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vendredi 16 août 2024

Le Souffle de la tempête (Comes a Horseman de A. J. Pakula, 1978)

 



Western d’Alan Pakula peu convaincant, malgré un casting solide et la volonté de filmer au plus près des prairies et des grands espaces (on ne va quasiment jamais en ville, ce sont les banquiers qui viennent dans les ranchs). Mais les personnages, posés d’emblée, ne sortent jamais de la case bien nette qui leur est donnée. Jason Robards, notamment, en grand méchant patriarche, peine à épaissir quelque peu le personnage, coincé par le déroulé scénaristique qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre. De même pour Jane Fonda, de sorte que le film doit beaucoup à James Caan dont la forte personnalité d’acteur lui permet de s’exprimer.
Et, malgré le titre français, le film manque cruellement d’un certain souffle, d’un certain élan.
Si le film reprend l’histoire très classique d’une guerre entre propriétaires terriens, on notera la grande originalité de situer l’action en 1945, et si l’époque fait irruption dans le film (au travers notamment de l’exploitation pétrolière), Le Souffle de la tempête déroule tout un univers se rattachant à la fin du XIXème siècle.

 


lundi 16 août 2021

Le Choix de Sophie (Sophie's Choice de A. J. Pakula, 1982)

 

Si Le Choix de Sophie a eu une certaine résonance lors de sa sortie, le film, pourtant, est assez inégal : certaines séquences sont un peu forcées (dans les camps notamment, à l’exception de la scène clé, réussie), d’autres perdent le rythme. De la même manière la distribution est inégale.
Mais, bien sûr, trônant loin au-dessus des autres acteurs, Meryl Streep, dans un rôle difficile, est exceptionnelle. Elle livre ici une partition où elle montre toute la richesse de sa palette, avec son accent, sa façon de passer du rire aux larmes, de s’éteindre lorsque le passé lui revient, d’être enjouée ou touchante, tantôt légère, tantôt un peu folle et aux marges du monde, tantôt happée par le malheur. On ressent rarement cette impression d’avoir un acteur très au-dessus du reste du film (qui a des qualités, certes, mais avec trop de pathos, trop d’irrégularités, trop de longueurs).
Cela dit, le film reste très prenant, tant l’histoire vécue par Sophie – et que l’on cerne au fur et à mesure – est terrible.



mercredi 24 juin 2020

Les Hommes du président (All the President's Men de A. J. Pakula, 1976)



Important film de Alan J. Pakula, tout à fait typique des années 70 et tout à fait représentatif de ce cinéma du complot et de la paranoïa, au milieu des films de Sidney Pollack ou John Frankenheimer et après À cause d’un assassinat, son film précédent, fleuron du genre.
Ici Pakula s’appuie sur l’histoire vraie des journalistes à l’origine du Watergate, scandale qui est lui-même le climax du rapport paranoïaque entre l’Amérique et de ses hommes politiques (après l’assassinat de JFK, le scandale des Pentagon Papers et au milieu de l’enlisement du Vietnam). Il reconstitue pas à pas l’enquête, depuis les vérifications de routine jusqu’aux premiers doutes importants, en passant par les rencontres avec le fameux indic « Gorge profonde » et les feux verts à répétition du rédacteur en chef Ben Bradlee.
Au milieu de l’Amérique de Nixon, ce film aux allures de réquisitoire reprend les grandes lignes de l’enquête de Woodward et Bernstein du Washington Post qui conduiront à la démission de Nixon. Mais, plus que Robert Redford et Dustin Hoffman, c’est Jason Robards, dans le rôle du fameux rédacteur en chef Ben Bradlee, qui est remarquable.

Le cœur battant du film est placé dans la salle de rédaction introduisant ainsi un motif typique que l’on retrouvera souvent, et qui définit la ligne de partage (un peu simpliste) du film : du bon côté le travail journalistique, porté par la noblesse de mettre à jour les mensonges et les combines ; de l’autre le pouvoir, tout à ses basses œuvres qu’il faut cacher à tout prix. On retrouvera ce motif de la salle de rédaction aussi bien dans le Zodiac de D. Fincher que chez Spielberg avec Pentagon Papers.


Et le Nixon d’Oliver Stone montrera plusieurs fois le contre-champ du film de Pakula, avec Nixon lui-même pestant sur l’avancée des journalistes qui ne lâchent pas l’affaire et font peu à peu se resserrer les accusations autour de lui.

Le film se ferme avec une belle image puisque l’on voit, à la télévision, la mise en scène officielle très académique de la prestation de serment de Nixon, tandis que les deux journalistes s’affairent sur leurs machines à écrire, construisant peu à peu le faisceau d’indices qui fera tomber le bel édifice officiel : le travail méticuleux et acharné du Juste triomphera bientôt des faux sourires et des faux serments.


mercredi 21 août 2019

Klute (A. J. Pakula, 1971)




Dans cette décennie 70 où Hollywood revisite son cinéma, Klute apparaît un peu comme une version seventies des films noirs des années quarante.
Alan Pakula se désintéresse quelque peu de l’intrigue qui devient vite secondaire et se fixe sur ses personnages, qu’il enferme progressivement dans une atmosphère pesante, paranoïaque et confuse. Les cadrages travaillés et oppressants et l’image très sombre appuient cet enfermement.
Le film décrit un univers mental, autour de l’étrange personnage de Klute (très bon Donald Sutherland), un peu absent, taiseux, et qui se raccroche à la seule personne à même de l’aider dans son enquête, Bree, la prostituée (Jane Fonda, à l’époque sans doute très moderne, mais dont le personnage apparaît très daté aujourd’hui). Et Bree, que Pakula filme longuement en train de se confier à sa psychanalyste et qui veut sans cesse tout maitriser dans son rapport aux hommes, s’en remet finalement à ce Klute qui l’absorbe peu à peu et avec lequel elle parvient à s’abandonner.


Le film tourne autour de thèmes à la mode (ici la libération sexuelle) et s’enfonce, à partir de ce sujet trouble, jusque dans la noirceur des âmes.
Et – second thème qui se développe peu à peu et prend progressivement toute la place – la vie privée (et notamment sexuelle) est épiée et, enregistrée jusque dans ses moindres détails, elle devient un moyen de contrôle et, donc, de pouvoir. Pakula n’hésite pas à rester de longs moments à écouter les bandes sonores qui défilent. Cette surveillance quasi paranoïaque annonce d'ailleurs Conversation secrète.
C’est ainsi qu’à partir d’un thème social, Pakula dérive vers une connotation plus politique, sujet qui occupera largement ses prochains films (notamment À cause d’un assassinat et Les Hommes du président).