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lundi 20 novembre 2023

Big Eyes (T. Burton, 2014)

 



Si Tim Burton s’applique à retracer l’histoire de Margaret Keane – peintre restée longtemps sous la coupe de son mari escroc –, on ne retrouve pas l’aisance habituelle du réalisateur. C’est que l’histoire reste collée à un réalisme que Burton peine à rendre merveilleux. Ce carcan réaliste le coince un peu et son univers habituel ne se déploie pas : Big Eyes apparaît alors bien conventionnel, sans un univers bien particulier à l’image et manquant de poésie. C’est d’autant plus dommage qu’il y avait un jeu poétique à tirer des peintures de Margaret, peintures qui, certainement, parlent à Tim Burton et auraient pu l’inspirer davantage.
Cela dit, les personnages n’aident pas le réalisateur : même si leur histoire est originale en terme narratif, leurs personnalités restent bien ternes. Christoph Waltz cabotine beaucoup et le réveil progressif de Margaret est attendu et ne surprend guère.




samedi 2 septembre 2023

Batman : Le Défi (Batman Returns de T. Burton, 1992)

 



Ce second film de Tim Burton mettant en scène le héros chauve-souris masqué poursuit une pente à la fois conventionnelle et kitsch. Il n’est qu’une exploitation de la réussite du premier opus. On n’est pas loin du Grand-Guignol par moment et on sent bien où nous conduit l’intrigue.
Tim Burton semble un peu coincé dans son idée, même si quelques séquences équilibrent très bien les tons entre conte de Noël divertissant et noirceur, tons que conjuguent si aisément l’ami Burton.

 



lundi 3 avril 2023

Big Fish (T. Burton, 2003)

 



S’éloignant de son imagerie si caractéristique (celle de Sleepy Hollow notamment, mais déjà perdue dans La Planète des singes), Tim Burton retrouve son goût de conteur dans Big Fish. Il y met en œuvre sa maîtrise des richesses grammaticales du cinéma pour nous emporter, de séquences en séquences, dans les histoires étranges de Ed Bloom. Personnage étonnant, qui entremêle sans cesse la réalité et la fantasmagorie, l’exagération et l’anecdote réelle, pour le plus grand délice du spectateur.
Sans beaucoup d’artifices, avec un grand talent de narrateur, Burton s’amuse. On retrouve ses goûts enfantins, mais appliqués à un monde adulte qui ne se prend pas au sérieux et qui préfère rêver. On pense à Proust quand il nous dit qu’« il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver ».
Et c’est, dans Big Fish, tout ce qui reste de l’enfant dans l’adulte qui cherche coûte que coûte à s’exprimer, pour s’écarter du chemin et conquérir le monde de l’imaginaire.



vendredi 24 mars 2023

Vincent (T. Burton, 1982)

 



Ce court-métrage d’animation apparaît aujourd’hui, après plus de quarante années de recul, comme une synthèse incroyable de tout l’univers qu’exprimera Tim Burton. Y sont déjà présents ses motifs, ses thèmes, ses angoisses, ses références (de Vincent Price à Edgard Allan Poe). On a l’impression de tenir, dans une folle prémonition, tout Tim Burton en moins de six minutes.
Mais ce court-métrage interpelle : c’est un peu comme si le Burton de 1982 était déjà empli de tout ce qui fera son cinéma et que rien de nouveau n’était entré dans son crâne pour le hanter depuis tout ce temps.




 

jeudi 28 septembre 2017

Spleepy Hollow (T. Burton, 1999)




Très bon film de Tim Burton, qui construit une trame passionnante à l’intérieur de son univers si caractéristique. La poursuite du Cavalier sans tête (dont les apparitions sont détonantes à l’écran) est l’occasion pour le détective Ichabod Crane de résoudre ses propres démons ; Crane, avec son approche scientifique et rationnelle, qui a le tort de ne pas croire à ce cavalier qui sème la terreur.
Mélangeant l’inspiration des films de la Hammer et ses propres inspirations, faites d’un mélange de noirceur et d’ironie, Tim Burton réinvente un style gothique très personnel. Sleepy Hollow est ainsi, sans doute, le film le plus abouti de Burton, dont la fulgurance se marie parfaitement avec la noirceur des décors, l’arbre tortueux et saignant, les décollations soudaines du cavalier faisant irruption et, enfin, le teint blême de Johnny Depp, excellent.


mercredi 14 novembre 2012

Edward aux mains d'argent (Edward Scissorhands de T. Burton, 1990)




Très joli conte (signalé d’emblée et de façon très poétique par la neige qui recouvre le logo de la 20th Century Fox) où Tim Burton fait débarquer dans une banlieue proprette, sucrée et sans âme, son étrange et poétique personnage d’Edward, homme construit par un créateur isolé dans son château gothique, construit mais inachevé. Toute l’âme du film, sans doute, est dans cet inachèvement. C’est de lui, essentiellement, qu’Edward tire sa différence, son étrange attraction, mais aussi sa fragilité. Edward ressemble alors à un Pinocchio en bois qui n’a pas encore été métamorphosé en petit garçon.
Petit Pinocchio qui va tenter de se fondre dans la masse, acceptant d’être manipulé, apprenant l’hypocrisie, découvrant la méchanceté. Burton joue tout au long du film sur cette partition du monde : la vie réglée, morne, stupide, superficielle des humains et celle, féérique, d’Edward. La petite vie américaine en prend pour son grade, notamment au travers de cette hypocrisie de l’assentiment superficiel. Les femmes, en particulier, si elles sont un temps fascinées par Edward qui taille buissons, chiens et bientôt cheveux sans équivalent (avec une scène de coiffeur érotico-comique remarquable), voient bientôt titillée leur frustration, frustration qui règne dans le lotissement. Et ce monde rose et sucré va bientôt dégoupiller et rejeter Edward avec violence.


Les scènes en flash-back auprès de son créateur sont amusantes (l’esprit créatif et gothique de Burton s’en donne à cœur joie) ou touchantes : son créateur meurt avant de le doter de mains.
Mais, pour que Pinocchio devienne un petit garçon il eut fallu être accepté par la petite société du lotissement. Las, pour Burton – dont le manichéisme un peu facile passe bien, genre oblige – tout n’est que façade et illusion. Être accepté n’est pas possible pour le pauvre Edward : Pinocchio ne se métamorphosera jamais en petit garçon. Edward alors, qui ne peut être accepté par tout le monde va accepter la solitude.
Être comme tous ou rester seul : la leçon du conte, derrière sa féerie, est très acide.