lundi 27 avril 2026

Les Adieux à la Reine (B. Jacquot, 2012)

 



Sur un sujet pas si facile à traiter qui mélange la petite histoire et la grande (les relations entre une domestique et Marie-Antoinette alors que la Révolution gronde aux portes de Versailles), Benoît Jacquot recrée très bien cette atmosphère à la fois de fin de règne et néanmoins décalée par rapport aux événements, comme si tout était compris et subi avec un temps de retard. C’est cette ambiance précipitée – entre l’empressement de Sidonie à répondre aux attentes de la Reine et la frénésie qui naît devant les nouvelles de Paris qui inquiètent – qui est très réussie.
Et, dans ce cadre si lourd (la cour) et si dramatique (la Révolution), Jacquot fait surgir l’amour, ce sentiment qui perturbe plus encore les êtres que les drames qui s’étendent et que rien n’arrête (bientôt il va falloir fuir). Les Adieux à la Reine joue alors d’amours violentes, inavouées et mal comprises par ceux qui le ressentent, depuis Sidonie jusqu’à la Reine. Dans un jeu à trois, le film développe de petites gradations d’amour qui entraînent des sacrifices que les unes demandent sans guère se soucier de l’autre (puisqu’il est moins aimé) quand l’autre accepte, par amour justement, ledit sacrifice.


jeudi 23 avril 2026

Terminator Renaissance (Terminator Salvation de McG, 2009)

 



Exploiter Terminator jusqu’à en faire une série était bien tentant pour Hollywood. La dérive est donc actée avec ce quatrième film (deux autres ayant étaient réalisés encore après celui-ci) même si l’on navigue maintenant assez loin des bases du film d’origine : Terminator Renaissance apparaît assez quelconque et il n’est, en réalité, qu’un banal film d’action mâtiné de science-fiction.
C’est que les premiers Terminator (les deux premiers films en fait, le troisième étant à oublier) passionnaient par l’irruption dans le présent (respectivement en 1984 et en 1992) de robots tueurs venant du futur. Or, ici, le film se situe essentiellement dans le futur (en 2018) et il éteint par-là presque tout intérêt : il n’y aura pas de voyage dans le temps et si le scénario cherche à mettre Kyle Reese au cœur du film, il n’y parvient pas vraiment, puisqu’il apparaît en personnage fade largement secondaire derrière les deux têtes d’affiche.
On est donc ici dans la poursuite d’une série qui a oublié les ingrédients fondateurs et joue de surenchères (d’action, d’effets spéciaux, d’acteurs stars). On notera l’absence (hormis une apparition toute en images de synthèse) de Schwarzenegger, qui avait alors mis sa carrière d’acteur entre parenthèses, pris par ses mandats politiques.
On dira seulement, à titre de bémol positif, que le film est fidèle à la noirceur du premier film de Cameron : pas d’humour ici – pas de bons mots ou de répliques qui se veulent drôles – et une foi dans la bataille à mener entre hommes et machines. On admettra volontiers que c’est assez peu pour faire de cet épisode un cru bien intéressant.


lundi 20 avril 2026

Un ours dans le Jura (F. Dubosc, 2024)

 



Amusant film de Franck Dubosc qui fait osciller le ton entre thriller noir et comédie. Si le début est très réussi et les personnages bien tenus (Franck Dubsoc lui-même ne se ménageant guère en forestier dépassé), on regrette que le film s’échappe peu à peu vers une parodie trop poussée (le tueur à gage par trop caricatural), parodie à laquelle le film avait longtemps su échapper. Sans être sérieux, les personnages n’étaient pas loufoques pour autant. Mais, dans la dernière demi-heure, le ton dérive un peu (trop) vers le comique facile (le prêtre par exemple).
Cela dit, dans l’ensemble, Dubosc tient assez bien son équilibre et trouve un ton intéressant dans un univers de bois et de neige qui convient très bien aux films sombres et glauques.


vendredi 17 avril 2026

Gendarmes et Voleurs (Guardie e ladri de M. Monicelli et Steno, 1951)

 



Célèbre comédie de Mario Monicelli et Steno, Gendarmes et Voleurs met en scène Toto aux prises avec Aldo Frabrizi.
Grand succès italien, le film préfigure la comédie italienne. Il est vrai que toutes ces scènes au ton de comédie ont un arrière-plan social dur (en 1951 l’Italie est encore éreintée par la fin de la guerre) et le film – c’est là sa saveur provocatrice – met sur le même plan le voleur et le sergent qui le poursuit : il les rapproche jusqu’à les rendre amis.
Mais l’équilibre fameux de la comédie italienne n’est pas encore trouvé : les ingrédients sont là mais le bon mélange ne se fait pas. Même si on le pressent par moments, on est encore loin du Pigeon que Monicelli réalisera dans quelques années.


mardi 14 avril 2026

Les Petits Matins (J. Audry, 1962)

 



Film assez décevant, construit pourtant de façon assez originale puisque l’on suit les rencontres successives d’une autostoppeuse tout au long de son itinéraire de la Belgique à la Côte d’Azur.
Mais Les Petits Matins s’apparente finalement à une succession de saynètes qui ne valent guère que par le plaisir de rencontrer les acteurs qui les jouent. C’est qu’il faut dire que la distribution est le grand point fort du film et l’on prend plaisir à retrouver Lino Ventura, Bernard Blier, François Périer, Daniel Gélin, Jean-Claude Brialy, Arletty, Pierre Brasseur, Francis Blanche, Pierre Mondy ou encore Claude Rich (excusez du peu) le temps de quelques minutes de jeu.
Mais, si l’on sent que Jacqueline Audry veut faire un film moderne et enlevé, avec une fraîcheur un peu désinvolte, la sauce ne prend guère et l’ensemble est vite oubliable.


samedi 11 avril 2026

Lust, Caution (Sè, Jiè de A. Lee, 2007)

 



Beau film de Ang Lee qui construit un cocon sensuel pour ses deux amants sur fond d’espionnage. Mais la situation complexe de l’occupation de la Chine par les Japonais – avec le rôle sombre du personnage de Yee – n’est pas du tout évoquée et ce sont d’abord les regards échangés lors des parties de Mah-jong avec le lent rapprochement de Yee et Wong Chia Chi et, ensuite, leurs étreintes brûlantes (et filmées de façon très crue) qui intéressent le réalisateur.
On notera la bonne séquence où les étudiants tuent celui qui cherchent à les faire chanter. Cette séquence, qui vient jeter dans leur monde idéaliste un réalisme violent, pouvait annoncer une autre violence ou une autre manière d’espionner de la part de ces jeunes étudiants encore amateurs. Mais Ang Lee n’en fera rien : là n’est pas ce qui l’intéresse. Et la fin, si elle est inattendue, a du mal à n’être pas déceptive, tant elle vient confirmer que seule la trajectoire des amants reste, jusqu’au bout, au cœur du film.



mardi 7 avril 2026

Un moment d'égarement (C. Berri, 1977)

 



Si le film de Claude Berri déçoit un peu, il bénéficie pourtant d’une atmosphère bien posée (cette ambiance de vacances, avec la maison louée, les petits déjeuners dehors, les soirées de fête, etc.) et d’un duo d’acteurs savoureux. Jean-Pierre Marielle et Victor Lanoux s’en donnent à cœur joie, dans un duo de quadra amis qui partent en vacances avec leurs filles.
Mais, malgré le plaisir de leur opposition, le film ne va pas tout à fait au bout de son idée et s’arrête en chemin (comme l’annonce le titre). Le véritable problème est-il seulement la différence d’âge entre Pierre le quadra et Françoise l’adolescente ou bien est-ce parce qu’il s’agit de la fille de son ami, fille qu’il a vu grandir et qu’il a connu bébé ? Et le film refuse de donner la moindre chance, en fait, à ce couple éphémère : il y a là peut-être une autre question qui reste en suspens (celle de Pierre, résigné quant aux amours, éteint depuis longtemps et qui voit la flamme se rallumer). On sent bien que cet égarement terrible joue sur plusieurs registres à la fois mais ces différentes dimensions restent par trop sur un mode mineur (malgré quelques saillies bien envoyées de Lanoux).



jeudi 2 avril 2026

Papa est en voyage d'affaires (Otac na službenom putu d'E. Kusturica, 1985)

 



Beau film d’Emir Kusturica, qui brasse avec une étonnante facilité des drames familiaux et intimes. Papa est en voyage d’affaires est d’humeur réaliste, avec, au-delà de l’histoire, un grain de l’image et un éclairage particulier qui peignent une époque sans avoir cet aspect flamboyant et baroque qu’auront plusieurs des réalisations futures de Kusturica.
Le regard de Kusturica, prétextant l’histoire de cette famille, embrasse le drame de tout un peuple : le film montre combien le mensonge – depuis le cœur même de la famille (mensonge du père avec ses infidélités, de la famille pour cacher l’emprisonnement du père) – gangrène et structure la société. Société, alors, qui est prise comme dans un étau face à l’arbitraire et face à la bureaucratie sans âme.
Mais Kusturica pose ce regard dur avec une certaine légèreté. Il passe par le témoignage à demi-naïf (mais à demi seulement) d’un enfant (enfant qu’il était à l’époque des faits relatés) et il glisse avec bonheur des moments un peu burlesques ou détachés du drame ambiant.
Le film, alors, rend compte à la fois d’une certaine nostalgie de l’enfance – avec des petits moments pris sur le vif – et de la mémoire collective de la Yougoslavie.