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samedi 12 septembre 2026

Au Bonheur des Dames (A. Cayatte, 1943)

 



Film assez fade d’André Cayatte qui ressemble à une simple « mise en images » du roman de Zola. Et encore l’ensemble déçoit : si l’on comprend tout à fait qu’il faille simplifier le roman qui met en scènes tant de situations et de personnages, ici, le problème est ailleurs. C’est qu’en les simplifiant, il dévitalise ses personnages.
Si l’on retrouve chez Cayatte l’oncle Baudu de Zola (et il agrège plusieurs personnages du roman, ce qui est plutôt bien vu) son évolution est simple, c’est celle d’un effondrement progressif. En revanche Denise, cœur battant du roman, est donnée immédiatement pour ce qu’elle est, alors que son évolution est considérable chez Zola. C’est là un choix scénaristique très réducteur. Et Octave Mouret, dont Zola montre combien son amour pour Denise lui tombe dessus et balaye tout (il regarde son immense magasin flamboyant mais il le voit comme plongé dans le noir), perd de son épaisseur dans le film : il n’hésite pas et n’est pas réellement secoué par le refus de Denise. C’est ainsi que le film, à force d’amincir ses personnages principaux, semble singulièrement dévitalisé.
C’est d’autant plus dommage qu’Albert Préjean est convaincant en Mouret : il joue très bien ce jeune entrepreneur empli d’idées, qui fonce sans cesse. Et Michel Simon est parfait, bien entendu. Cela dsit son personnage, comme il le dit lui-même, dit ce qu’il pense : le jeu de Simon suffit à lire le personnage. Mais, pour les autres, il eut fallu un talent de réalisateur, pour s’approcher d’eux et les saisir, pour se glisser à l’intérieur de leur tête et tenter de comprendre ce qui s’y passe.


jeudi 2 octobre 2025

Le Miroir à deux faces (A. Cayatte, 1958)

 



Intéressant drame d’André Cayatte, qui joue très bien avec deux acteurs qu’il utilise, de façon étonnante, complètement à contre-emploi.
En effet le film s’appuie sur Bourvil qui campe un mari d’abord mesquin puis de plus en plus insupportable. Il est vrai que l’acteur sortait des Misérables où il tenait le rôle de Thénardier, néanmoins cela reste, pour Bourvil, un rôle loin des benêts naïfs et comiques qui constitueront une part importante de sa filmographie et qui feront son immense renommée. Rien de tout cela ici, dans ce rôle où il commence avec de la bassesse et des mensonges pour finir en étant tout à fait détestable.
Face à lui, Michèle Morgan est enlaidie une large partie du film et le scénario joue beaucoup de cette absence de beauté. 
Le film reprend un peu l’idée, en moins extrême, des Passagers de la nuit où Bogart reste le visage couvert de bandages la moitié du film. Ici on voit l’actrice, mais elle est méconnaissable. Ce n’est qu’en fin de film que Michèle Morgan retrouve son beau visage. Une grande partie du film tourne autour de cette transformation chirurgicale du personnage et de la réaction – emplie d’abord d’amertume et ensuite tout à fait haineuse – du mari (qui se voit pourtant avec une femme beaucoup plus jolie au bras).
Cette utilisation des acteurs est une véritable curiosité et il faut dire qu’avec des acteurs inconnus le film n’aurait pas, aujourd’hui, le même impact.


lundi 15 novembre 2021

Retour à la vie (A. Cayatte, H.- G. Clouzot, G. Lampin, J. Dréville, 1949)





En s’appuyant sur un thème classique (le retour au pays de soldats après des années d’absence), ce film à sketchs montre une unité assez remarquable, tout en parvenant à traiter des situations différentes et des tons différents. Les deux premiers sketchs (respectivement de André Cayatte et Henri-George Clouzot) sont les plus réussis : ils donnent un regard très sombre sur ce retour au pays.
Le Retour de Tante Emma
montre la violence du retour dans la famille, où bien loin de l’enfer des camps, les petits arrangements de ceux qui sont restés à l’arrière priment. Le propos se fait ici très violent.
Le Retour d’Antoine, dans la pension de famille, montre l’humanité profonde brisée et défaillante, avec cette hésitation entre la vengeance et la volonté de n’être pas comme les bourreaux. En quelques minutes des portraits puissants sont brossés, des relations de famille pleines de jalousie ou de rancœur sont dessinées, avec une profondeur et un universalisme très balzaciens.