
Film assez fade d’André
Cayatte qui ressemble à une simple « mise en images » du roman de
Zola. Et encore l’ensemble déçoit : si l’on comprend tout à fait qu’il
faille simplifier le roman qui met en scènes tant de situations et de
personnages, ici, le problème est ailleurs. C’est qu’en les
simplifiant, il dévitalise ses personnages.
Si
l’on retrouve chez Cayatte l’oncle Baudu de Zola (et il agrège plusieurs
personnages du roman, ce qui est plutôt bien vu) son évolution est simple, c’est celle
d’un effondrement progressif. En revanche Denise, cœur battant du roman, est
donnée immédiatement pour ce qu’elle est, alors que son évolution est
considérable chez Zola. C’est là un choix scénaristique très réducteur. Et Octave Mouret, dont Zola montre combien son amour pour Denise lui tombe dessus et
balaye tout (il regarde son immense magasin flamboyant mais il le voit comme plongé
dans le noir), perd de son épaisseur dans le film : il n’hésite pas et n’est pas
réellement secoué par le refus de Denise. C’est ainsi que le film, à force
d’amincir ses personnages principaux, semble singulièrement dévitalisé.
C’est
d’autant plus dommage qu’Albert Préjean est convaincant en Mouret : il joue
très bien ce jeune entrepreneur empli d’idées, qui fonce sans cesse. Et Michel
Simon est parfait, bien entendu. Cela dsit son personnage, comme il le dit lui-même,
dit ce qu’il pense : le jeu de Simon suffit à lire le personnage. Mais,
pour les autres, il eut fallu un talent de réalisateur, pour s’approcher d’eux
et les saisir, pour se glisser à l’intérieur de leur tête et tenter de comprendre
ce qui s’y passe.

