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mardi 22 octobre 2024

Une poignée de plomb (Death of a Gunfighter de Don Siegel, 1969)

 



Intéressant western qui s’appuie sur un personnage principal peu héroïque et mal aimé : le film raconte sa résistance face à ceux qui veulent le voir quitter la ville.
Autrefois nettoyeur de ville efficace, le shérif Frank Patch est maintenant devenu indésirable : trop violent, s’attirant des haines, il ancre par trop la petite ville dans son passé. La bonne société veut tourner la page mais elle reste empêtrée dans les promesses qu’elle a pu faire à ce personnage qui lui a jadis sauvé la mise. Le titre original dit d'ailleurs très bien ce qui se joue.
Le film montre cette transition difficile entre la loi des colts, où la force était reine, et ce règne de la loi et du choix des citoyens. On retrouve alors, en plus simple et moins abouti, des réflexions qui étaient au cœur de L’Homme qui tua Liberty Valance. Et, sans avoir la maestria de Ford, Don Siegel trouve un bon angle de vue et reste très intéressant. Une poignée de plomb doit aussi beaucoup à Richard Widmark, dont le jeu complexe convient très bien à ce personnage dont le temps est passé mais qui refuse de l’entendre.

 

jeudi 27 juin 2024

Un espion de trop (Telefon de Don Siegel, 1977)

 



Film d’espionnage qui a assez mal vieilli, Un espion de trop part d’une idée intéressante (les espions dormants qui sont réveillés, même si ici leur endormissement confine à la science-fiction) mais, pour le reste, il n’y a rien de bien original et captivant. La faute peut-être à une réalisation trop mollassonne de Don Siegel et à un Donald Pleasence – qui joue le méchant terroriste – étonnamment décevant, sans doute coincé dans un rôle où il ne peut s’exprimer. Face à lui Charles Bronson, fidèle à son jeu taiseux et massif, ne peut guère apporter de contrepoids dynamique.

 


jeudi 17 juin 2021

L'Ennemi public (Baby Face Nelson de Don Siegel, 1957)

 

Rapide, sec, énergique, Baby Face Nelson avance sans un temps d’arrêt. De façon originale et surprenante pour Hollywood qui a toujours su construire des personnages charismatiques (avec James Cagney ou Edward G. Robinson à la baguette), Don Siegel met en avant un personnage peu avenant, très bien campé par le bouillant Mickey Rooney, à la tête juvénile. On n’a guère de sympathie pour cette gueule d’ange sans affect qui bondit, tire et tue sans hésiter, emporté par son jusqu’au-boutisme qui le condamne, comme si son destin était tracé d’emblée. Mais le film poursuit toujours sur le même rythme, trépidant, sans coup férir, comme s’il y avait une urgence d’aller au bout et d’en finir.

 

lundi 14 août 2017

Ça commence à Vera Cruz (The Big Steal de Don Siegel, 1949)




Film noir assez décevant qui oscille et semble comme hésiter entre plusieurs tons : parfois adoptant des codes typiques du film noir – de par les situations ou les personnages –, d’autres fois frôlant la comédie. Il ressort de cet assemblage déséquilibré un film qui ne parvient pas à captiver réellement et qui semble assez superficiel.



mercredi 9 août 2017

L'Inspecteur Harry (Dirty Harry de Don Siegel, 1971)




Solide et efficace film policier, L’Inspecteur Harry a eu une influence énorme aux États-Unis dans les années 70, que ce soit sur les films policiers en général, sur la vision du policier en particulier (qui s’oppose, par exemple à celle montrée dans Serpico) ou sur Clint Eastwood lui-même : il bénéficia d'un grand succès populaire et, dans le même temps, fut victime de la détestation virulente d’une partie de l’intelligentsia américaine, du fait d’une étonnante confusion entre le personnage et l’acteur.

Dans Serpico le flic est un personnage intègre qui parle et qui veut comprendre ; dans Les Flics ne dorment pas la nuit, son quotidien est montré dans tout ce qu’il a de banal et de difficile. Ici le flic est un bad-guy qui cogne, n’hésite pas et tire le premier. L’utilisation revendiquée de la violence par un policier dans L’Inspecteur Harry est évidemment au cœur du sujet, puisqu’il va jusqu’à torturer pour obtenir des preuves (acte qui n’est pas cautionné le moins du monde par Don Siegel, pour qui sait interpréter la façon dont il étire le plan en un immense travelling arrière aérien qui s’évanouit dans le noir), seule façon, nous dit-on, de traiter le mal par le mal.
Pourtant la bande-annonce expose clairement le sujet du film : « This is about a movie about a couple of killers… the one with the badge is Harry ». On comprend alors que considérer que Don Siegel expose là sa pensée de ce que devrait être la police est assez malhonnête : il ne cautionne pas son héros, qui est présenté d’emblée comme un tueur. Et, bien plus, Harry représente une décrépitude morale, celle du flic en crise, coincé entre la morale et la violence, qui ne parvient pas à résoudre cette quadrature du cercle.


Le film multiplie les provocations (il se déroule à San Francisco, ville symbole de la contre-culture et de la lutte pour les droits civiques, et il met en scène un flic qui rend les coups et met en joue, avec son Magnum 44, un noir à terre et désarmé) et la scène d’ouverture offre une synthèse de ce qui a marqué l’histoire américaine récente en terme d’assassinats, avec un mixte entre celui de JFK (meurtre par un sniper) et celui de Sharon Tate (meurtre d’une belle jeune femme aisée dans sa piscine).
Et, bien sûr, Harry, avec son costume classe et ses lunettes noires, ses répliques cultes (« Go ahead, make my day »« Do you feel lucky ? Do ya punk ? ») et sa façon de dégainer à tout va, est un personnage de cartoon, exagéré, très éloigné de tout réalisme. On retrouve ce ton cartoonesque chez Tarantino, dont beaucoup de personnages viennent tout droit de Harry Callahan.


mardi 3 mai 2016

L'Invasion des profanateurs de sépultures (Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel, 1956)




Très bon film, qui est une des principales dates du cinéma de science-fiction des années 50 et qui bénéficie, il faut bien le dire, d'un scénario exceptionnel. Le traitement par Don Siegel est d'autre part très réussi.
Un médecin, le Docteur Miles, est interné dans un hôpital psychiatrique et il raconte son histoire. Dans la petite ville où il officie, il est interpellé par plusieurs patients qui se plaignent de ne pas reconnaître leurs proches (« ma mère n’est plus ma mère »), comme atteints d'une psychose collective. Peu à peu il comprend que les personnes concernées ont disparu et qu’elles ont été remplacées par des copies extra-terrestres. Au fur et à mesure, de plus en plus de personnes sont ainsi remplacées. Bientôt Miles est le dernier de la petite ville à tenter de résister, quand tous les autres habitants sont devenus des êtres dépersonnalisés, sans émotion. Il lutte et s’enfuit en tentant de trouver de l’aide et interpelle les automobilistes (avec l’exclamation célèbre « you’re the next ! »).
Cette idée d'un envahissement par des extra-terrestres qui prennent l'aspect des humains et les remplacent pendant leur sommeil est une métaphore remarquable et très puissante.
D'une part le monstre n’est plus une abominable créature venue de l’espace mais, tout à coup, c’est un voisin ou le conjoint. Cet envahissement discret et difficile à discerner est un élément déclencheur exceptionnel et donne une vigueur nouvelle au monstre, souvent montré comme un autre identifiable et repoussant. Ici l’autre, l’être le plus proche, sa propre mère, est peut-être un monstre (seul Hitchcock ira plus loin dans Psychose : avec Norman Bates, le monstre est une part de soi-même).
D'autre part le film est une habile critique de la société endormie et déshumanisée : les habitants remplacés par leurs copies n’ont plus ni affects, ni sentiments, ni émotions. Cette métaphore est une incitation à se battre contre la routine de la vie de tous les jours qui endort les personnalités. D’ailleurs c’est pendant leur sommeil que les humains sont remplacés par des copies. Acculés, les héros, qui ont compris qu’ils ne devaient pas dormir, prennent des pilules pour résister au sommeil. Le film, d'ailleurs, a failli s'appeler « Sleep no more », ce qui eût été excellent et bien mieux, en tous les cas, que le titre français, tout à fait ridicule (où sont les sépultures prétendument profanées ?). Il aurait aussi dû s'arrêter quelques scènes plus tôt (ce sont les producteurs qui ont imposé une structure en flash-back, qui atténue beaucoup l’angoisse générée par le film), quand Miles hurle à la caméra son désespéré « vous serez le prochain ».

Miles au spectateur : "You're the next !"