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lundi 22 juin 2020

Taking Off (M. Forman, 1971)

 

Premier film américain de Milos Forman, qui rappelle un peu, mutatis mutantis, Au feu, les pompiers !, son dernier film tchèque. D’un ton satirique plus léger, Taking Off procède d’un regard sans grande concession pour l’Amérique, où Forman perçoit parfaitement les rapports de force et les incompréhensions à la fois entre les classes d’âge et entre les classes sociales, avec des parents perdus et ringards qui voient leur fille, éprise du Flower Power, leur échapper. Le film se rapproche alors – en moins violent et corrosif mais en plus amusé et caustique – du terrible Joe de David Advilsen.
On retrouve aussi, déjà présent, le carcan moralisateur conservateur-bourgeois qui structurera Vol au-dessus d’un nid de coucou, le film suivant de Forman, et que secouera comme un beau diable l’inoubliable Mc Murphy.


lundi 4 mai 2020

Au feu, les pompiers ! (Hoří, má panenko de M. Forman, 1967)




Ce dernier film tchèque de Milos Forman avant son départ pour Hollywood est une réussite : il parvient à tisser une jolie métaphore du régime communiste. Sa caméra n’épargne personne et la satire, si elle est parfois drôle, est surtout très cruelle.
A travers la fête des pompiers, il filme la petite troupe de bras cassés à l’organisation qui cumulent allègrement une improvisation désastreuse, une incompétence étonnante et une déresponsabilité totale. L’intéressement et la raideur le disputent à la panique et à la lâcheté. Tout cela mène comme il se doit à l’échec pathétique de la fête et du concours qui y était prévu. Sans le dire directement, puisqu'il ne fait que mettre en scène le bal des pompiers d'une petite ville, son regard politique est sans concession.


Dans son premier film américain Taking Off, Forman restera sur cette description à la fois acerbe et proche du peuple, avant d’aller vers les films de plus grande ampleur avec le très grand succès que l’on sait.
Mais on retrouvera dans Vol au-dessus d’un nid de coucou la même intention que dans Au feu les pompiers, avec un regard social acéré obtenu en scrutant au plus près un petit groupe d’individus enfermés.


samedi 6 mai 2017

Valmont (M. Forman, 1989)




Adaptation décevante du roman de Choderlos de Laclos. Milos Forman choisit de modifier quelque peu la fin, mais cela n’apporte pas grand-chose (il sauve surtout Mme de Tourvel). Forman semble s’être appliqué à une reconstitution précise (en tant que film de costumes reconstituant une époque, il est réussi), mais le tout souffre surtout d’une interprétation trop quelconque (il faut dire que les personnages du roman sont si forts qu’ils demandent une incarnation parfaite). Ici Colin Firth est trop jeune, trop tendre pour Valmont et Annette Bening est une Merteuil dont les sourires faux ne suffisent guère.


On préférera sans doute la version de  Stephen Frears, à l’interprétation beaucoup plus aboutie ou, plus encore, même si l’adaptation est très différente, celle de Roger Vadim.

mardi 5 mai 2015

Vol au-dessus d'un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo's Nest de M. Forman, 1975)




Très grand film de Milos Forman, qui a rencontré un immense succès critique et dont le propos est percutant. L’interprétation est un des grands points forts du film, avec évidemment Jack Nicholson qui donne un relief extraordinaire à Randle McMurphy, assoiffé de liberté et qui est engoncé dans le carcan de l’hôpital.
Un grand acteur, c'est d'abord de grands rôles : ici le jeu de Nicholson est exceptionnel, tout feu tout flamme, toujours en mouvement, avec mille expressions du visage et, toujours, un naturel confondant.



Le trait est un peu forcé s’agissant de Miss Ratched qui apparaît terriblement tyrannique et perverse. De même la charge contre les méthodes psychiatriques est très amoindrie par le fait que le film, assez curieusement, situe l’action bien avant sa date de réalisation (l'histoire se passe en 1963, quand le film date de 1975).

Mais la métaphore, déclinable à volonté, fonctionne, et cet hymne à la liberté est à la fois un grand souffle d’air et un coup de poing que l'on reçoit de plein fouet lors du dénouement.
Le film déborde évidemment le cadre de l’hôpital et on peut retrouver dans la micro-société décrite par Forman les grands axes de la société américaine et, même, un univers proche du western (il est en cela très américain) : McMurphy a tout de l’outlaw et Miss Ratched est comme un shérif autoritaire qui tient sa communauté par la force. Il y a même l’Indien, personnage pivot (au sens propre comme au figuré) qui portera, finalement, les valeurs de la liberté, reprenant cette grande thématique américaine. L'Indien qui est interné parce qu'il a choisi de se mettre en retrait de la société : il passe pour sourd-muet, ce qu'il n’est pas, la société le rejette et l'interne dans un hôpital. Le film apparaît alors comme une charge très violente contre la société.
On notera que, pour les autres internés, McMurphy apparaît comme la meilleure des thérapies, bien plus que le satrape de fer imposé par Miss Ratched, et que McMurphy permet de révéler.



On retiendra aussi cette phrase clef, qui constitue l'interrogation ultime de toute société qui n'est pas libre, de McMurphy à l’encontre de l’infirmière-tyran : « Je voudrais savoir pourquoi personne ne m'a dit que vous pouviez me garder aussi longtemps que vous le décidez ». Autrement dit McMurphy se rend compte que sa situation est pire encore qu'une prison puisque Miss Ratched peut le garder interné aussi longtemps qu'elle le souhaite : sa liberté dépend du bon vouloir de l'infirmière.
On ne peut non plus ignorer les origines thèques de Forman et on pourra voir également, au travers des sévices subis par McMurphy, une représentation de l’oppression dans le bloc de l’Est.