
Premier film réussi de Thomas Cailley qui montre une énergie et un ton assez plaisants.
Pourtant le combat des combattants du titre, s’il se veut très moderne – le film montre des jeunes d'aujourd’hui face au désarroi
du monde, face à ses désordres et face aux peurs qu’il provoque –, ce combat, donc, oublie que les
jeunes adultes ont toujours été une zone de balancement des marées à l’heure
de se jeter dans la vie active, à l'heure des premières romances sérieuses ou de la pression
du monde adulte. Madeleine, d’ailleurs, par bien des aspects, représente tout à
fait cette hésitation de la fin de l’adolescence, lorsqu’il faut se jeter dans
le monde adulte. Mais l’habileté du film est dans le too much de Madeleine, dont le mutisme boudeur et renfrogné trop
exagéré devient un élément comique. L’échappée
belle, en revanche, lorsque les deux partent en mode survivalistes, ne convainc guère.
Le film doit
beaucoup à cet humour décalé qui est comme une teinte donnée au film, un
coloris savamment dosé et qui, sans en avoir l’air, change tout. Toute la
lourdeur, le trop plein de sérieux (les sentiments, le frère aîné, la vision de
cette jeune adulte un peu paumée) sont lissés par ce décalage bien trouvé par
l’humour.
C’est le
personnage de Madeleine qui est réussi, avec Adèle Haenel au jeu efficace (mais
faussement sobre) est pas si simple à jouer : à la fois souple et butée,
elle apparaît sans cesse en porte-à-faux du monde, toujours à côté, aussi bien
dans son rapport aux autres, à ses parents, aux éléments, qu’à l’armée,
évidemment, dont elle rêve mais à laquelle est bien incapable de se soumettre.
Si le film est
très dans l’air du temps, il se contente d’en extraire une situation et on lui
sait gré de ne pas en faire un discours. La fin, d’ailleurs, est
amusante : malgré leurs avatars et l’échec de leur échappée survivaliste,
le duo se retrouve avec toujours la même volonté de combattre. Un combat pur,
en soi, sans que Cailley n’édicte réellement le contre qui ni le contre quoi.
Le film renvoie
d’une certaine façon à Take Shelter
de Nichols, qui restait très sérieux et allait vers des interrogations graves questionnant jusqu’à la santé mentale du personnage. Ici Cailley aborde
le sujet par un autre bout, sincère et plus léger, entre jeunes et humour,
décalage et dérision.
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