
Ambitieuse
épopée de Brady Corbet, The Brutalist
est brillant par séquences mais, finalement, il part un peu dans tous les sens.
Si le film se veut un hymne au brutalisme, nous dit l’épilogue, il ne craint
pas de se contredire aussitôt : le monument aux caves labyrinthiques
renvoie finalement aux camps de concentrations et il y a donc bien un sens derrière cette
architecture, contrairement à ce que l’on vient de nous dire quelques minutes
auparavant.
Et la confusion règne aussi quant à la
position de Laszlo Toth dans cet univers de riches industriels : on ne sait pas clairement s'il est rejeté parce que juif ou bien parce que, sociologiquement, il
ne fait pas partie de ces parvenus qui l’entourent. Et, par-dessus ces
confusions, vient se greffer la question tardive du viol, filmé davantage comme
une volonté d’humiliation que comme l’expression d’un désir homosexuel (par
ailleurs jamais manifesté dans le film). La fresque oscille donc sur plusieurs
crêtes qui s’entremêlent. D’autant que Toth, d’abord uniquement focalisé sur
son génie architectural, est accaparé par les relations entre les Etats-Unis et
la Hongrie, avec les tracasseries pour faire venir sa femme, mélangeant ses souvenirs et les
difficultés dues promesses que ne tient pas cette nouvelle Terre d'accueil. Et lorsque Toth voit
enfin sa femme revenir se rajoutent, avec elle, d’autres problématiques (son handicap,
la drogue, etc.).
Porté par de très bons acteurs (Adrien
Brody en tête) et esthétiquement marqué (le film reste dans des teintes grises,
peu colorées, renvoyant au béton chéri par son personnage), on retiendra plutôt
plusieurs séquences, dont l’ouverture très réussie (avec l’arrivée face à la
statue de la liberté) ou l’étonnant passage à Carrare (avant le viol), avec le
marbre d’abord blanc puis bleu dans l’humeur du soir qui envahit l’image.
Le film renvoie évidemment au Rebelle, (davantage qu’à des fresques à
la manière de Paul Thomas Anderson) par son individualisme forcené avec cette vision individualiste de l’artiste qui est placée au-dessus de tout. Mais le
film de Vidor assumait son credo, quand Corbet reste confus en mêlant plusieurs
thèmes qui viennent éloigner le film d’une simple prise de position artistique
(alors que la conclusion cherche à resserrer le film sur ce thème).
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