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lundi 22 septembre 2025

La Fille du puisatier (M. Pagnol, 1940)

 



Très beau film de Marcel Pagnol, qui déploie son style si particulier au milieu d’un univers à peu près unique.
La sensibilité de Pagnol, son humanisme, sa facilité à porter à l’écran les sentiments, le bonheur et le malheur, tout cela donne un ton à la fois juste, charmant, plein de vie, à cette histoire longtemps triste. Dans cet univers si typique, le duo Raimu-Fernandel (qui glissent tous les deux avec grande facilité des saillies comiques dans un registre de fond très dramatique) est merveilleux. Fernandel qui est d’ailleurs très à l’aise (mais on le savait depuis Angèle) dans un registre sérieux.
Il semble bien difficile, aujourd’hui, de retrouver un cinéma empli d’une telle fraîcheur, à la fois désuet et éternel. Et Pagnol donne là une grande leçon : c’est bien lorsque l’on aspire à conter des histoire locales, ancrées dans un lieu et dans un temps, que l’on touche en réalité du doigt l’universel et l’intemporel.



samedi 19 juin 2021

Topaze (L. Gasnier, 1933) et Topaze (M. Pagnol, 1951)



 


Adapté plusieurs fois à l’écran à partir de la pièce de Marcel Pagnol, les différents Topaze sont toujours un peu décevants. Même s’ils ont des moments savoureux, la transformation du personnage de Topaze – qui constitue bien sûr le cœur du film – semble par trop improbable. D’ailleurs, les comédiens – bien que prestigieux – qui l’ont incarné ont toujours peiné à être crédibles, qu’il s’agisse du Topaze naïf du début du film ou bien du patron dur en affaires de la fin. Dans le film de Gasnier, plus on avance et plus Jouvet est à l’aise alors que dans le second film de Pagnol, plus Topaze gagne en sérieux et moins Fernandel est à l’aise. Cela montre sans doute les limites de la pièce de Pagnol.
Il reste néanmoins le charme de ces acteurs si magnifiques (la présence de Louis Jouvet est un délice constant) mais aussi celui de seconds rôles souvent savoureux (Pierre Larquey en particulier, dont le phrasé et la bonhommie font toujours merveille).



samedi 6 avril 2013

La Femme du boulanger (M. Pagnol, 1938)




Admirable film de Marcel Pagnol et il est peut-être, parmi tous ses films, celui où le cinéaste exprime le mieux cette attention qu’il porte à la fois sur les individus mais aussi sur les communautés.
Ici Pagnol centre le récit sur l’infortuné boulanger mais c’est pour lui l’occasion de scruter la communauté, de la faire vivre, se disputer et, finalement, se rassembler. Ces deux regards s’enrichissent mutuellement et donnent cette saveur pagnolesque si particulière.
Le réalisateur s’appuie sur une brochette d’acteurs remarquables et sur un Raimu exceptionnel, capable de passer, d’un instant, le temps d’une vibration, d’un frémissement ou d’un regard, du comique au tragique, de l’emportement à la douceur, de l’éclat au murmure. Le naturel du personnage incarné est éblouissant.


Autour de ce pivot extraordinaire, Pagnol peint tout un village : il joue sur les querelles du curé et de l’instituteur, sur les voisins fâchés depuis des lustres, sur les petites histoires, les grandes déclamations, les traitrises et les pardons. Et c’est un ensemble pittoresque, chatoyant et comique qui est façonné sous nos yeux. Et, bien sûr, après les railleries, c’est tout le village qui cherche la femme qu’il faut retrouver puis raccommoder à son mari.
Pagnol ne s’arrête pas à ce regard, si chaleureux soit-il, et il dissèque intelligemment les rapports entre le mari et la femme, lui qui ne la voyait que comme désirable et ignorait qu’elle put avoir des désirs. La célèbre métaphore de Pomponnette la petite chatte (qui fait suite aux nombreuses métaphores hommes/animal qui émaillent le récit) donne, paradoxalement, une humanité émouvante à la réconciliation du boulanger et de sa femme.