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lundi 27 avril 2020

Enter the Void (G. Noé, 2010)




Au moins, avec Gaspard Noé, tout est clair : un film fou et psychédélique se filme de façon folle et psychédélique. La forme et le fond sont indissociables, l’un et l’autre se contaminent totalement. Et Noé annonce la couleur d’emblée avec un générique dopé à l’acide, frénétique, électronique et qui propulse comme dans une autre dimension.
Le script, bien sûr, est très minimaliste et tout à fait banal (on est même navré que Noé ait si peu de choses à dire), mais là n’est pas ce qui intéresse le réalisateur. Ainsi, après vingt minutes de pure caméra subjective (mais qui tombent un peu à plat), la caméra – et le film avec elle – décolle lorsque l’esprit d’Oscar s’échappe de son corps. Il entraîne alors le spectateur dans un (long) trip halluciné, planant, délirant, empli de néons, de plongées dans la lumière ou le noir, glissant d’une rue à l’autre, filant dans les nuages, s’échappant sans cesse, évanescent et mobile, plongeant dans les trous du monde (un abat-jour empli d’une lumière douce, l’éclat d’un néon mais, tout aussi bien, le trou laissé par une balle dans le corps) et fouillant son passé, mélangeant les dernières heures vécues aussi bien que les souvenirs – traumatiques – de l’enfance.


Noé, en voulant créer sans cesse de nouvelles images (c'est là qu'est sa force et son originalité), étale une virtuosité manifeste et Enter the Void cherche à immerger dans un nouvel univers visuel et sonore. Le spectateur, alors, peut tout aussi bien adhérer et planer aux côtés de l'esprit d'Oscar, qu’il peut, au contraire, être rebuté et rester de marbre.


jeudi 4 décembre 2014

Irréversible (G. Noé, 2002)



 

Le film a terriblement choqué par ses premières séquences, très dures à regarder (en particulier un long plan-séquence d'un viol) qui ont fait scandale.
La chronologie du film est inversée : on commence par la fin (insoutenable donc) et on rembobine. Treize séquences se succèdent ici, montées à l'envers. On découvre donc, petit à petit, ce qui a pu conduire Marcus (V. Cassel) et Pierre (A. Dupontel) à se faire justice eux-mêmes. On voit la conséquence avant la cause.

Ce montage original est en fait imposé par l'image : après les premières séquences épouvantables (depuis la vengeance dans la boîte de nuit homo jusqu'au viol), maintenant que G. Noé a réussi à choquer le spectateur, et que celui-ci, au choix, a envie de vomir, ferme les yeux ou a quitté la salle, le film va, de séquences en séquences, à mesure de ses retours en arrière, rattraper le coup et le laver de toute cette saleté, jusqu'à une fin toute fraîche et pure.
On jugera du procédé : il est tout à fait évident que, déroulé dans le sens habituel, le film serait inregardable et laisserait le spectateur avec des images ultraviolentes que rien ne viendrait contrebalancer.
C'est comme un effet Koulechov étendu à l'ensemble du film : le but du procédé est de rendre supportables des images insupportables, les dernières séquences venant tamponner un peu l'horreur des premières. Noé cherche à noyer le spectateur puis revient en arrière. On jugera de l'honnêteté du procédé qui permet d'aller encore plus loin en terme d'images limites.

Dans un autre genre, et sur un tout autre thème, Alabama Monroe use aussi d'un artifice de montage (en alternant les séquences) pour faire pleurer tant et plus le spectateur : des séquences très tristes sont tempérées par des séquences intercalées qui respirent la joie de vivre.