vendredi 30 août 2013

Le Pays de la violence (I Walk the Line de J. Frankenheimer, 1970)




Intéressant film de Frankenheimer, différent des films brillants qu’il a pu faire dans les années 60 (son style s’est maintenant très assagi) et bien plus intéressant que nombre de films qu’il fera plus tard. A partir d’un ressort classique (un sheriff entre deux âges happé par le charme d’une jeune fille qui fait partie d’une famille de trafiquants), le film distille un malaise constant.
On voit très vite et très nettement ce que le sheriff Tawes (impeccable Gregory Peck) ne voit pas : Alma, la jeune fille pimpante, est un appât destiné à le corrompre. Le film, alors, resserre peu à peu son étreinte, à mesure que Tawes s’illusionne, et il se dirige fatalement vers une issue tragique et déchirante.
Frankenheimer dresse un portrait d’une bourgade perdue, qui est comme une face cachée que l’Amérique n’aime pas voir, Amérique repliée sur elle-même, emplie de vieux, où la vie s’est arrêtée et qui s’accroche à des baraques de tôles et des distilleries clandestines. La voix mélancolique de Johnny Cash enveloppe tout cela d’une nostalgie triste et désespérée.



On notera que le titre original (I Walk the Line) est bien plus pertinent que celui proposé en français : le franchissement de ligne jaune qu’il évoque correspond tout à fait aux tiraillements de Tawes, coincé entre le poids de cette vie minable et sa tentation de tout plaquer pour partir avec Alma.

mercredi 28 août 2013

The Chaser (추격자 de H. Na, 2008)




Très bon film noir – très noir – de Na Hong-jin, qui fait un premier long métrage étonnant de maturité et de technique.
The Chaser s’appuie sur un certain réalisme descriptif, en nous faisant voyager dans des quartiers étroits et escarpés de la ville, en multipliant les détails précis qui teintent le film d’un ancrage dans le réel et en s’attachant à des personnages bien peu héroïques. Sur ce point l’anti-héros Joong-ho (très bon Kim Yoon-seok) est très réussi : il mettra bien du temps – et devra encaisser les coups et enchaîner les rencontres – avant de s’éveiller et d’oublier ses vils motifs pour de plus nobles.



En mélangeant ces ingrédients avec un style dynamique et explosif, Na Hong-jin parvient à ce style violent, noir, exubérant des polars coréens, tel qu’on le trouve chez Bong Joon-ho ou Park Chan-wook. Avec ses gerbes de sang, ses coups de marteau, ses traits ironiques, on sent d’ailleurs l’influence de Old Boy.
On regrettera le dernier quart d’heure, peut-être inutile, et le goût très prononcé de Na Hong-jin pour le sang, qu’il aime répandre sur les murs en longs giclements. On retrouvera d’ailleurs largement cette dernière tendance dans ses films suivants.



lundi 26 août 2013

Rocky (J. G. Avildsen, 1976)




L’immense succès populaire ne doit pas faire oublier le succès critique du film qui a remporté trois oscars dont deux majeurs (meilleur film et meilleur réalisateur). Il consacre Sylvester Stallone, à la fois comme acteur mais aussi comme scénariste puisque c’est lui qui a écrit le scénario et l’a porté devant les producteurs (quand bien même il ne le réalise pas, c’est son film).
Le film reprend une trame classique et suit le même fil que Marqué par la haine, avec un petit boxeur qui devient grand. L’Amérique adore ce type de réussite, touchante et humble. Humble parce que Rocky Balboa vit dans les quartiers pauvres, ne rêve pas de gloire mais simplement de retrouver une estime de lui-même (et de trouver l’amour d’Adrienne). Stallone est très bien dans ce rôle de petit boxeur un peu minable, au front bas, qui fait ce qu’il peut, tente de se dépêtrer bon an mal an de la vie triste de cette banlieue. Son rêve américain à lui n’est pas de gagner le combat, mais de tenir jusqu’au bout. D’encaisser et de rester debout coûte que coûte.



L’immense succès du film entraînera de facto une ribambelle de suites, de moins en moins humbles et de plus en plus glorieuses.
Malgré ses qualités (complètement oubliées lors des différentes suites) et s’il est sans conteste le film de boxe le plus connu, Rocky reste toutefois loin des meilleures réussites du genre (Nous avons gagné ce soir, Fat City ou encore Raging Bull).


samedi 24 août 2013

L'Homme pressé (E. Molinaro, 1977)




Film assez quelconque qui souffre de tels défauts que le spectateur qui suit, sans passion mais avec ennui, les va-et-vient au pas de course de Pierre Niox.
Choisir Alain Delon pour incarner ce personnage qui vit à cent à l’heure est déjà, en soi, une bien mauvaise idée. On sait l’acteur exceptionnel dans sa réserve, sa capacité à fixer la lumière sur lui quand il ne dit rien, à rester mutique et expressif en même temps. Ici Delon qui s’agite, court, ricane et grimpe les escaliers quatre à quatre devient un acteur tout à fait quelconque et, même, donne cette impression constamment d’en faire trop. Dès que Delon se remue un peu il en fait trop, voilà bien la limite de son jeu (il n’y a guère que dans Le Guépard que sa fougue est maîtrisée, ailleurs elle passe assez mal).
Tous les personnages, ensuite, à l’image du Pierre Niox au centre du récit, sont tout à fait caricaturaux et inintéressants. On ne sait rien d’eux, ils n’évoluent pas d’un iota au cours du film, le traversant sans que rien ne se passe.


On se demande un peu où va mener la course folle de Niox, ce que va en faire Molinaro. Une vie sans jamais se poser, à foncer sans cesse tête baissée mène à la crise cardiaque. Voilà le propos fin et hautement original d’un film qui n’a à peu près rien à dire.

vendredi 23 août 2013

Vingt mille lieues sous les mers (20,000 Leagues Under the Sea de R. Fleischer, 1954)




Bon film de Richard Fleisher, qui distille beaucoup de ce charme désuet qu’ont certains films hollywoodiens. Aujourd’hui cela transparaît avec les effets spéciaux qui sont ce qu’ils sont mais les décors sont une réussite (très beau travail que celui de l’intérieur du Nautilus) et James Mason est un très bon Nemo. On regrette peut-être que son personnage ne soit pas davantage fouillé. Mais le rythme du film est parfait, le charme opère et on retrouve à l’écran l’esprit du roman de Jules Verne.


mercredi 21 août 2013

Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (Big Trouble in Little China de J. Carpenter, 1986)




Minuscule série Z de John Carpenter, à la fois vaine et kitsch. Carpenter lorgne vers la comédie, mais ce film fourre-tout, pastiche des films d'aventure, tourné avec une dérision assumée, fatigue terriblement. Et que Carpenter ait parfaitement conscience de réaliser un nanar parodique ne change pas grand-chose à l’affaire. On notera que, pour une fois dans sa carrière, Kurt Russel semble changer légèrement de registre (en campant un anti-héros au lieu des rustauds habituels).
Carpenter, capable du meilleur (The Thing), est décidément capable du pire. On comprend qu’après un tel film les studios lui aient claqué la porte au nez.

lundi 19 août 2013

L'Opération Corned-Beef (J.- M. Poiré, 1991)




Petit film comique sans grande prétention qui se veut une parodie des films d’espionnage et dont l’intrigue, de ce fait, devient très vite tout à fait invraisemblable. Le film pâtit d’une mise en scène quelconque et du jeu de Christian Clavier qui en fait des tonnes. Pour lui le comique naît de l’excitation en tous sens et le film, qui se veut dynamique, devient rapidement épuisant.
On peut trouver un intérêt au film en y voyant un galop d’essai pour Jean-Marie Poiré et le trio d’acteurs Lemercier, Reno et Clavier avant leur grand succès des Visiteurs. Reno et Clavier font ainsi leurs armes dans le cadre du duo mal assorti, cherchant leur voie dans le sillage de prestigieux ainés, tels que Lino Ventura et Jacques Brel dans L’Emmerdeur ou, bien entendu, les excellents Gérard Depardieu et Pierre Richard.

samedi 17 août 2013

Je suis une légende (I Am Legend de F. Lawrence, 2007)




S’il est un remake du Survivant de Boris Sagal, Je Suis une légende s’écarte des idées écologiques qui y prévalaient. On voit que, les années de guerre froide laissées derrière nous, le souci nucléaire est passé au second plan et ce sont les risques microbiens qui motivent les scénaristes (depuis Alerte jusqu’à Contagion en passant par L’Armée des douze singes). Si le thème de la lutte contre le progrès est délaissé (au contraire le scientifique, plus encore que dans Le Survivant, en poursuivant ses expériences avec soin, est montré comme la seule chance pour l’humanité de s’en sortir), le film intègre en plus la mode des zombies chers à Romero (un peu comme le fera World War Z) pour tendre vers le film d’horreur.
Bien sûr le casting est celui d’un blockbuster : il faut sacrément croire aux sciences pour voir en Will Smith non pas un athlète bodybuildé mais un scientifique de renom.
Les premiers plans (repris au Survivant) sont une belle image d'un New-York déserté.


jeudi 15 août 2013

Le Gendarme de Saint-Tropez (J. Girault, 1964)




Un acteur seul, fut-il exceptionnel, ne peut s’affranchir d’un scénario convenable ou d’un réalisateur capable. Ici Louis de Funès, dont le génie comique n’est plus à démontrer, s’agite tout à fait vainement et fait des mimiques comme dans une glace : rien ne vient justifier ou surenchérir ses colères, ses airs d’hurluberlu ou ses grimaces.
On est dans la comédie pataude, lourde, qui ne vaut que pour sa star, mais où la volonté qu’a le film de la mettre en avant a tout submergé. L’intrigue est tout à la fois simpliste et fatigante et le personnage de de Funès est une caricature ambulante, puisqu’il se voit attribuer toutes les particularités auxquelles on le rattache volontiers : colérique, père couvant sa fille, tyran de ses subordonnés, mielleux avec ses supérieurs, plein de mauvaise foi, dépassé par les événements, etc.

Le Gendarme de Saint-Tropez est bien loin des meilleures réussites de l’acteur (La Grande vadrouille notamment) et seule la renommée du film (à propos de laquelle on ne cesse de s’interroger) et ses innombrables suites ont empêché qu’il ne sombre dans l’oubli.



mardi 13 août 2013

Raccrochez c'est une erreur (Sorry, Wrong Number de A. Litvak, 1948)




Intéressant film noir qui vaut surtout pour son déroulement implacable : la fin terrible est une vraie réussite.
L’idée de jouer à coups de flash-backs est classique (même si Litvak en rajoute avec plusieurs flash-backs dans le flash-back), celle de passer par d’innombrables coups de téléphone reçus par une infirme est plus originale mais tourne un peu à vide : on a bien du mal à donner une substance aux différents personnages, en particulier Henry (malgré Burt Lancaster), qu’on ne voit longtemps que sous forme d’évocation. Du coup une certaine superficialité emporte le film. Et, même si son rôle accepte qu’elle soit hystérique, Barbara Stanwyck est fatigante.
Reste la caméra mobile et fluide de Litvak (malgré une grosse propension à des gros plans faciles sur le téléphone en train de sonner) et la fin, remarquable, qui emmène le film au bout de sa noirceur.



jeudi 8 août 2013

Zardoz (J. Boorman, 1974)




Film de science-fiction qui mélange anticipation et voyages dans le temps, Zardoz est plombé par sa forme terriblement vieillie et kitsch. Il faut voir le look de Sean Connery pour le croire. Et cette forme qui part un peu dans tous les sens n’aide pas à suivre les divers messages plus ou moins éthérés et métaphysiques qui parsèment le film.



On retiendra une communauté repliée sur elle-même, dans un (prétendu) oasis de bonheur à la recherche du savoir ultime. Pour le reste on se perd dans les diverses possibilités d'interprétations qui semblent pour le moins ambitieuses.
On tentera de sauver le film en l’inscrivant parmi les films d’anticipation de la période (Silent running, L’Âge de cristal – duquel il est assez proche par bien des aspects –, Le Survivant, etc.).


mardi 6 août 2013

Un long dimanche de fiançailles (J.- P. Jeunet, 2004)




Médiocre film de Jean-Pierre Jeunet, qui tente d’adapter son style au genre du film de guerre. Mais si ses facéties habituelles (une image parfois sépia et ripolinée, des personnages burlesques dessinés à gros traits, des situations incongrues) semblent à leur place dans la comédie pure (Delicatessen) ou dans la comédie doucereuse et sucrée (Amélie Poulain), en revanche cela ne colle pas du tout avec le thème. Ici cohabitent aussi bien des scènes très dures et qui se veulent une dénonciation de la violence des tranchées avec des scènes, au contraire, au ton burlesque (le facteur qui apporte des nouvelles). Tantôt on cherche à faire rire, tantôt on fait pleurer dans les chaumières.
À mélanger ainsi les tons, le risque est grand : ou bien l’on est un pur génie et la sauce prend merveilleusement, ou bien le film devient un fourre-tout émotionnel et déséquilibré. Mais n’est pas Chaplin ou Lubitsch qui veut : ici il ne s’agit que d’un grand fourre-tout bien indigeste.

samedi 3 août 2013

Sabotage à Berlin (Desperate Journey de R. Walsh, 1942)




Très bon film de guerre de Raoul Walsh, qui propose un film de guerre plein d’actions et d’élan. Un groupe d’aviateurs anglais est envoyé bombarder une gare allemande, leur avion est abattu et les voilà coincés loin derrière les lignes ennemies. Le film, alors, vole d’actions en actions, rebondissant sans cesse, conduisant des actes de sabotages, volant des voitures, montant dans un train, se faisant arrêter et s’évadant, assommant ou tuant bon nombre d’Allemands, sans un temps mort, parce que les lois de la guerre imposent de nuire au maximum à l’ennemi. Et, toujours, porté par un Errol Flynn fidèle à lui-même, le ton est narquois, presque joyeux – alors qu’il y a bien des morts, y compris dans le groupe qui se réduit de plus en plus –, combinant une forme de plaisir fataliste qui prend les déconvenues ou les trahisons comme elles viennent, pour repartir de plus belle.
Le petit groupe d’acteurs, organisé autour d’Errol Flynn, secondé par Arthur Kennedy et Ronald Reagan, est très réussi.



De par son rythme et sa façon de rebondir d’actions en actions, on pense à Indiana Jones (en particulier le troisième opus de ses aventures, de par ses démêlés avec l’Allemagne nazie) et on s'amusera de voir que, au travers de plusieurs points communs, Sabotage à Berlin semble parfois être un terreau d’idées que l’on retrouvera dans La Grande Vadrouille (un groupe d’aviateurs anglais perdus, leur façon plaisante de prendre l’aventure ; diverses situations traitées de façon similaire).
Loin de l’éloge glorieux d’Aventures en Birmanie ou de la réflexion sur la guerre elle-même comme dans Les Nus et les Morts, le film de guerre est ici décliné en une suite d’actions ininterrompue.

jeudi 1 août 2013

Dangereusement vôtre (A View to a Kill de J. Glen, 1985)




Énième film de la série, avec un Roger Moore qui ne doute de rien, du haut de ses 58 ans (!). Cette limite d’âge porte un coup à la crédibilité du personnage, et, surtout, certaines séquences (la séquence pré-générique notamment) semblent bien ambitieuses.
Si Christopher Walken fait un méchant intéressant, il est un archétype de ces méchants qui tiennent Bond en joue et qui préfèrent finasser, laissant ainsi au héros une chance de survie.
Pour le reste, le film ne fait que recycler la même recette avec confiance (ce qui est tout à fait normal et attendu) mais aussi en tendant à la caricature avec un Roger Moore de moins en moins crédible. Mais la production fait montre d’un certain goût en nous promenant dans la splendeur de Chantilly.


lundi 29 juillet 2013

Rebecca (A. Hitchcock, 1940)




Grand chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock, Rebecca est une adaptation splendide du roman de Daphné du Maurier. C’est le premier film américain d’Hitchcock, mais il met néanmoins en scène une histoire anglaise.
Joan Fontaine est toute de fragilité et de désarroi, écrasée par la demeure noire de Menderley et Laurence Olivier, fort de son aristocratie naturelle, incarne un Maxim de Winter inoubliable.


Mrs de Winter (qui, privée de prénom, n’est pas nommée autrement) se méprend du tout au tout et ressent la présence fantomatique de Rebecca partout, et surtout, pense-t-elle, chez son mari. On retrouvera dans Vertigo la même infériorité dans l’amour où celui qui aime (ici Joan Fontaine, là James Stewart) ne saisit pas la situation, qui devient, par là même, angoissante.
L’ouverture du film dans la brume, les grandes salles sombres et inquiétantes de Menderley, son incendie qui le ravage, tout cela fait partie de la légende du cinéma.
Hitchcock trouvera une immense célébrité dans ce film, son premier à Hollywood, et il continuera d’adapter – et avec quel succès – Daphné du Maurier au cinéma.


samedi 27 juillet 2013

Barberousse (Akahige de A. Kurosawa, 1965)




Très grand film de Kurosawa, articulé autour du personnage hors-norme de Barberousse, à la fois dévoué, compassionnel mais aussi samouraï, et qui se bat (aux sens propre et figuré) pour que sa clinique survive et se développe.
Kurosawa plonge au cœur de la misère et il utilise le jeune Yasumoto, fraîchement diplômé et ambitieux, pour mener le spectateur qui sera – comme Yasumoto lui-même – amené à vivre et à ressentir ce qui se déroule dans cet hôpital pour pauvres. Et Kurosawa, habilement, enrichit son film de multiples personnages en déroulant plusieurs histoires annexes, qui donne une densité formidable au récit.
C’est davantage dans ses films intimistes que dans ses vastes fresques que Kurosawa scrute au plus près l’âme des personnages et les liens qui unissent les hommes, quand ils sont, comme ici, au bord de la misère ou de la mort. Dans Barberousse le salut est trouvé dans le dévouement à l’autre, dans le sacerdoce d’une vie consacrée à soulager la douleur d’autrui.



On notera que Kurosawa, n’acceptant pas la façon dont Toshiro Mifune joua le personnage, interrompit avec l’acteur, après ce film, sa légendaire collaboration, forte de 17 films et de nombreux chefs-d’œuvre.

vendredi 26 juillet 2013

Bellissima (L. Visconti, 1951)




Très beau film rendu inoubliable par le portrait de femme que peint Visconti. Il dispose en Anna Magnani d’une interprète exceptionnelle, virevoltante, touchante, mélange de lucidité et de crédulité, de mauvaise foi et de beaux principes, colérique et humaine. Maddalena apparaît longtemps insubmersible dans sa volonté de parvenir à faire sélectionner sa fille pour une audition, avant, toute honte bue, de se déciller brusquement et de se détourner de son rêve de cinéma.
Le regard sur la Cinecittà est cruel, dans les illusions que fait naître le studio (consciemment ou non d’ailleurs, parce qu’au profiteur Annovazzi répondent l’honnêteté et la bonne foi de Blasetti). Il montre l'impact de l'usine à rêves sur les plus humbles, les plus démunis, à la fois fascinés et horrifiés par la gigantesque machine.
Visconti exprime aussi parfaitement l’amour des italiens pour le cinéma, d’une part avec ce rêve fou de passer devant la caméra mais aussi par l’omniprésence du cinéma dans leur vie. Il rappelle ainsi que les Italiens, depuis les premières heures du cinéma sont, avec les Français et les Américains, parmi les plus grands adorateurs du septième art.
La remarque finale de Maddalena sur la belle voix de Burt Lancaster, qui résonne depuis le cinéma en plein air sur la place juste à côté, alors même qu’elle pleure ses sacrifices inutiles dans les bras de son mari, prend un relief particulier quand on sait, aujourd’hui, les films exceptionnels que tournera l’acteur sous la direction de Visconti.



mercredi 24 juillet 2013

Un chien andalou (L. Buñuel, 1929)




Très célèbre court métrage surréaliste, Un chien andalou apparaît comme un résumé très court du délire insolite, morbide, fantasmé et volontiers subversif de Buñuel tel qu’il apparaît dans d’autres films et qui est ici comme concentré en quelques minutes. Le film procède par associations d’images (plus encore que par associations d’idées). On retrouve dans le film la froideur délirante des tableaux de Dali, quand il peint ses rêves.
Opposé à toute narration, le film est ainsi une succession d’images (certaines très célèbres, comme le rasoir coupant l’œil) qui forme l’un des plus beaux manifestes du surréalisme au cinéma.


lundi 22 juillet 2013

Le Survivant (The Omega Man de B. Sagal, 1971)




Film apocalyptique assez typique des années 70, Le Survivant reprend une idée du Monde, la Chair et le Diable en s’ouvrant sur un Los Angeles abandonné et parcouru par un homme seul. La guerre nucléaire a ici laissé place à une guerre biologique et le survivant du titre n’est autre que le savant qui est parvenu à mettre au point un vaccin qu’il a testé sur lui-même et à qui il doit sa survie. L’intrigue s’enrichit de survivants monstrueux rassemblés en une secte de fanatiques.
Le film dénonce évidemment la guerre froide et sa folie de la course à l’armement mais la cause est bien mal défendue par ces fanatiques sectaires qui veulent la peau du dernier survivant (symbole à leurs yeux du progrès technique et du déchaînement bactériologique qui a eu lieu). On comprend bien vite que le seul salut de l’humanité réside dans le savant et dans son vaccin.
Malheureusement si l’intrigue, typique des films apocalyptiques (avec en plus Charlton Heston à la barre, acteur souvent utilisé dans ce type de rôle), le film a vieilli et renvoie à son époque, avec ses noirs aux coupes afro, sa musique ou son esthétique générale.
Le film aura plusieurs remake, dont le plus récent Je suis une légende de Francis Lawrence.


Dans l’histoire du cinéma américain, ces films apocalyptiques se développent alors que le western, pour de nombreuses raisons, bat de l’aile. Mais ils peuvent être compris comme une nouvelle interprétation du mythe de la frontière, cette espace de confrontation, progressivement occupé lors de la conquête de l’Ouest. Dans cette optique les films apocalyptiques reprennent cette idée puisque, l’humanité étant dévastée, le monde est de nouveau à conquérir pour les quelques survivants. De même, les films de science-fiction, en ouvrant sur l’espace et des mondes inconnus, proposent aux aussi de nouveaux espaces, où l’alien remplace l’Indien des westerns.

samedi 20 juillet 2013

Souviens toi...l'été dernier (I Know What You Did Last Summer de J. Gillepsie, 1997)




Slasher movie très conventionnel, réalisé lorsque le film d’ado est revenu à la mode, dans la foulée de Scream, et qui cherche à profiter de l’engouement créé.
Ici un mystérieux tueur au crochet poursuit et cherche à abattre, un à un, quatre jeunes gens responsables, un an auparavant, d'un accident qui a provoqué la mort d'un inconnu.
Il n'y a rien de bien original dans cette trame très classique et la mise en scène sans surprise ne réjouira que les amateurs du genre.



vendredi 19 juillet 2013

Hidden (The Hidden de J. Sholder, 1987)




Intéressant film de science-fiction, situé à mi-chemin entre The Thing, (le chien qui devient hôte de l'affreuse bébête), Men in Black (l’extra-terrestre qui prend peau humaine) ou encore Terminator (évoqué au travers de la musique ou de l’attitude invulnérable des personnages infestés). Commencé comme un film de braquage au spectacle facile, le film prend une autre tournure et parvient à intéresser, malgré quelques séquences quelconques qui sacrifient aux modes du film d’action des années 80. Il est regrettable que le film pâtisse d’acteurs aussi lisses et qui ont bien du mal à faire exister leurs personnages.
La métaphore proposée est sans doute un peu facile, puisque les humains infectés par la créature n’aspirent qu’à assouvir leurs pulsions (rouler en Ferrari, écouter sans retenue de la musique rock, obtenir tout sans délai, etc.). Mais ce principe des hôtes humains successifs (comme quoi le Mal existe et qu’il est transmissible) est une belle idée scénaristique.

mercredi 17 juillet 2013

Hellboy (G. del Toro, 2004)




Bonne adaptation du comics qui parvient à se faufiler au milieu de la myriade de films de super-héros et autres personnages aux pouvoirs extraordinaires issus de l’univers de la BD.
On sent que Guillermo del Toro, enfin, peut s’en donner à cœur joie avec son goût pour les monstres et le fantastique, pour les histoires merveilleuses mélangeant ce côté mécanique et organique, les formes étranges et les relations de paternité complexes. Il parvient alors à donner une crédibilité à son film – notamment par une distanciation amusée bien vue – et un style particulier à son film. La réussite du film est en fait sans doute pour tout ce qui est en dehors des passages obligés : dans des moments intimes, moins importants en apparence mais qui  donnent corps peu à peu aux personnages.



Le héros diabolique Hellboy va comme un gant à Ron Perlman qui dose parfaitement la distance ironique, sarcastique et presque désabusée du personnage. Sa lassitude à devoir sauver le monde produit un bel effet comique, avec sa personnalité d’ado rebelle : il n’aspire qu’à boire des bières et il est plus concerné par ses premières amours que par telle ou telle bébête qui vient envahir le monde. On regrette les séquences d’action finales, qui retombent trop dans le spectaculaire hollywoodien.


Dans Hellboy 2 : Les légions d’or maudites, del Toro reprend le même bestiaire fabuleux avec le même plaisir communicatif. Il utilise les ingrédients du premier opus dans une suite réussie dans son genre (mais peu originale, du coup, par rapport au premier film).

lundi 15 juillet 2013

L'Arme à gauche (C. Sautet, 1965)




Film très secondaire de Claude Sautet. Le propos aurait pu être intéressant mais on n’est guère passionné par cette histoire de bateau volé et piraté. Si l’intrigue démarre très bien, elle s’essouffle complètement dès lors que la prise d’otage démarre. Sautet a sans doute bien senti le coup en arrêtant les films d’action et en redirigeant sa carrière vers des drames intimes où Michel Piccoli et Yves Montant remplaceront Lino Ventura (Les Choses de la vie, César et Rosalie, Max et les ferrailleurs, etc.).
Cette seconde partie de carrière sera d’une toute autre hauteur par rapport à la première.


samedi 13 juillet 2013

L'Abominable docteur Phibes (The Abominable Dr. Phibes de R. Fuest, 1971)




Intéressant film qui est un des premiers points d’ancrage sur lequel se calqueront de nombreux films d'horreur ou de films gore. Le docteur Phibes se venge de ceux qu’il estime responsables de la mort de sa femme : il concocte donc avec patience et raffinement une vengeance calquée sur les dix plaies d’Egypte. L’un mourra de furoncles, un autre par des sauterelles, un autre sous les coups de la grêle, etc.



Le film a un certain humour, notamment de par les inspecteurs (le chef de la police est lui complètement burlesque), qui rattache le film à la grande tradition de l’humour noir anglais (on pense à Noblesse oblige, avec sa série de meurtres originaux).
Mais le film, malgré une succession de meurtres raffinés, reste bien loin de la monstration gore et outrancière que l’on croise sans cesse de nos jours. Il distille même un certain charme, avec les décors de style Art nouveau de la demeure du docteur, l’allure des personnages ou le décalage ironico-burlesque de certaines séquences.

Si L'Abominable docteur Phibes semble oublié aujourd’hui, il a pourtant beaucoup d’influence et il constitue un point de départ de nombreux films : le célèbre Seven de Fincher s’en inspire nettement (en troquant les plaies d’Egypte pour les sept péchés capitaux) et Saw en proposera une variante tout à fait gore.



mercredi 10 juillet 2013

Voyage à deux (Two for the Road de S. Donen, 1967)




Comédie de Stanley Donen dont on ressort assez déçu notamment parce qu’elle avait des atouts extraordinaires. Elle bénéficie d’un rythme amusant et original, fait d’allers-retours incessants entre différentes périodes. On se perd tout d’abord (notamment parce que le couple refait à plusieurs reprises le même voyage) puis les éléments se mettent en place et l’ambition du scénario se révèle progressivement. Le film, ensuite, bénéficie de la présence irradiante d’Audrey Hepburn, malicieuse et pétillante sur laquelle Donen s’appuie.
Malheureusement son partenaire – Albert Finney – est très en-deçà et son manque de charisme, compensé par trop de cabotinage, déséquilibre considérablement le couple. Ensuite Donen aurait sans doute dû s’en tenir à la comédie simple sans tomber dans le burlesque pataud (voiture brûlée, plusieurs séquences en accéléré). Le film, enfin, a de la peine à démarrer et s’attarde sur des séquences moins réussies (les premières vacances avec la famille Manchester). C’est bien dommage car cette approche de l’amour éreinté par le temps était une idée excellente et plusieurs séquences restent délicieuses.