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lundi 20 juin 2022

Prince Vaillant (H. Hathaway, 1954)

 



Cette version à la sauce hollywoodienne du célèbre personnage de BD en garde sa fraicheur un peu naïve, son élan, sa couleur et son foisonnement. Les péripéties vont bon train, avec les passages obligés du genre qui sont passés en revue (tournois, gentes dames séduites, attaque de château fort, etc.). Le film évoque bien sûr Ivanhoé de Thorpe, où Robert Taylor, Elizabeth Taylor et George Sanders laissent la place respectivement à Robert Wagner, Janet Leigh et James Mason : la structure même du casting rapproche les deux films. La différence se situe sans doute entre Robert Taylor et Robert Wagner : Taylor est plus mature et plus solide quand Wagner est plus bondissant et juvénile.

Mais le film reste un bon divertissement bien orchestré par un Henry Hataway qui, décidément, est un génial touche-à-tout (que l’on pense à l’extrême variété de ses films, depuis Peter Ibbetson et Le Carrefour de la mort jusqu’au Jardin du Diable ou Niagara).

 


jeudi 6 mai 2021

Niagara (H. Hathaway, 1953)

 


Sans être un grand film (il n’est pas exempt de défauts, notamment dans la faiblesse du couple Cutler, assez peu intéressant et qui déséquilibre le film), Niagara est un film étonnant, qui est, en fait, un film noir filmé essentiellement en extérieur, dans un décor naturel flamboyant, riche en couleurs et, surtout, avec Marilyn Monroe en ligne de mire permanente de la caméra. Tout tourne autour d’elle, c’est elle qu’il s’agit de filmer. Autant d’éléments qui rompent avec les codes du genre qui sont, par ailleurs, dans les éléments du récit, tout à fait respectés (le mari trompé, la femme manipulatrice, une machination, des meurtres, etc.).


Au-delà de cet aspect de film de commande dédié à la gloire d’une actrice qu’il s’agit de stariser, cela crée une dissonance puisque ni l’actrice ni la façon dont elle est filmée ne sont raccord avec le personnage de film noir qu’elle est censée incarner, celui de la femme fatale et manipulatrice (dont Barbara Stanwyck, dans Assurance sur la mort ou Gloria Swanson, dans Boulevard du crépuscule, sont des exemples remarquables). Ici Marilyn rayonne, c’est une star pop caricaturale aux couleurs flashy, filmée en plein cadre, en plein soleil, au cœur du monde. Bien sûr, à cette actrice hors norme (en ce qu’elle dépasse le cinéma pour aller se ficher dans l’imaginaire collectif), Henry Hathaway ajoute le fameux décor des chutes du Niagara, jouant (un peu comme Hitchcock a pu le faire avec le Mont Rushmore ou la statue de la Liberté) à mettre en scène le décor. À ce titre, la fin, hormis quelques transparences un peu ratées, est remarquablement spectaculaire.
Il reste alors, de cet étrange mélange, des images : celle des trombes d’eau du fleuve qui se déverse, et celles de Marilyn éclaboussée par les chutes, de ses déhanchements exagérés, de ses robes moulantes aux couleurs éclatantes.



mercredi 10 avril 2019

L'Attaque de la malle-poste (Rawhide de H. Hathaway, 1951)




Western de second rang qui a cependant une part d’originalité puisqu’il confine au thriller plutôt que de dérouler les séquences classiques du genre. Il n’y a pas ici d’attaque de diligence (contrairement à ce que laisse supposer l'introduction), de duel dans le saloon ou de chevauchées épiques : le film installe au contraire un quasi huis clos dans un relais, à attendre l’arrivée de la diligence qu’il s’agit d’attaquer.
On est proche d’un film de séquestration, avec les mêmes moments de tension, les tentatives pour se libérer, les plans déjoués et l’attente du bon moment pour passer à l’action.

Si l’ensemble est bien construit, on regrette que les personnages n’aient pas davantage d’épaisseur : ils réagissent tous conformément aux prévisions, les gentils sont gentils et les salauds sont salauds ce qui enlève une bonne part de la tension, plutôt bien menée par ailleurs. Tyrone Powell campe non pas un héros (en tous les cas pas encore : « il apprend le métier ») mais davantage un homme de tous les jours qui veut sauver sa peau. C’est son personnage assez inconsistant qui pose problème, plus que son interprétation. Et l’on a des regrets : Tyrone Powell est capable de tenir des rôles beaucoup plus aboutis. Susan Hayward, de son côté, est un peu pénible, avec cette sempiternelle moue boudeuse et renfrognée. Finalement c’est surtout Jack Elam – la légendaire trogne du western – que l’on retient, avec un aspect visqueux et toxique très percutant.



samedi 2 avril 2016

Le Carrefour de la mort (Kiss Of Death de H. Hathaway, 1947)



Le Carrefour de la mort Hathaway Mature Widmark Affiche Poster

Bon film noir, non pas tant par le déroulé du scénario, qui n'est pas très original, mais grâce aux deux personnages principaux, illuminés par l'interprétation. Le premier, Nick Bianco (Victor Mature) est sans cesse sur le fil du rasoir (c'est un condamné repenti qui devient un indic auprès d'un procureur pour recouvrer sa liberté) : on ne sait s'il va tenir dans sa rédemption ou s'il va craquer et retomber dans son milieu. Le jeu de Mature lui donne un aspect de bloc vacillant et hésitant, écartelé entre sa famille en reconstruction et la loi du milieu.
Le second personnage est le tueur Udo. Il est l'une des plus belles incarnations de gangster fou du cinéma, avec une face blafarde ricanante et narquoise, des yeux ronds et un rire grêle : il est effrayant. Cette composition de Richard Widmark est légendaire. La séquence où, ne trouvant pas Rizzi, il se venge sur sa mère est terrifiante.
Hathaway joue parfaitement de la confrontation de ses deux personnages qui se tournent autour, louvoient, se rapprochent (on sent combien Udo est malsain, toxique) : il observe tout cela en cherchant au maximum le réalisme (il tourne plusieurs scènes à Sing-Sing et à New-York, sur les lieux de l'action) et, comme toujours, en gardant ses distances avec ses personnages. De sorte que l'ambivalence morale de Nick Bianco perdure longtemps. Cette indécision donne un caractère noir au film, d'autant plus que le procureur est lui-même moralement douteux : sous ses airs paternalistes on ne sait guère ce qu'il pense. Nick lui fait la remarque que ses stratégies sont tordues et immorales et ne valent pas mieux que celles des gangsters. Le procureur le reconnaît, tout en considérant que lui les applique aux mauvais et non aux bons citoyens. La fin justifie donc les moyens, sans que les limites soient éclaircies.

Richard Widmark en Tommy Udo

vendredi 18 septembre 2015

Les Trois lanciers du Bengale (The lives of a Bengal Lancer de H. Hathaway, 1935)



Les Trois lanciers de Bengale Henry Hathaway Gary Cooper Affiche Poster

Admirable film d'aventures, exotique, plaisant, parfaitement hollywoodien dans le meilleur sens du terme.
Gary Cooper est formidable, à la fois décontracté et héroïque et son ton, issu de la comédie, passe parfaitement au milieu de la rigueur des militaires et de leur sens de l'honneur.
On remarquera que le personnage du colonel Stone - officier exigeant et dont la dureté de façade cache les affects - est celui qui comprend le mieux les situations : si les autres protagonistes l'avaient écouté (et lui avaient obéi) il y aurait eu moins de dégâts, moins de morts (et moins d'aventures en somme !). Alors certes le courage et le sacrifice permettront de compenser les erreurs, mais les événements donnent raison à la dureté de l'officier supérieur. Derrière le plaisir du film d'aventures, se cache ainsi une vision de la guerre qui n'a rien d'exotique ou d'hollywoodien (vision que l'on retrouve dans les films de guerre de Walsh ou de Mann).

dimanche 11 janvier 2015

Peter Ibbetson (H. Hathaway, 1935)



Peter Ibbetson Affiche Poster

Très beau film, très romantique, qui, après une introduction très douce (de bonnes séquences avec des enfants, ce qui n'est pas si fréquent), prend une ampleur exceptionnelle dans la dernière partie, avec une dimension onirique qui emporte littéralement. On sait que le film enchantait les surréalistes, par ce mélange à la fois très romantique et fantastique, il enchante surtout par cet ailleurs qu’il propose, où, par l’image, il parvient au tréfonds des plus beaux rêves. Gary Cooper est parfait comme toujours : son jeu tout en retenue, sobre, fin, est admirable.

Gary Cooper Peter Ibbetson