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lundi 27 juillet 2026

Mademoiselle la Présidente (La presidentessa de P. Germi, 1952)

 



Très théâtral et comique, Mademoiselle la Présidente tranche avec nombre des autres films plus célèbres de Pietro Germi qui sont ou bien marquées par l’empreinte néoréaliste, ou bien des fleurons de la comédie italienne.
Ici c’est une accumulation de situations vaudevillesques, de personnages farfelus, de coups de théâtre et de surenchères. Le film se veut un pur divertissement sans autre idée que celle de conduite ses personnages dans des situations toujours plus inextricables et alambiquées.
Exercice de style, donc, et unique incursion dans ce genre léger pour Pietro Germi qui reviendra très vite à des sujets beaucoup plus sérieux et qui seront traités comme tel.



lundi 6 octobre 2025

Le Témoin (Il testimone de P. Germi, 1946)

 



Si Pietro Germi, dès ce premier film, s’appuie sur un fort accent néoréaliste (le regard sur l’Italie de l’après-guerre ne cache pas la pauvreté, les difficultés, les arrangements), ce n’est qu’un arrière-plan pour ce qui constitue en réalité le cœur du film : le parcours de Pietro, filmé d’abord comme un condamné qu’une combine de son avocat va tirer d’affaire et filmé ensuite, en fin de film, comme suivant un chemin de rédemption, avec une humeur chrétienne très forte.
Alors que Pietro était tout à fait tiré d’affaire et que, même, le vieil homme qui tenait la preuve de sa culpabilité en était venu à mourir, le voilà assailli par la culpabilité. Alors qu’il avait relancé sa vie en tournant la page loin de toute criminalité, la rencontre avec ce témoin n'avait pas fait naître la peur du châtiment – châtiment qu’il avait entrevu terriblement plus tôt dans le film –, mais bien la culpabilité. Alors qu’il est tout à fait blanchi, le voilà incapable de faire un pas de plus en avant, malgré la sincérité de ses sentiments pour Linda.
Cette dimension supplémentaire donnée à Pietro illustre combien Germi saura, tout au long de ses films – et en particulier dans ses drames – scruter au plus près ses personnages, chercher à les comprendre sans jamais les réduire pour rester proche d’eux.


lundi 18 novembre 2024

Le Chemin de l'espérance (Il cammino della speranza de P. Germi, 1950)

 



Si ce film des débuts de Pietro Germi a une réelle ambiance et s’il exprime parfaitement la détresse des Siciliens, il n’a sans doute pas la force du Disque rouge ni, bien sûr, la richesse corrosive de ses comédies ultérieures.
Mais le propos est plus franc et direct : il met en avant ce combat interne et propre à l’Italie avec la Sicile, pauvre parmi les provinces pauvres, qui cherche, tant bien que mal, à s’en sortir. Par cette façon de montrer la misère telle qu’elle est, le film renvoie au néoréalisme, mais sans s’y rattacher vraiment, du fait du romanesque de l’histoire, avec ses nombreuses péripéties et sans la même façon de filmer simplement les douleurs du monde.



samedi 6 février 2021

Le Disque rouge (Il ferroviere de P. Germi, 1956)

 

Très beau film de Pietro Germi, empli d’un humanisme humble et touchant. Pourtant Le Disque rouge ne sombre jamais dans la mièvrerie ou le sentimentalisme, Germi sentant parfaitement le ton et l’équilibrant avec très grand talent de bout en bout.
Le regard porté sur l’Italie conserve celui du néoréalisme (duquel Germi, sur ses premiers films, est un descendant) avec un ancrage social fort. Mais le film s’en éloigne en donnant une importance à la dramaturgie qui n’est jamais, dans le néoréalisme, au cœur du film. Le Disque rouge reprend aussi des motifs typiques des films « ferroviaires » (La Bête humaine par exemple, avec le duo du conducteur et de son aide, important dans Le Disque rouge et qui reprend le duo Gabin/Carette). Ici le film est organisé autour du double incident dans la locomotive – le suicide puis le fameux feu rouge dépassé –  montré dans une séquence exceptionnelle et très forte et qui constitue un moment d’inflexion terrible.
Le film, largement travaillé à partir du regard du fils sur son père (rejoignant ainsi Le Voleur de bicyclette), utilise même souvent la voix off de l’enfant qui permettra de restaurer la figure paternelle (en l’aidant à retrouver ses amis et, ensuite, sa famille), d’abord placée au sommet de la famille, puis sans cesse dégradée.

On notera la très belle présence de Germi lui-même dans le rôle central d’Andréa, à qui il donne une très grande humanité et une belle épaisseur morale. Et, au-delà de la simple histoire d’Andréa, c’est toute la famille italienne qui est décrite, avec ses sincérités ou ses faux-semblants, sa dureté, ses malheurs, ses moments de joie, de colère et de réconciliation.




jeudi 17 décembre 2020

Divorce à l'italienne (Divorzio all'italiana de P. Germi, 1961)



Grande comédie italienne de Pietro Germi, Divorce à l’italienne a la force du mélange entre des situations et des personnages drolatiques et un regard sur l’Italie (ici sur la Sicile) et sa pauvreté. Sans qu’elle soit au cœur même du propos (moins que dans Le Pigeon par exemple), Germi montre cette pauvreté : les paysages sont désertiques, les rues sont jonchées de ruines, les maisons sont délabrées, et même le palais du baron est décrépi, loin des splendeurs passées.
Marcello Mastroianni joue parfaitement ce baron mal marié, gominé, moustache tombante, fume-cigarette au coin des lèvres, tic persistant, bien loin de son image de séducteur. Germi d’ailleurs s’amuse bien en montrant Mastroianni qui va au cinéma voir la Dolce Vita… Et ce baron fantasme sur sa jeune cousine et imagine peu à peu comment se débarrasser de sa femme. La solution sera trouvée – savoureuse astuce scénaristique – en s’arcboutant sur les mœurs siciliennes (se faire déshonorer pour pouvoir, ensuite, recouvrer son honneur).
Le jeu de voix off, les images mentales (le baron qui lit dans le journal les exploits de Spoutnik et imagine aussitôt sa femme emportée au loin dans une fusée spatiale !) ou encore l’utilisation de l’espace (les nombreuses pièces du palais, la large rue où l’on se montre) sont remarquables et savoureux. Bien sûr les Siciliens eux-mêmes en prennent pour leur grade, entre le prétendant ahuri, les colères de la belle-famille, les ragots de la place du village et, bien sûr, ces jeux de codes d’honneur, peu à peu au cœur du film. Et la fin, avec ce qu’il faut de provocation, est parfaite.

On trouve des thèmes chers au réalisateur et que l’on retrouvera dans Séduite et abandonnée : l’importance de la position sociale, le regard des autres sur la place publique, l’honneur qu’il faut à tout prix sauver, la loi qu’il faut exploiter pour arriver à ses fins et, chapeautant le tout, ces changements d’humeur entre coups de gueule et hypocrisie du paraître, qui donnent une force comique redoutable.



mardi 31 mars 2020

Meurtre à l'italienne (Un maledetto imbroglio de P. Germi, 1959)



Remarquable film de Pietro Germi, qui, en partant d’une veine néoréaliste, l’adoucit considérablement pour l’adapter au film policier (1).
Dans un cadre très réaliste, Germi glisse bien quelques éléments de comédie qui annoncent le ton des films qu’il va faire ensuite (autour des personnages ou en profitant de quelques réflexions ou situations), mais l’humeur du film reste très sombre, avec des révélations progressives sur ce qui ce jouait autour de la victime.
Magnifiquement interprété (avec Germi lui-même qui est très convaincant en commissaire, son fidèle Saro Urzi ou encore Claudia Cardinale), le film se permet des digressions et des impasses, qui correspondent aux tâtonnements des policiers mais qui permettent d’épaissir le récit en l’enrichissant de personnages. Le commissaire lui-même, avec ses lunettes noires à l’américaine et son charisme nonchalant, pose un regard moral sur toutes les bassesses qui, comprend-on progressivement, couvaient dans l’appartement.
La mise en scène est de très haut vol, avec une maitrise des cadrages, des jeux de caméras, avec le vaste escalier de pierres de l’entrée, les ruelles qui se croisent et, pour couronner le tout, la magnifique musique de Rustichelli qui enveloppe  le film de toute son italianité.


Ce film très réussi marque la fin d’une première période dans la carrière de Germi – période très marquée encore par le néoréalisme – avant de se lancer dans les comédies, avec, immédiatement, les chef-d’œuvres que sont Divorce à l'italienne et Séduite et abandonnée.




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(1) : Le titre français cherche à se rapprocher, a posteriori, du titre Divorce à l'italienne qui a été un grand succès, mais qui n'a pas grand rapport. On préférera le titre original, plus proche du propos du film, qui signifie davantage « une maudite embrouille ».



vendredi 19 octobre 2018

Séduite et abandonnée (Sedotta e abbandonata de P. Germi, 1964)




Magnifique comédie de Pietro Germi, qui emmène le spectateur dans une Sicile empêtrée dans les convenances sociales et où chacun se débat comme il peut.
La pauvre Agnese (très jolie Stefania Sandrelli), abusée par Peppino, l’amant de sa sœur, se trouve bien vite à la croisée des chemins entre les sentiments inavouables ou refoulés et les codes d’honneur familiaux.
Le formidable Saro Urzi, qui ressemble à un Raimu italien, tout de verve et d’explosions de colère, distribue des baffes à tour de bras et il n’a peur que d’une chose : celle de mal paraître sur la place du village. Et, entre le lâche Peppino, le faible Antonio et la grande sœur bêta, tout le monde s’agite, crie, pleure et sue à grosses gouttes.



Evidemment, dans ce portrait au vitriol de la Sicile, chacun en prend pour son grade, du flic au curé, en passant par les petits vieux de la place du village.
Le film trouve un équilibre merveilleux entre la drôlerie et la cruauté, entre la critique des personnages et l’affection que leur porte le réalisateur.
Germi s’amuse même à jouer avec des images mentales très drôles (dans le rêve de Vicenze ou dans la délicieuse séquence où il s’interroge sur celui qui a pu commettre le forfait ou encore la magnifique revisite de la scène initiale, lorsqu’elle est racontée, à sa façon, devant le juge, par Peppino). Ce regard de Germi, acerbe à en devenir comique, donne un charme merveilleux au film qui est un des grands jalons de cette comédie italienne fabuleuse des années 60.



Et l’extraordinaire musique de Rustichelli enveloppe le tout d’une tonalité à la fois désuète et drôle, en plongeant le spectateur au cœur d’une Sicile figée dans sa chaleur et sa pauvreté, mais avec toujours cette pointe d’ironie sous-jacente qui vibre dès les premières notes.