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mardi 2 septembre 2025

In the Cut (J. Campion, 2003)





Jane Campion, très fidèle à son style, quitte le mélodrame pour aller voir du côté du thriller, mêlant les hésitations sentimentales de Franny Averey avec une enquête autour d’un tueur qui sévit.
Si l’enquête en elle-même est assez simpliste (mais là n’est pas ce qui intéresse réellement la réalisatrice), c’est le personnage de Franny, si bien tenu par une excellente Meg Rayan, qui est au cœur du film, de même que cette atmosphère très bien saisie par Campion qui mêle lenteur et détours et qui baigne dans une lumière sombre splendide (la photo, par moment, est incroyable).
On pardonne donc l’intrigue un peu superficielle et même artificiellement trompeuse (et qui laisse notamment croire que l’inspecteur Malloy est coupable, rendant le personnage faussement trouble) pour se laisser prendre par cette histoire érotico-sentimentale joliment filmée. Et le film démarre avec un générique magnifique, entre poésie urbaine et sommeil, au son de la reprise douce de Que sera, sera. : il donne au film, d'emblée, une âme avec laquelle Campion sait jouer tout du long.


mercredi 30 juillet 2025

Portrait de femme (The Portrait of a Lady de J. Campion, 1996)

 



Malgré une grande beauté à l'image, le mélodrame de Jane Campion s’étire, d’autant plus que sa trame est assez convenue. La réalisatrice, qui aime jouer d’un rythme lent, en prenant le temps de s’arrêter sur les choses, rallonge le fil mais sans trouver ce rythme particulier qu’elle affectionne. Et comme l’intrigue est assez simple, on regarde Isabel se débattre dans les filets tissés par Osmond sans être complètement pris par ses émotions.
Pourtant Jane Campion, l’air de rien, parvient à créer un désordre, celui, habile et fin, qui percole dans La Leçon de piano ou Bright Star (même s’il s’agit d’un désordre moins net et radical que dans Sweetie ou Un ange à ma table).
La fin, ouverte, est remarquable, avec ce jeu stylisé réussi du ralenti et de l'incertitude sur laquelle se clôt le film. Et l’on retiendra Nicole Kidman, dans un rôle pas simple, qui est excellente (de même que John Malkovich, lui aussi très à l’aise, mais dans un rôle plus facile).



lundi 21 juillet 2025

Holy Smoke (J. Campion, 1999)

 



Film bien décevant de Jane Campion qui reste empêtré dans la relation un peu malsaine et étrange (mais surtout très inintéressante) entre Ruth, adepte de son gourou, et Waters, qui veut l’exorciser. Bien sûr cette relation se complexifie (on s’en doutait), mais sans déboucher sur rien de bien passionnant (malgré le duo d'acteurs stars). Et, bien plus que ce scénario basique, c’est la forme même qui est décevante, Campion ne parvenant pas à donner au film cette patte particulière qu’elle met si souvent, à demi-poétique et à demi-contemplative. Ici, alors que l’occasion s’y prêtait – avec cette baraque perdue dans le désert – Campion semble sans inspiration, sans cette photo splendide qui accompagne souvent ses réalisations et sans parvenir, finalement, à donner à son film une humeur particulière.

 

samedi 31 mai 2025

Sweetie (J. Campion, 1989)

 



Jane Campion, dès ce premier film, installe son esthétique particulière. Elle filme un personnage un peu border-line, avec un désordre sans cesse mis en avant à l’image : désordre dans la vie de Kay et dans ses névroses, irruption folle de Sweetie, la sœur un peu folle et ingérable, qui vient rajouter ses traumatismes, désordre dans le cadre et le montage, dans la maison de Kay, dans tout ce qui constitue sa vie. Mais Campion s’attache à ses personnages et elle les peint avec attention et tendresse, sans condescendance ni distance. Et elle filme avec tranquillité, confiante dans son rythme, sans chercher à raconter de façon linéaire et stable : le désordre des personnages emplissant le cadre et débordant jusqu’à déstabiliser légèrement la narration.
On retrouvera le même cinéma et la même manière de filmer – en plus abouti peut-être – dans ses films suivants, si souvent emplis de ces personnages un peu en marge, à leur façon, de Un ange à ma table à The Power of the dog en passant par La Leçon de piano, Portrait de femme, Holy Smoke ou Bright Star : ce sont des personnages qui font un pas de côté avec le monde, qui flirtent avec la marge, avec la normalité du monde qui les entoure, par complexes, traumatismes, intérêts particuliers, sensibilités, envies de liberté ou de poésie.



lundi 12 mai 2025

La Leçon de piano (The Piano de J. Campion, 1993)

 



Après deux films où le désordre habitait le cadre (Sweetie et Un ange à ma table), Jane Campion s’apaise et développe ses personnages dans un cadre beaucoup posé, travaillant une beauté formelle qui ne la quittera plus guère.
Campion filme l’histoire d’une femme qui apprend à aimer. D’abord contrainte par le chantage autour de son piano, ada est ensuite réellement touchée : quand plus rien ne la retiendra auprès de celui qui l’a séduite – maladroitement mais avec beaucoup de douceur –, elle retournera dans ses bras et s’y abandonnera.
On regrette la lourdeur de certains symboles. Ada ne s’exprime que par la musique et c’est quand elle joue que visage fermé se déploie et rayonne : voilà qui est un peu facile et caricatural. Et Stewart, en refusant d’abord d’emmener le piano, puis en le troquant contre de la terre, se condamne : il ne saisit pas ce qu’est l’instrument pour sa femme (rien moins que son moyen d’expression), dès lors l’incommunicabilité règne entre eux. Baines, au contraire, que l’on croit rustre avec ses manières et ses tatouages maoris, est d’abord curieux puis il est séduit par le piano : il a alors une chance de découvrir Ada.
On regrette que la fin (tournée assez artificiellement en happy-end) montre une modernité du personnage de Stewart assez peu crédible : trompé et jaloux, il finit, après avoir coupé un doigt à Ada sous l’emprise de la colère, par la renvoyer avec son amant. On aurait pu s’attendre ou bien qu’il tue l’amant à coup de fusil ou bien qu’il maintienne un satrape de fer sur Ada : son revirement paraît bien improbable pour un colon qui doit lutter au sein d’une petite communauté contre une nature hostile, entouré d’indigènes.

Mais le film est empli de scènes magnifiques. Hormis la grande séquence de l’arrivée sur l’île avec les vagues majestueuses et la vision étonnante des malles et du piano sur la plage (séquence qui renvoie d’abord à la tempête de La Fille de Ryan avant d’aller chercher du côté de Buñuel son incongruité), ce sont les séquences intimistes entre Baines et Ada qui sont les plus belles ; celles, dans la cabane, où le duo est extrait de la nature et tourne autour du fameux piano.

 

lundi 24 mars 2025

The Power of the Dog (J. Campion, 2021)

 



Intéressant western de Jane Campion, qui, après être allée voir du côté du thriller dans In the Cut, se risque à nouveau vers un genre très codé. Mais, comme on pouvait s'y attendre, le film fait un pas de côté par rapport au genre, renvoyant un peu aux réalisations récentes (et plus austères) de Kelly Reichardt. Mais le style de Campion s’accorde bien a priori avec le genre : sa façon de contempler les choses, de les saisir avec lenteur dans de vastes paysages renvoie inévitablement aux grands espaces si souvent filmés dans les westerns. On notera pourtant que la nature que Campion a déjà largement mise en scène n’est jamais regardée selon l’axe habituel du cinéma américain classique : ce n’est jamais une nature sauvage et hostile (une wilderness de tous les dangers). Au pire elle est oppressante (dans La Leçon de piano) mais jamais dangereuse.
Mais le film, de façon un peu surprenant, ne file guère vers les grands espaces. Il est axé sur Peter Gordon, le fils introverti, efféminé – ce qui détonne dans cet univers d’hommes –, curieux, contemplatif, attaché à faire des études scientifiques. C’est ce personnage – on le découvre peu à peu – et non Phil Burbank (qui renvoie davantage à l’archétype du cowboy) que scrute Campion et cle rapport entre Peter et le monde l’Ouest qui l’intéresse.
Si le film est réussi et si Campion parvient très bien au bout de son idée (à la fois formellement et dans l’histoire qu’elle raconte) c’est le personnage de Phil qui pêche un peu, personnage pourtant complexe mais trop peu travaillé (un cow-boy qui a fait Harvard ce n’est pas commun : le film n’en fait finalement pas grand-chose), malgré une fin réussie pleine de révélations (avec une homosexualité refoulée) qui éclaire le film sous un jour nouveau. Mais Benedict Cumberbatch qui tient le rôle n’est guère convaincant (ce qui est très rare chez Campion qui dirige souvent parfaitement ses acteurs). Mais ces révélations finales réussies surprennent non seulement dans la compréhension des évènements mais aussi sur la personnalité de Peter, qui n’est pas celui qu’il a semblé être tout au long du film, loin s’en faut.


jeudi 18 décembre 2014

Bright Star (J. Campion, 2009)




Beau film de Jane Campion qui s’attache à filmer avec douceur et poésie la relation entre le poète Keats et sa muse, la jeune Fanny. C’est d’ailleurs elle, et non Keats, qui est au centre du film. Il en résulte une romance un peu trop appliquée et conventionnelle, qui à dire vrai, malgré la volonté de Campion, manque un peu de poésie. C’est une très belle mise en image d’une passion, même si cette passion ne pulse pas forcément dans les images.
Les jeux de lumière sont très beaux et on sent chez Campion, la néo-zélandaise, une attention très hollandaise : on pense à Vermeer. Mais pas dans une grâce lumineuse, plutôt dans un calme attentionné, dans une ambiance bourgeoise, dans une oisiveté chez les plus riches, dans des inspirations de poètes. Et la caméra sait s’attarder sur un moment ou sur un cadrage. Le symbole des papillons (imageant ainsi un ver de Keats) est très bonne, de même que la voix off qui lit lentement les poèmes. Oui tout cela est formellement très beau, même si cela n’est pas réellement poétique.
Bright Star, sans doute, manque d’un certain emportement, d’un certain lyrisme, en ne parvenant pas à s’élever au-dessus d’un drame passionné, très beau mais appliqué.