
Réalisé dans la foulée de Un homme et une femme, Vivre
pour vivre en est un héritier direct. Mais il pâtit de ce fait du grand
succès du film précédent : dans cette nouvelle histoire de couple (ici un
couple qui se défait), on retrouve cette étonnante particularité de Claude
Lelouch qui est de parvenir à glisser dans le film, par-dessus le scénario et
les personnages, sa grande prétention à se penser comme un grand réalisateur et à bien le
montrer au spectateur.
Dans plusieurs séquences (et finalement assez
nombreuses), on voit aux jeux de montage, aux images sans dialogues qui se
succèdent ou à la musique choisie, les grosses ficelles de Lelouch, tout auréolé
de son succès et qui fait des « choix artistiques stylisés ». Par
exemple avec le montage alterné de gros plans sur Annie Girardot et Candice
Bergen, montrant combien chacune pense au même homme en même temps. La lourdeur
du trait fatigue. Ou la mise en scène appuyée des aveux de Robert, dans le train,
avec les deux personnages qui ne peuvent se voir et, bientôt, que l’on n’entend
plus. Ou ces rires rajoutés par-dessus la musique dans la séquence finale
humiliante dans le bar. Ou encore dans ces séquences au montage rapide et sans
dialogues pour évoquer le lien qui se noue, en Afrique, entre Robert et
Candice. Ou les retrouvailles sur fond de neige pour avoir un écran blanc. Tous
ces « gestes » du réalisateur sont lourds, appuyés et envahissants.
C’est bien dommage, tout cela rend d’autant plus
difficile à supporter un scénario qui était déjà un peu bancal. Puisque si l’on
comprend que Robert, après bien des tromperies, finisse par quitter
Catherine, on comprend moins qu’il quitte Candice quelques mois plus tard
(disons que l’ellipse est un peu facile). Et si l’on comprend que Robert,
alors, cherche à retrouver Catherine, on ne voit pas vraiment pourquoi,
dans un coup de théâtre très artificiel, elle revienne finalement dans la toute
dernière image. Image qui vient complètement contredire l’humiliation très
appuyée, on l’a dit, que vient de subir Robert. C’est là que l’on comprend que
la mise en scène vient fragiliser le scénario lui-même, achevant de
déstabiliser le frêle équilibre du film.
Et si Yves Montand tient bien un rôle ingrat, son personnage
de séducteur s’estompe au fur et à mesure du film. Il reste néanmoins le beau
sourire d’Annie Girardot qui sait parfaitement glisser, d’un instant à l’autre,
vers la tristesse profonde.
On préférera, dans la même veine de ces histoires de
couples, Un homme qui me plaît, qui
pâtit peut-être moins des excès de Lelouch et bénéficie d’une belle complicité
entre Belmondo et Girardot.






























