jusqu’au-boutiste et sans raison (avec presque des accents cyraniens : « c’est beaucoup plus beau lorsque c’est inutile »).

Le duel comme conception de la vie, voilà qui aurait peut-être davantage passionné que la retenue de ce d’Hubert qui ne retourne devant son adversaire qu'obligé par un code d’honneur qui le coince. D’autant plus que le réalisateur nous met du côté de cette retenue et de cette volonté d’échapper au duel, tout en montrant Féraud comme le Mal qui revient toujours et ne s’arrête jamais. Comme s’il n’y avait, au fond, qu’un seul duelliste, contrairement à ce que nous dit le titre du film.

Pourtant, si l’on choisit un scénario très simple (or celui-ci l’est assurément), il faut sans doute mieux chercher une exaltation pour dépasser le morne déroulement, quelque chose que le spectateur ne peut pas bien saisir (battre l’autre en duel, une affaire d’honneur désuète mais puissante, quelque chose qui prend aux tripes et court tout au long d’une vie).

Chose d’ailleurs qui semble bien avoir été plus vraie dans la réalité, puisque les deux sires dont s’est inspirée l’histoire se sont affrontés plus de vingt fois et ont édicté un code de duel entre eux, à toujours respecter. Un code juste pour leur monstrueux affrontement, jusqu’à ce que mort s’en suive, sans échappatoire, sans bonne raison. Quelque chose que le film affadit en voulant faire du héros un être raisonnable.

 

vendredi 19 mai 2017

Alien : Covenant (R. Scott, 2017)




Le retour d’Alien, avec Ridley Scott de nouveau aux commandes, sans être aussi catastrophique que le précédent opus (le très mauvais Prometheus), reste bien décevant.
Dans cette suite du préquel (les scénaristes d’Hollywood inventent des techniques de forage insoupçonnées pour exploiter les filons), Ridley Scott philosophe tout au long du film : il nous montre les passes d’armes entre les androïdes, les hommes et les aliens, en jouant sur l’ambiguïté créateurs/créatures. Résumons : les hommes sont des créateurs d’androïdes (ce qui, disons-le, est un peu exagéré, puisqu’il s’agit d’une réalisation technologique bien loin d’une création, mais n’embêtons pas Ridley Scott avec ces détails), mais l’un d’eux s’émancipe quelque peu et, ayant trouvé un joujou adéquat, se met à jouer au créateur à son tour (et ainsi sont créées les vilaines bestioles, aux cycles de vie toujours plus imaginatifs). Ridley Scott parsème son film de détails qui se veulent hautement significatifs, avec des références bibliques notamment (le vaisseau colonisateur qui est une métaphore de l’Exode), mais qui, mis bout à bout, ne sont guère convaincants. Ridley Scott a peut-être des choses à dire, mais ce n’est pas là qu’il est le meilleur (il l’est plus dans la mise en place d’un suspense savamment élaboré, comme dans le premier film de la série).
Et toutes ces petites questions semblent bien artificielles et fleurent bon le prétexte un peu facile pour une boucherie qui va bon train et pour un film d’action bien conventionnel, sans grande originalité et qui ne sort guère des cadres des précédents films de la série : un pseudo-suspense (des scientifiques qui ignorent tout de ce à quoi ils sont confrontés – à l’inverse du spectateur –), des aliens polymorphes en veux-tu en voilà, et des humains décimés au fur et à mesure, avec de nombreux spasmes épouvantables qui se terminent en barbouillages de sang. On notera aussi la multitude de petites erreurs scénaristiques ou de détails bancals qui nuisent à un film qui se veut d’un réalisme crédible (un exemple parmi tant d'autres : alors que la technologie permet des cryogénisations et des colonisations à travers l’espace, les membres d’équipages s’éclairent avec des lampes torches guère plus puissantes que les lampes actuelles : si ce choix permet de faire monter le suspense dans un couloir sombre, il entraîne aussi une certaine lassitude).
On notera cependant l’univers très noir et gothique de certaines séquences et la fin, bien loin d’un happy-end traditionnel (mais qui est une conséquence de ces films intercalés dans les séries, Star Wars nous ayant déjà fait le coup avec Rogue One), et qui annonce une suite.

Le piège scénaristique d’Alien reste donc toujours le même : la recette du premier opus était celle d’un suspense basé sur une double ignorance (l’ignorance par les protagonistes et par le spectateur de la chose qui les attaque) qui n’a plus lieu d’être (désormais les spectateurs connaissent l'alien). Dès lors, les films suivants, même menés par de solides réalisateurs (Cameron ou Fincher s’y sont attelés), restent une déception.



jeudi 11 août 2016

La Chute du faucon noir (Black Hawk Down de R. Scott, 2001)




Bon film de guerre, peu original, mais solide et impressionnant. Le film semble n’être qu’une longue scène d'action, gonflée à la longueur d’un film, là où les productions du genre montrent souvent plusieurs séquences, entrecoupées de temps morts, de l'attente d’un assaut ou d'une reprise du souffle (aussi bien pour le rythme du récit que pour les personnages éprouvés par un combat). Ici la séquence d'action est pratiquement étendue à l'échelle d'un film : quand le combat commence on n'en sort plus. On se croirait dans un jeu vidéo ( de type Call of Duty) qui, et c’est normal, résume la guerre à une action ininterrompue.

Le film a eu un impact important : par un hasard de calendrier, il est sorti quelques mois après le 11 septembre 2001. Le film devient alors une représentation du sentiment patriotique américain : les soldats sont pris dans un conflit complexe où l’ennemi est diffus et omniprésent et chacun des soldats devient un héros.
Dès lors, le film, s’il présente une intervention militaire qui a échoué, ne donne pas d’explication à la situation très confuse et complexe qui règne à Mogadiscio. Le spectateur reste complètement dans le flou en ce qui concerne les tenants et aboutissants du conflit. Dans cette ville en fusion, l’ennemi est diffus, mal représenté : tout le monde est dangereux, tout le monde prend les armes, l’ennemi n’est pas personnifié par un visage précis. C’est une déferlante d’hommes qui se ruent vers les militaires. Cette représentation répond donc à sa façon aux circonstances du 11 septembre où l’Amérique a été, pareillement, attaquée par un ennemi diffus et difficile à discerner.

S'il est original sur ces deux points et s'il est assez happant (il n'y a pas de temps morts), il s’agit d’un film de guerre classique, avec des moyens importants : les scènes de combats sont plus vraies que nature et l'efficacité professionnelle de R. Scott fait le reste.

mercredi 10 février 2016

Seul sur Mars (The Martian de R. Scott, 2015)



Seul sur Mars Ridley Scott Matt Damon

Film assez plaisant à suivre mais qui est uniquement « scénaristique ». C’est-à-dire que l’histoire se propose de dérouler, avec une application remarquable et une volonté de réalisme, la survie d’un astronaute abandonné sur Mars. Ce qui est original c’est que c’est un film de science-fiction mais dont l’action se situe dans un futur proche (dans quelques dizaines d’années ?) donc cela permet d’offrir une base scientifique sur Mars sans que l’on perde nos repères (les vaisseaux ne sont pas futuristes, les astronautes écoutent des musiques du XXème siècle, etc.).
En revanche le film ne génère aucun suspense quant à la fin (on sait bien que Watney va s’en sortir) mais simplement une curiosité (qui peut s’avérer passionnante si on goûte aux sciences) : comment va-t-il pouvoir cultiver quelque chose, comment va-t-il se procurer de l’eau, comment sera-t-il secouru ?… Le scénario se résume alors à une alternance question/problème un peu basique : dès lors que notre héros a réglé un problème, le scénario lui en soumet un nouveau. Et Watney devient ainsi une espèce de MacGyver de l’espace.
On aura donc bien du mal à retenir de ce film beaucoup plus qu’un intérêt scientifique passager. On se dit qu’il est réaliste, qu’il est « bien fait », mais c’est à peu près tout. Ridley Scott (dont le ratio films réussis/films quelconques est quand même bien bas) propose un film bien professionnel mais aussi sans âme. Matt Damon est un astronaute appliqué mais il reste lui aussi bien lisse (il a toujours une grande difficulté à incarner un personnage : ce n’est pas un très bon acteur).

Sur le même thème et avec un scénario tout aussi prévisible, Gravity cherche davantage à immerger dans l’image, à jouer sur la beauté et le ressenti. On a là deux approches diamétralement opposées partant d’une même idée.

mercredi 2 décembre 2015

Blade Runner (R. Scott, 1982)




Blade Runner jouit d'une très grande réputation auprès des amateurs de science-fiction. Pourtant, après l'avoir vu et revu (cherchant à voir ce à côté de quoi nous devions certainement passer), ce film semble bien en-deçà de sa réputation.
La véritable réussite du film consiste en son atmosphère : Ridley Scott cherche à immerger le spectateur dans un monde futuriste, visuellement fouillé et réussi, sous une pluie et une noirceur constante, avec un grouillement de personnes, auquel s’oppose le monde vertical d’en haut, vaste et vide (on retrouve une partition habituelle des films de science-fiction, lointain héritage de Metropolis). On regrettera que Scott s’abaisse à des modes de réalisation comme celle du ralenti (lorsque Zhora est tuée) qui datent terriblement le film.
On y suit la traque par le détective Deckard (Harrison Ford) de répliquants (humains artificiels sophistiqués, pouvant ignorer leur véritable nature ; sans doute vaut-il voir ces androïdes comme des sortes de clones plutôt que comme des « humains artificiels »).
Les androïdes se sentent humains, certains ne sachant pas qu’ils sont androïdes (Rachel), mais la philosophie abordée (quel est le propre de l’homme ? S'agit-il de la pensée – le personnage de Pris qui assène même « je pense donc je suis » – ou des émotions ?) reste très superficielle. Le plus intéressant est peut-être cette idée d’obsolescence programmée (avec des individus qui savent qu’ils vont mourir) mais le film passe à côté d’une question fascinante (comment vivrait-on si l’on connaissait à l’avance le moment précis de notre mort ?). La réflexion reste assez simple dans la confrontation des androïdes avec leur créateur (qui évoque le monstre face à Frankenstein).
C’est que Ridley Scott a une autre idée en tête. Abandonnant le film d’action, il a voulu réaliser un film noir, et, cherchant à coller à un des fondamentaux du genre, il développe l’ambiguïté des personnages. Ce qui l’intéresse surtout c’est la nature réelle de Deckard : est-il humain ou repliquant ? Mais cette hésitation (qui n’a évidemment aucune autre portée que celle du film) n’arrive qu’en toute fin de film, comme un twist final, comme quelque chose que nous avait caché le réalisateur et qu’il nous dit à la fin.
Le film est sorti en de multiples versions, qui ne diffèrent que sur des points de détails mais cette multiplicité indique l’attachement du réalisateur (et des fans) à cette grande question concernant Deckart, puisque seuls quelques plans diffèrent d’une version à l’autre, mais qui modifient l’interprétation du film concernant la nature de Deckart (la version director’s cut de 1992 levant toute ambiguïté). Pour le reste le film est absolument identique. C’est bien là qu’on voit la faiblesse intellectuelle du film : que Deckart soit un repliquant ou un humain, au fond cela ne change pas la signification de l’histoire, ni n’apporte une profondeur supplémentaire.
On mesure la différence avec des films comme L’Homme qui tua Liberty Valance ou L’Invraisemblable vérité, dont les révélations changent du tout au tout la signification de l’histoire. Ici ce n’est qu’un petit twist scénaristique, sans grande portée.
Il faut bien dire aussi qu’avant cette toute fin de film, il y a bien peu d'indices qui indiquent que Deckart est peut-être un répliquant (lorsqu’on le voit en arrière-plan avec les yeux rouges ; sa fascination pour les photos), comme si, au fond, la question ne se posait pas. Et, plus problématique encore (ce qui montre bien la vacuité de la question et la faiblesse de son traitement) : Deckart lui-même ne s’interroge pas sur sa nature. On aurait volontiers imaginé, que, en même temps que le spectateur, par une suite d’indices, Deckart se pose la question progressivement, se mette à douter.

On reste en tous les cas bien loin des réflexions que peuvent engendrer les films de science-fiction ou d’anticipation qui touchent au plus près à l’homme ou à sa nature (depuis L’Invasion des profanateurs de sépultures jusqu’à Solaris en passant par 2001).

Dès lors ce film est un bel exemple : considéré comme un chef-d’œuvre par les uns, il est pour nous un film mineur. On trouvera sans aucun doute cent autres exemples dans ce blog de films qui, pareillement, paraîtront inoubliables à certains spectateurs alors qu'ils seront vite oubliés par d'autres.

mercredi 22 avril 2015

Prometheus (R. Scott, 2012)




Très grosse déception que ce préquelle dont on pouvait légitimement attendre bien des choses. Non pas que R. Scott soit un réalisateur fiable, mais Alien est son chef-d’œuvre et voir son réalisateur se tourner vers lui, 33 ans plus tard, pouvait laisser espérer un bon film.
Las, il n’en est rien. On est transbahuté d’invraisemblances en choix idiots, de caricatures en déroulements scénaristiques navrants. Si, dans les films de la saga, les humains enfantent de monstres, ici Ridley Scott enfante d’un film grotesque et  boursouflé. On pense à Spielberg et à son épouvantable Indiana Jones  et le Royaume du crâne de Cristal, c’est dire. Même film lamentable, même sensation d’une trahison du réalisateur de ses propres œuvres.

mardi 14 avril 2015

Alien, le huitième passager (Alien de R. Scott, 1979)




Très bon film de science-fiction, qui a apporté une grande renommée à son réalisateur. A partir de ce film, Ridley Scott a bénéficié pendant quarante ans de l’aura de grand réalisateur. Si c’est parfois justifié, on semble oublier qu’il ne garantit nullement un bon film : R. Scott a réalisé un grand nombre de films quelconques, parfaitement commerciaux, vite oubliés sitôt vus.

Dans un premier temps le film parvient à tenir longtemps dans l’ignorance de ce à quoi les astronautes sont confrontés. On sait qu’il va se passer quelque chose, mais on ne sait pas quoi. L’astronaute Kane est attaqué par une créature qui lui saute au visage et s’y maintient, on cherche à le dégager, finalement il va mieux et tout redevient normal : on ne sait pas trop ce qui va se passer ensuite. Dans un deuxième temps, quand la créature s’est révélée, le suspense est entier : on sait que la créature va attaquer, mais on ne sait pas quand ni qui elle attaquera. Cette progression dans le suspense est réussie d'autant plus que le scénario, finalement, ne révèle qu’assez peu de surprise et que, surtout, l’issue finale est prévisible.

L'impact du film est important : il oriente la science-fiction vers l’horreur. Jusqu’ici la science-fiction pouvait être repoussante (une multitude de monstres difformes en caoutchouc ont peuplé les imaginaires) mais sans aller jusqu’à l’horreur comme ici (à commencer par la séquence célèbre où l’alien sort du ventre de l’astronaute). Et la créature elle-même pousse le réalisme du monstre très loin. J. Carpenter (avec The Thing notamment) ou D. Cronenberg (avec La Mouche) prendront la suite de cette tendance à l’horreur de la science-fiction.




mercredi 18 février 2015

Hannibal (R. Scott, 2001)




Petite suite de Ridley Scott, à partir du remarquable Silence des agneaux. Le film cherche à tenir grâce au jeu d’Anthony Hopkins qui reprend son personnage du Docteur Lecter que l’on découvre cette fois-ci in vivo. Le film joue alors à fond sur la dichotomie entre les goûts parfaits et classiques du Docteur, son raffinement et son érudition, et la violence de ses meurtres, ou bien accomplis avec une quasi-sublimation de l'acte, ou bien accomplis avec un parfait détachement. Jusqu’à la séquence finale de dégustation de cervelle assez vaine et jusqu’au-boutiste. Comme le veut l’époque on ne suggère plus rien : on montre le plus possible.
Ray Liotta est bien décevant, Julianne Moore supplée bien maladroitement Judie. Giancarlo Giannini ou Gary Oldman n’apportent pas grand-chose et, surtout, R. Scott ne se foule pas.
On est dans un de ses innombrables films où le réalisateur, pourtant doté financièrement, entouré de bons acteurs et pourvu d’un personnage fascinant et devenu iconique n’en fait pas grand-chose. Il délivre sa partition sans y mettre rien d’autre que le kit de base du film professionnel, histoire qu’il marche en salle suffisamment pour être rentable. Faire déambuler le spectateur dans la salle des Cinq-Cents ne saurait sauver le film. Ce n’est qu’une énième exploitation de filon hollywoodien, là où il y avait la place pour bien mieux.

mercredi 28 janvier 2015

Exodus : Gods and Kings (R. Scott, 2014)




Grosse machine qui ne manque ni de moyens ni de stars, mais qui ne mène à peu près nulle part. Ridley Scott, Christian Bale & Co cachetonnent et déroulent un film sans âme, hollywoodien dans le sens le plus navrant du terme.

samedi 5 avril 2014

Gladiator (R. Scott, 2000)




Les milliers de péplums qui ont été réalisés montrent combien ce genre fut jadis très en vogue (on pense au cinéma italien ; c’est un peu par ce genre qu’il fit ses premières armes, dès Cabiria). Mais, si l’on cherche un excellent péplum, on aura plus de difficultés. On pense à Spartacus, Jules César, Cléopâtre ou encore Jason et les argonautes ou à quelques autres et, côté box-office, à Ben-Hur. Ridley Scott surprend donc en ressuscitant le genre, avec ce Gladiator réussi.
Le film s'inspire dans les grandes lignes de La Chute de l'Empire romain d'Anthony Mann, avec la difficile succession de Marc-Aurèle par Commode. Ridley Scott propose une mise en scène efficace, avec des scènes de combat dans l’arène percutantes. Russell Crowe, qui accède par ce rôle au rang de superstar, est un très bon général déchu en quête de vengeance, de même que Joaquin Phoenix, qui incarne un Commode particulièrement malsain. Le film doit beaucoup à ce duo d’acteurs excellents qui, chacun dans son genre, épaississent parfaitement leur personnage.
On reconnaît pourtant les facilités commerciales de Ridley Scott qui viennent entacher bon nombre de ses films. On voit ainsi les limites du réalisateur, en particulier dans des scènes aux ralentis inutiles et mal venues ou lorsqu’il cherche à évoquer les émotions du général Maximus Decimus avec une lourdeur certaine.
Mais, malgré ces quelques séquences mal senties et des effets faciles, le film reste un divertissement très réussi dans un genre qu'il remet au goût du jour.