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mardi 16 juillet 2019

Le Choix des armes (A. Corneau, 1981)




Corneau reprend Montand pour un polar assez moyen, moins convaincant en tous les cas que Police Python 357 ou que La Menace. Le film pâtit sans doute du personnage de Mickey, chien fou ingérable, joué par un Depardieu bien décevant. Mais que Depardieu lui-même ne parvienne pas à installer son personnage prouve sans doute que ce type de personnage cinématographique – personnage qui est par essence exagéré et extrême – fonctionne assez mal.
Le chien fou Mickey oblige donc Durieux, le gangster rangé, à repartir au charbon et à régler quelques comptes. L’assagissement final de Mickey ne rattrape guère son comportement durant les trois-quarts du film et les flics (qu’il s’agisse du commissaire ou de l’inspecteur, les deux étant très médiocrement interprétés), frisent le ridicule (Michel Galabru, notamment, apporte bien malgré lui un ton pseudo-comique qui ne convient absolument pas au film). L’ensemble est assez bancal, avec des personnages touchants (ceux joués par Catherine Deneuve ou Richard Anconina) et d’autres, on l’a dit, qui plombent le film.

mardi 28 mai 2019

La Menace (A. Corneau, 1977)




Après le succès de Police Python 357, Alain Corneau récidive sans prendre de risque : il construit un film qui reprend plusieurs grandes lignes du film précédent. Et si La Menace a davantage vieilli que Police Python 357, il construit un bon déroulement intellectuel (malgré plusieurs incohérences).

Corneau se rapproche du film de référence du genre – L’Invraisemblable vérité de Lang – qui jouait déjà sur la construction de fausses preuves. Si l'oeuvre magistrale de Lang jouait sur de multiples rebondissements – jusqu’au fameux twist final – La Menace aurait peut-être gagné en tension dramatique avec une autre construction. En effet, Corneau s’en remet à la même recette que celle de son film précédent, en montrant au spectateur la réalité de ce qui s’est passé (le suicide de Dominique) et en laissant le personnage joué par Montand dans l'ignorance complète de ce qui a pu se passer. Le film aurait sans doute gagné en épaisseur si l’on n'avait pas eu connaissance du fin mot de l’histoire – en ne nous montrant pas le suicide – et en laissant planer le doute sur la culpabilité de Julie. Car Savin est forcément traversé par ce doute, quand bien même il met tout en œuvre pour disculper sa maîtresse.



Si Montand reste efficace, il est loin de son interprétation du flic de Police Python 357 et Carole Laure est particulièrement vide et froide (qu’elle résiste à un interrogatoire serré et n’avoue pas sa présence sur les lieux du crime semble assez peu crédible).

Mais l’idée finale – toujours dans la lignée du film de Lang et qui reprend la séquence finale de Gas-oil de Grangier – est bien trouvée (et on apprécie les silences de cette dernière partie, quasiment muette) puisqu’elle montre que le stratagème de Savin n’a que trop réussi : il a si bien travesti la réalité qu’il est réellement pris pour un meurtrier. Savin devient alors un personnage infiniment tragique s’il en est, puisqu’il endosse la culpabilité de sa maîtresse, maîtresse dont il ne peut être tout à fait sûr qu’elle est innocente.

samedi 4 mai 2019

Police Python 357 (A. Corneau, 1976)




Après un premier film étrange et qui fait feu de tout bois (l’étonnant France société anonyme), Alain Corneau entre dans le rang et réalise un film beaucoup plus conventionnel et posé, qui mélange histoire d’amour et polar. Le jeu du triangle amoureux est parfaitement construit avec l’inspecteur qui tombe amoureux de la maîtresse de son commissaire. Mais l’un et l’autre l’ignorent et le commissaire, comprenant qu’il est en train de perdre sa maîtresse, la tue et tous les indices amènent à l’inspecteur. C’est d’ailleurs à partir du meurtre de la jeune femme que le film prend son envol : la première demi-heure est trop académique et plan-plan, mais, après ce démarrage en demi-teinte, le film est très prenant.
Corneau construit une atmosphère assez sombre et triste (désespérée, même, pour le personnage principal), il utilise parfaitement ses excellents interprètes (Yves Montand et François Perrier) et fait parfaitement monter la tension à mesure que le piège se resserre autour de l’inspecteur. Le voir éviter les témoins qui le reconnaissent est un excellent ressort scénaristique, qui évoque Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon de de E. Pétri, mais en utilisant ce jeu du chat et de la souris d’une tout autre manière. Ici l’inspecteur, dans une scène choc, ira jusqu’à se défigurer pour n’être pas reconnaissable.



Corneau prend avec ce polar noir la succession de Melville, non pas tant dans la forme (s’il est rigoureux et efficace, Corneau n’a pas l’extraordinaire épure stylistique de Melville) que dans les personnages, qui sont, comme chez son illustre aîné, des professionnels taiseux et solitaires, en marge de la société. Montand joue d’ailleurs ici un flic qui aurait pu être celui du Cercle rouge, quelques temps avant de quitter la police. On retrouve ainsi cette image fascinante des personnages brisés, aux regards absents, qui ont déjà tout perdu. Et Corneau emmène ses personnages dans un Orléans vide et froid – qui évoque là aussi la géométrie melvillienne – sur des tons d’abord gris puis de plus en plus sombres (notamment lors de la séquence de l’auto-mutilation).
La toute fin, qui prend des allures d’inspecteur Harry sur le retour alors que l’intrigue est dénouée, déçoit un peu, d’autant plus qu’elle ne semblait pas nécessaire.

lundi 8 avril 2019

France société anonyme (A. Corneau, 1974)




Pour son premier film, Alain Corneau livre un objet étrange, qui part un peu dans tous les sens, qui se perd en route, reprend ses idées et livre un message détonant. L’ensemble, un peu foutraque, donne un film tout à fait unique en son genre.
Démarrant en film de science-fiction (un ancien parrain de la drogue est réveillé de son hibernation et raconte son histoire), il se poursuit sur fond de guerre de gangs entre trafiquants de la drogue (on croit avoir affaire à un avatar désargenté de French connection) mais part ensuite vers le pseudo-militantisme avec les délires à la fois amusants et très bien vus du Front de Libération des Toxicomanes Révolutionnaires. Corneau s’amuse alors à montrer une France où les drogues sont légalisées, ce qui donne une fraîcheur étonnante au film.



Michel Bouquet tient impeccablement l’affiche, avec ce ton très bien trouvé entre le personnage à la fois acteur et spectateur des changements qu’il constate.
Bien sûr le film est ambitieux, imparfait, avec des scènes ratées et procède d’un assemblage un peu bancal, mais ce mélange improbable accouche malgré tout d’un film OVNI qui réjouit et interpelle encore aujourd’hui.

Corneau, face à l’échec du film, se tournera ensuite vers des réalisations beaucoup plus conventionnelles et sûres d’elles (en particulier les polars avec Yves Montand en tête d’affiche) et ce n’est qu’au travers de quelques scènes de Série noire qu’on retrouvera cette verve un peu foutraque et délirante qui irrigue France société anonyme.

samedi 27 janvier 2018

Tous les matins du monde (A. Corneau, 1991)




Très beau film d’Alain Corneau, dans un registre surprenant (on est bien loin du regard acide et désenchanté de Série noire). Hymne à la musique, au baroque, à l’intériorité du monde, le film déborde la simple rivalité entre le maître et son disciple et consacre l’expression par la musique au-dessus de tout. Le misanthrope Monsieur de Sainte-Colombe ne s’exprime que par sa viole de gambe, enfermé dans sa cabane au fond du jardin, où il converse avec sa femme morte, la revoit, fantomatique, passer devant lui et il dit sa peine, sans cesse, l’archer en main. Et l’épaisseur de sa vie tient aux cordes de sa viole. Corneau s’attarde sans hésitation sur ces longs moments où Jean-Pierre Marielle (qui tient là sans doute son plus beau rôle), penché sur sa viole, dit sa mélancolie infinie. Il ne coupe jamais un morceau, étire chaque séquence, et l’on comprend que le rôle principal n’est ni pour Marielle ni pour Depardieu, mais il est offert à la musique, impalpable et omniprésente. Le film, alors, touche par moment la grâce, au travers de longs plans séquences filmés, la caméra restant fixe ou se déplaçant très lentement.
Et, si la photographie est magnifique, on retient du film, au-delà des images qu’il contient, ce son grave, lent et sombre de la viole qui anime Monsieur de Sainte-Colombe.



Alain Corneau, ensuite, construit parfaitement son film, jouant sur des flash-backs, sur des personnages qui se construisent au fur et à mesure qu’ils vieillissent, sur des oppositions entre la cour de Versailles et la rudesse austère du monde de Sainte-Colombe.

Le sujet était ardu. Pourtant, filmé sans aucune concession, le réalisateur n'a transigé vers aucune facilité commerciale, contribuant même à populariser la musique baroque du XVIIème et la viole de gambe de Jordi Savall : on ne peut que se réjouir du grand succès en salle du film qui fit plus de deux millions d'entrées.


vendredi 12 août 2016

Série noire (A. Corneau, 1979)




Très bon film noir français qui est transcendé par le jeu extraordinaire de Patrick Dewaere qui est confondant de naturel. On a rarement autant de mal à dissocier l’acteur de son personnage, tant ce jeu échevelé, tout feu tout flammes, sans cesse borderline et incisif, détonne à l’écran.
Frank Poupart, sa vie dérisoire et qui lui échappe, les petites combines de Staplin, la tante qui donne sa fille en paiement, les meurtres crapuleux : Alain Corneau trace un portrait au vitriol d’une société française délabrée et minable à la fin des années 70.
Le scénario, très sombre, emporte les personnages et les emmène jusqu’au bout de leur logique destructrice : « Maintenant on ne craint plus rien » dit Poupart à Mona. Effectivement, quand le film se termine tout est achevé, il ne leur reste rien.