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lundi 2 février 2026

Clean (O. Assayas, 2004)

 



Si l’histoire racontée par Clean est assez simple (une mère seule et paumée veut récupérer la garde de son fils confié aux grands-parents), toute la réussite du film est dans le personnage principal d'Emily – mélange un peu surprenant (avec Maggie Cheung très bien dans un rôle inhabituel) et finalement attachant – et dans la manière de raconter. Et Assayas, comme souvent, saisit très bien son personnage, le fait évoluer au milieu d’autres, le fait se perdre et se retrouver.
De façon très bien vue, Emily fait plein de rencontres (certaines emplies d’énergies positives, d’autres tout à fait toxiques), mais, des unes comme des autres, elle ne fera rien : ce n’est pas de ces rencontres que viendra le changement (grand sujet du film) mais bien d’elle-même, trouvant l’énergie dans cette quête vers son enfant.


samedi 24 janvier 2026

Doubles Vies (O. Assayas, 2018)

 



Dans un fiml mené avec aisance, même si les personnages eux-mêmes sont assez caricaturaux (l’écrivain, l’éditeur, la chargée de comm, etc.), leurs imbrications et, donc, leurs doubles vies, s’entremêlent plaisamment.
On regrette certaines séquences un peu ratées (la première soirée entre amis bourgeois : de la mise en scène aux dialogues, tout est très figé et sonne faux) alors que, a contrario, le film s’enrichit de silences et de non-dits (Alain qui n’interroge pas Selena alors que, probablement, il se doute de quelque chose) pour finir par énoncer la règle implicite du film : bien loin des scènes de ménage (chères au cinéma moderne et qu’évite Assayas), l’indulgence ou les silences, nous dit le film, permettent de surmonter les épreuves.
On retrouve la sensibilité d’Assayas, sa façon de scruter et de faire parler les personnages (personnages qu’il regarde tous d’un œil bienveillant, se gardant de les ridiculiser) et d’entremêler de nombreux fils avec lesquels il s’amuse.
Vincent Macaigne donne une coloration humoristique très amusante et le clin d’œil de Juliette Binoche à elle-même en fin de film nous réconcilierait presque avec l’actrice (par ailleurs assez quelconque ici comme souvent).
Et Assayas joue de moments urbains – plus conflictuels – et d’autres moments tournés vers la Nature, emmenant même un des couples dans un moment empli de Nature et d'une douceur presque élégiaque, moment que l’on retrouve souvent chez lui et qui, ici, vient clore le film.



jeudi 4 décembre 2025

Cuban Network (O. Assayas, 2019)

 



Film de second rang d’Olivier Assayas qui se prend au jeu du film de genre (le récit d’espionnage), ce qui ne lui va pas vraiment : il est moins à l’aise que lorsqu’il s’accroche à un univers plus personnel ou lorsqu’il s’appuie sur un personnage original.
Ici il est comme un peu coincé dans le format du genre. On ne croit pas trop à René Gonzalez qui, en fait, ne trahit pas et se révèle être un espion de la cause. De même pour Viramontez. Tout cela semble un peu forcé. On est loin du jeu entre les personnages comme il sait le faire, avec des entremêlements doux, incertains, plus proches des natures humaines. Ici ce sont de grands enjeux (la Révolution, la drogue, la trahison ou la fidélité) qui mènent les personnages : Assayas a plus de mal à les faire entrer en résonance avec les personnages.



samedi 29 novembre 2025

L'Eau froide (O. Assayas, 1994)

 



Si L’eau froide est construit autour d’une trame très conventionnelle avec deux adolescents qui expriment leur mal-être (à coup de frasques diverses et de relations orageuses avec leurs parents), il trouve une certaine fraîcheur dans son traitement réussi. La jeunesse rebelle est bien saisie, en particulier avec le personnage de Christine.
Il est dommage que Gilles soit interprété par Cyprien Fouquet dont le jeu est trop limité : cela appauvri le personnage de Gilles dont la confrontation butée avec son père (père lui très bien campé par 
László Szabó) ne mène pas bien loin et n’exprime pas grand-chose. Gilles reste alors très en retrait par rapport à son alter ego féminin, Christine, qui bénéficie de la présence de Virginie Ledoyen. Cette présence donne de la colère et de l’énergie à son personnage mais, surtout, elle le remplit d’une face cachée qui la rend inaccessible ; toute une épaisseur que n’a pas Gilles qui semble, à côté d’elle, tout à fait vide, comme s’il n’y avait rien d’autre qu’une colère d’adolescent derrière ses éclats de voix qui ne mènent à rien. La fin vient joliment confirmer ce côté insaisissable de Christine qui, jusqu’au bout, ne s’exprime pas.
On retiendra bien sûr la séquence de la fête dans la maison abandonnée, si bien filmée, emplie d’une folie à la fois un peu douce et un peu brusque. La maison à la campagne, où l’on se retrouve, où l’on se défoule et où l’on vient chercher quelque chose que la ville ne donne pas, sera bientôt l’un des grands motifs du réalisateur qui le reprendra régulièrement dans ses films, comme pour les scander ou les ponctuer.


samedi 15 mars 2025

Irma Vep (O. Assayas, 1996)

 



Intéressant et étrange film d’Olivier Assayas, qui propose un film dans le film (il s’agit de raconter un moment d’un tournage) et qui s’amuse à tirer plusieurs fils autour de cette idée.
Le film qu’il s’agit de tourner est lui-même un remake : c’est une adaptation des Vampires de Feuillade, avec le personnage légendaire d’Irma Vep aux prises avec des bandits. C’est l’occasion de montrer un réalisateur dans son monde, campé par Jean-Pierre Léaud – impeccable comme toujours – qui donne à son personnage, cette étrangeté qui lui est propre. Et c’est le prétexte pour amener une actrice étrangère (Maggie Cheung, lumineuse) au cœur de ce petit monde qui s’agite. Cette actrice un peu perdue et qui impose de passer par l’anglais est le relais du spectateur, qui découvre toute cette agitation, toute cette tension dans l’équipe, bien loin de montrer l’harmonie d’une équipe de tournage (telle qu’on peut la voir dans La Nuit américaine par exemple). Ce regard sur le monde des techniciens, régisseurs et autres producteurs est finalement assez peu séduisant.
Ce d’autant plus que le réalisateur Vidal (joué par Léaud, donc) est dans son monde, avec ses pensées très artistiques et personnelles, complètement en porte-à-faux avec le reste de l’équipe, qui fait à sa sauce, envoie tout promener, s’afflige, et, finalement disparaît. Avec beaucoup d’humour Vidal sera remplacé par un réalisateur qui lui, à l’inverse, est une caricature du tâcheron appliqué et sans âme. Les rushes retravaillés par Vidal et que l’on découvre en fin du film forment un moment de cinéma assez unique, entre étrangeté, art brut et incroyable délire.
Et le film propose aussi une séquence étonnante dans laquelle Maggie Cheung, dans son costume moulant, devient le personnage qu’elle incarne, puisqu’elle dérobe un bijou, comme le fait Irma Vep, bijou qu’elle laissera bientôt s’échapper, dans une scène pleine d’étincellement étrange.

 

mardi 4 mars 2025

L'Heure d'été (O. Assayas, 2008)

 



Beau film d’Olivier Assayas, empli d’une belle sensibilité qui ondule tout au long de l’histoire.
Après une séquence d’ouverture assez classique – celle d’un bonheur familial et d’un paradis campagnard pas encore perdu – la suite, tournant pourtant autour du deuil et de l’héritage, refuse la véritable tristesse.
C’est qu’après la mort de la grand-mère de la famille, le fils ainé aurait bien gardé la maison et honoré la mémoire sans toucher à rien. Mais, sans nostalgie, les choses vont dans un autre sens, la famille perdra la maison sans se désunir, avec une tristesse en coin pour l’aîné. Mais ainsi vont les choses nous dit Assayas.
Baignant dans une atmosphère d’art (le film est né au départ d’une volonté de partenariat avec le Musée d’Orsay), et notamment différents meubles arts déco signés, la maison de campagne perdra, peu à peu, son âme.
L’Heure d’été renvoie ainsi à Milou en mai de Louis Malle (où le film s’appuie sur la même situation, avec davantage de nostalgie même si, chez Assayas, le présent n’est pas réellement filmé comme destructeur du passé) ou à Un dimanche à la campagne de Bertrand Tavernier (avec le même envahissement par la famille de la maison du patriarche seul).