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lundi 26 octobre 2020

Le Colosse de Rhodes (Il colosso di Rodi de S. Leone, 1961)

 

Ce premier film entièrement réalisé par Sergio Leone est bien décevant. Non seulement l’intrigue est pour le moins poussive et décousue, mais le film verse dans le péplum industriel à gros budget, sans âme ni panache.
Mais, surtout, même si Leone fait tout pour s’émanciper d’un genre qu’il n’aime guère (mais dans lequel, industrie du cinéma oblige, il est contraint de travailler), on ne retrouve guère, ici, le style flamboyant qui fera sa gloire. Même à l’état d’embryon, il n’y a nul cadrage délirant, nul jeu de musique, nul gros plan outré, nul ironie distante ou sadique.
On notera malgré tout la violence parfois crue qui fait irruption, rare indice qui annonce le ton des films à venir. On peut aussi trouver, dans cette intrigue très lâche et peu palpitante, l’annonce de la substance des westerns à venir dans lesquels le scénario très simple sert surtout prétexte à l’expression d’un style (peu importe ce qu’il y a à dire, c’est la manière de raconter qui compte).
Mais Le Colosse de Rhodes est un succès : Sergio Leone obtient d'avoir les coudées franches. Alors, aussitôt, il se rue vers le western, avec le succès que l'on sait.


samedi 23 juillet 2016

Il était une fois en Amérique (Once Upon a Time in America de S. Leone, 1984)




Dernier film de Sergio Leone, Il était une fois en Amérique est aussi son second chef-d’œuvre (après Il était une fois dans l’Ouest). Sortant de son maniérisme westernien, Leone déroule 45 ans de la vie de David Aaronson, alias « Noodles », gamin d’un quartier de New York qui devient gangster pendant la prohibition avant d’être trahi. Le film est très ample et la période de l’adolescence de Noodles exceptionnelle.

Le film est construit autour d’allers-retours (1) entre le temps présent du film (la vieillesse de Noodles, en 1968) et différentes époques du passé (en 1922, quand il était adolescent, et en 1933, quand il est adulte).
L’évocation de la jeunesse de Noodles est d’une poésie magnifique, empreinte de nostalgie, avec des transitions éblouissantes : en particulier quand Noodles, devenu vieux et revenant sur le lieu de sa jeunesse, regarde par une fente du mur et contemple son passé.

Noodles, âgé, regarde par la fente du mur...
Il y contemple ses souvenirs...
Cette manière de procéder ancre ces événements du passé : le passé ne disparaît pas tant que Noodles le garde en lui.
Tout le film n’est ainsi qu'une quête du temps passé (et en même temps une quête du temps perdu, quête proustienne s’il en est), au fur et à mesure que Noodles comprend qui l’a trahi et qui le manipule ainsi, bien des années plus tard.
Il faut noter combien les acteurs sont formidables, non seulement Robert De Niro ou James Wood (on n’en attend pas moins d’eux), mais aussi bon nombre d’acteurs secondaires (en particulier les acteurs qui interprètent les personnages principaux lorsqu’ils sont jeunes).
Ce mélange des époques donne au film une tonalité très nostalgique et triste (tonalité qui explose dans le visage de De Niro lorsqu’il reflète la douleur de ce temps à jamais perdu). La première et la dernière séquence du film – qui s’organisent toutes les deux autour de la fumerie d’opium – permettent bien des conjectures : tout le film n’est peut-être qu’une rêverie de fumeur d’opium perdu dans les brumes de la drogue (2).





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(1) : Il faut noter qu’il n’y a qu’en France que le film est sorti en respectant le montage souhaité par S. Leone (aux USA le film est sorti avec une histoire présentée de façon chronologique).

(2) : D'après J.- B. Thoret, S. Leone a puisé son inspiration pour la séquence de fumerie d'opium dans la fin de John McCabe, où, effectivement, dans un beau jeu d'images, Mrs Miller abîme sa lassitude triste et abandonnée dans l'opium.

mercredi 25 novembre 2015

Il était une fois dans l'Ouest (C'era una volta il West de S. Leone, 1968)




Magistral western, très célèbre, qui constitue l’apothéose du western italien (et il est en même temps très au-dessus de l’immense majorité de ces westerns).
Bien sûr, formellement, le film est exceptionnel. Résumant son film à l'exacerbation d'un style, Sergio Leone s'en donne à cœur joie : sa caméra déforme, grossit, exagère, attend, recule, tourne autour. Leone insiste et ne craint pas d’en rajouter en forçant le trait avec plaisir : il étire les séquences (la célèbre séquence d’ouverture avec les trognes des tueurs qui attendent le train) et son style maniériste confine volontiers à la caricature (et à l’humour également, même s’il est moins présent que dans Le Bon, la Brute et le Truand). Et Leone cite ses sources, aussi bien dans la distribution (au-delà de Henry Fonda, Jack Elam, par exemple, fait une apparition légendaire) que dans plusieurs séquences (hommage à John Ford, à L'Homme aux colts d'or, au Train sifflera trois fois). Ennio Morricone signe la bande originale que l'on sait et le film est jouissif.


L'utilisation de Henry Fonda en grand méchant est géniale : Fonda est un des acteurs qui, tout au long de sa carrière, aura incarné par excellence le bon, le valeureux, l'humble qui se bat par nécessité ou pour réparer une injustice, que ce soit chez Ford (My Darling Clementine), chez Lang (J'a le droit de vivre) ou Lumet (Douze hommes en colère). Son image, déjà écornée dans le western de E. Dmytryk L'Homme aux colts d'or, est ici détournée et utilisée pour le personnage de Franck, qui est l'archétype du tueur, diamétralement opposé à l'image qu'il a chez le spectateur américain. Son calme, son phrasé doux et son jeu intériorisé font merveille.
Bien entendu il n’y a pas de sens profond à tirer de ce film (ni à aucun des westerns de Leone) : il s’agit d’une histoire de vengeance très simple. Les personnages et les situations sont évidemment caricaturaux. Il s'agit donc, sur ce point, d'un net retour en arrière par rapport à l'aboutissement des westerns américains classiques (ceux de Ford, Mann ou Hawks). Mais là n’est pas l’enjeu et il ne faut pas bouder son plaisir.

Le problème est que le western ne se relèvera pas de cette simplification du fond. Le filon italien sera exploité jusqu'à plus soif – le style de Sergio Leone sera copié mille fois – puis le western sera enterré (par quelques réalisateurs tels que S. Peckinpah ou R. Altman) et, ensuite, le western restera moribond.
Et, malheureusement, le succès des films de Leone est tel qu’il occulte complètement le western d’avant : aujourd’hui ce genre est d’abord connu au travers de ces films "spaghettis" et on oublie les chefs-d’œuvre qui les ont précédés. Bien souvent la connaissance de ce genre se fait par les westerns italiens (ce qui laisse penser que le genre n'a jamais eu grand chose à dire), alors qu’ils ne sont qu'une évolution (caricaturale) d’un genre beaucoup plus ancien et très riche.



jeudi 2 octobre 2014

Le Bon, la Brute et le Truand (Il buono, il brutto, il cattivo de S. Leone, 1966)








Troisième film de Sergio Leone, il est aussi bien meilleur que les deux précédents. Si Leone a gardé (et continue de perfectionner) ce style si caractéristique, il parvient, beaucoup plus qu'auparavant, à intégrer de l'humour. L'humour ne consiste plus seulement en quelques  bons mots, mais s'appuie sur une mise en situation qui est drôle et qui montre la lignée de Leone avec la comédie italienne des années 60. Cet héritage se manifeste non seulement par le traitement de l’humour mais aussi par la mise en scène de la pauvreté des milieux et des personnages rencontrés (les péons rappellent les habitants des bidonvilles des villes italiennes). 
Toute la première partie du film (hormis la séquence d'ouverture) est d'ailleurs traitée sur un mode franchement comique (alternance de capture et de libération de Tuco par Blondin), le montage achève de rendre comique la séquence, le personnage d'Eli Wallach  servant d'ailleurs de contrepoint comique à la Brute (très bon Lee Van Cleef, dont le personnage, lui, n'est pas là pour rigoler). Clint Eastwood, de son côté, continue d'inscrire son personnage dans l'histoire du cinéma.


On remarquera la complexification progressive de l’intrigue, puisque les trois compères qui cherchent à récupérer un magot sont rattrapés par la Guerre de sécession. La petite histoire se trouve alors confrontée à la grande. Et, ironie noire de la guerre, Setenza, le chasseur de primes, voit même son sadisme transformé en une qualité indéniable lorsqu’il s’agit de faire parler les prisonniers.

La séquence finale – le duel à 3 dans le cimetière – est un bon résumé à la fois du style (qui est une reprise maniérée des grandes séquences classiques du western) et du génie de S. Leone, avec ici par exemple une façon de dilater le temps par le montage qui est exceptionnelle.


Bien sûr, malheureusement, le film n'a pas grand sens. Leone est un formaliste pur et dur : on a vite fait le tour du scénario  (quand bien même, ici, les grands scénaristes Age et Scarpelli sont de la partie). Mais il ne faut pas bouder son plaisir : le maniérisme de Leone (qui culminera avec son chef-d'œuvre Il était une fois dans l’Ouest) ajouté à la partition de Morricone rend le film réjouissant.

L'influence du film 
  de même que les autres westerns de Leone    est considérable, à la fois sur le genre mais aussi sur le cinéma en général. On notera, par exemple, que la seconde séquence du film (lorsque la brute Lee Van Cleef rend visite au fermier qu’il finira par abattre) contient tous les ingrédients du cinéma, à venir, de Quentin Tarantino : le rythme est lent, le réalisateur prend son temps, s’attache à des détails triviaux (une discussion tout en mangeant de la soupe), avec une tension sous-jacente qui monte (on sait qu’il va se passer quelque chose). L’explosion de violence est soudaine et radicale. Tarantino refera très précisément cette séquence (au début d’Inglourious Basterds) mais c’est, de façon plus générale, tout son cinéma qui est irrigué par cette manière de faire. C’est d’ailleurs à la fois
une qualité de Tarantino (il est passionné par une esthétique précise) et un défaut, puisqu’il fait à la manière d’un maniériste. C’est donc un style, ontologiquement, assez caricatural. Reste que sa vista lui permet de faire « à la manière de Leone » de façon brillante, enlevée, facilement jouissive, fluide et en déclinant dans de très nombreuses variantes ce schéma de base. 

jeudi 12 septembre 2013

Pour une poignée de dollars (Per un pugno di dollari de S. Leone, 1965)




Très célèbre western de Sergio Leone, qui lance le sous-genre du western italien, sous-genre qui fera florès dans les années qui suivront (entre 400 et 500 westerns italiens seront tournés en une dizaine d’années), en étant très populaire et en ayant aussi une très grande influence, y compris dans le cinéma américain.
Leone part du scénario du Garde du corps de Kurosawa, dont il reprend la trame principale, jusqu'à certains jeux de mots ou détails (la brindille que mâchonne Toshiro Mifune devient un cigarillo dans la bouche de Clint Eastwood).
Leone a beau adorer le western américain en général et Ford en particulier (ses films sont emplis de référence aux westerns américains), on aura bien du mal à retrouver dans ses films les grands motifs du genre : exit les réflexions sur la confrontation à la Frontière, sur l’espace à franchir ou sur la constitution d’une communauté. Leone reprend les codes du western (les lieux, les décors, les costumes, les scènes classiques du genre) tout en le vidant de la substance. On comprend que les Italiens ne mettent pas dans leurs westerns les idées qu’y mettent les Américains, mais Leone, en réalité, met bien peu d’idées dans ses films. Les personnages ici sont absolument individualistes. Ils courent pour de l’argent, s’entretuent à loisir, sans morale, sans état d’âme.




Mais bien entendu, le film de Leone présente des qualités de style qui auront une énorme répercussion. Même s’il n’est pas encore aussi marqué que dans d’autres films (en particulier Il était une fois dans l’Ouest), le styliste qu’est Leone brille déjà. Le film est aussi empreint d’un ton de comédie très italien. Même si, là aussi, Leone ira plus loin (dans Le Bon, la brute et le truand notamment), l’humour est déjà une composante importante (présent aussi bien dans les situations, le montage que dans la musique). Enfin, évidemment, le film pose la première pierre de la légende de Clint Eastwood.



Cela dit, malgré ces qualités, le film reste très basique, la violence brusque et déjà nihiliste (Corbucci ira beaucoup plus loin en exposant davantage encore cette violence) et l'on reste surpris de son incroyable popularité ainsi que celle de sa suite Et pour quelques dollars de plus.