mardi 10 mars 2026

Vivre pour vivre (C. Lelouch, 1967)

 



Réalisé dans la foulée de Un homme et une femme, Vivre pour vivre en est un héritier direct. Mais il pâtit de ce fait du grand succès du film précédent : dans cette nouvelle histoire de couple (ici un couple qui se défait), on retrouve cette étonnante particularité de Claude Lelouch qui est de parvenir à glisser dans le film, par-dessus le scénario et les personnages, sa grande prétention à se penser comme un grand réalisateur et à bien le montrer au spectateur.
Dans plusieurs séquences (et finalement assez nombreuses), on voit aux jeux de montage, aux images sans dialogues qui se succèdent ou à la musique choisie, les grosses ficelles de Lelouch, tout auréolé de son succès et qui fait des « choix artistiques stylisés ». Par exemple avec le montage alterné de gros plans sur Annie Girardot et Candice Bergen, montrant combien chacune pense au même homme en même temps. La lourdeur du trait fatigue. Ou la mise en scène appuyée des aveux de Robert, dans le train, avec les deux personnages qui ne peuvent se voir et, bientôt, que l’on n’entend plus. Ou ces rires rajoutés par-dessus la musique dans la séquence finale humiliante dans le bar. Ou encore dans ces séquences au montage rapide et sans dialogues pour évoquer le lien qui se noue, en Afrique, entre Robert et Candice. Ou les retrouvailles sur fond de neige pour avoir un écran blanc. Tous ces « gestes » du réalisateur sont lourds, appuyés et envahissants.
C’est bien dommage, tout cela rend d’autant plus difficile à supporter un scénario qui était déjà un peu bancal. Puisque si l’on comprend que Robert, après bien des tromperies, finisse par quitter Catherine, on comprend moins qu’il quitte Candice quelques mois plus tard (disons que l’ellipse est un peu facile). Et si l’on comprend que Robert, alors, cherche à retrouver Catherine, on ne voit pas vraiment pourquoi, dans un coup de théâtre très artificiel, elle revienne finalement dans la toute dernière image. Image qui vient complètement contredire l’humiliation très appuyée, on l’a dit, que vient de subir Robert. C’est là que l’on comprend que la mise en scène vient fragiliser le scénario lui-même, achevant de déstabiliser le frêle équilibre du film.
Et si Yves Montand tient bien un rôle ingrat, son personnage de séducteur s’estompe au fur et à mesure du film. Il reste néanmoins le beau sourire d’Annie Girardot qui sait parfaitement glisser, d’un instant à l’autre, vers la tristesse profonde.
On préférera, dans la même veine de ces histoires de couples, Un homme qui me plaît, qui pâtit peut-être moins des excès de Lelouch et bénéficie d’une belle complicité entre Belmondo et Girardot.



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