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mardi 24 janvier 2023

Sans filtre (Triangle of Sadness de R. Östlund, 2022)

 



Film très quelconque de Ruben Östlund, à peine sauvé par quelques séquences ou images presque burlesques. La séquence d’introduction (avec le casting de mannequins) est réussie et prometteuse mais, ensuite, le film n’a guère d’intérêt, perdu entre des blablateries de couples, des regards conventionnels sur la hiérarchie des classes ou la robinsonnade ridicule, mâtinée de matriarcat. Tout cela est sans saveur et sans originalité, se perd dans une dénonciation tous azimuts et, hormis une ou deux images (le Nutella livré en hors-bord, le capitaine haut en couleur ou le dîner de gala qui finit avec des relents de La Grande Bouffe), on oublie vite ce Sans filtre sans intérêt. On notera que la dernière séquence (lorsque les naufragés sont perdus sur une île) reprend, mais en inversant les jeux de domination homme/femme ce qui lui fait perdre toute sa force, la situation du fameux film de Lina Wertmüller Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été.
Il y a longtemps que le Festival de Cannes a perdu toute crédibilité, mais, une nouvelle fois, il délivre sa prestigieuse récompense à un film de second rang, auquel on se demande ce que le jury a bien pu trouver.


samedi 23 mai 2020

The Square (R. Öslund, 2017)




Dans un film assez froid, Ruben Östlund reprend tous les canons de la moraline (le bobo branché arrogant, les bourgeois entichés d’art contemporain, les mendiants, la boîte de com., etc.) et propose un énième regard satirique – qui se veut lucide – sur la société.
Le seul vrai parti-pris de Östlund est de choisir un personnage principal bien peu aimable, hautain et sans affect. Mais, comme il est assez détestable, on se doute un peu que le film ne va pas en rester là : Christian va donc subir la trajectoire classique : il est d’abord puni, va s’effondrer, puis il sera progressivement absous (avec la scène cathartique de la recherche du numéro de téléphone de l’enfant roumain dans les poubelles). Dès lors, Christian a compris, il a dépassé ses préjugés, il n’est plus le même. Et le regard de ses enfants sur lui cautionne ce changement. Tout cela est très convenu et, par là même, n’est guère passionnant. Et on a du mal à sortir de cette impression d’aquarium avec le réalisateur qui regarde évoluer son personnage comme on regarde un poisson faire des ronds dans l’eau.
Il est d’ailleurs tout à fait révélateur que la scène du dîner de gala, de loin la plus percutante et la plus réussie, soit complètement déconnectée du reste du film.

Le film prend appui sur l’art contemporain pour raconter sa petite histoire : non seulement bien sûr autour de son « square », mais aussi autour des différentes installations du musée ou encore autour du petit film trash réalisé par les publicitaires. Östlund y met bien une touche d’ironie absurde et de cocasserie grinçante. Mais il est singulier (ou révélateur, c’est selon), qu’un film prenant pour support l’art contemporain – qui est supposément novateur et volontiers transgressif (1) – en arrive à des dénonciations très conventionnelles, tout à fait banales, et vues cent fois, sur l’arrogance hypocrite et déshumanisée de la bourgeoise.
Notons aussi qu’en plus d’être réalisateur, Östlund est artiste plasticien : il a réalisé  une installation en carré, telle qu’on la voit dans le film, devant le musée de Värnamo en Suède : tout cela laisse circonspect sur sa distance ironique avec ce qu’il dénonce puisque s’il s’en moque ici, il se prend par ailleurs très au sérieux.



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(1) : La transgression – attitude adolescente s’il en est – est, on le sait, la substance même de l’art contemporain.