lundi 27 juillet 2026

Mademoiselle la Présidente (La presidentessa de P. Germi, 1952)

 



Très théâtral et comique, Mademoiselle la Présidente tranche avec nombre des autres films plus célèbres de Pietro Germi qui sont ou bien marquées par l’empreinte néoréaliste, ou bien des fleurons de la comédie italienne.
Ici c’est une accumulation de situations vaudevillesques, de personnages farfelus, de coups de théâtre et de surenchères. Le film se veut un pur divertissement sans autre idée que celle de conduite ses personnages dans des situations toujours plus inextricables et alambiquées.
Exercice de style, donc, et unique incursion dans ce genre léger pour Pietro Germi qui reviendra très vite à des sujets beaucoup plus sérieux et qui seront traités comme tel.



lundi 20 juillet 2026

Après Mai (O. Assayas, 2012)

 



Remarquable film d’Olivier Assayas – un de ses plus aboutis sans doute – qui nous entraîne aux côtés de Gilles dont on va suivre l’itinéraire (dans lequel il y a beaucoup d’autobiographie), avec ses rencontres, en particulier Laure, qui le hante jusqu’au bout.
L’univers de cet après mai 68 est très bien senti, on n’est pas très loin de More par moment. On voit qu’Assayas ne cherche pas à recréer 1971 mais qu’il regarde cette période avec ses yeux de 2012, maintenant qu’il a une carrière établie (de critique à réalisateur) et une grande reconnaissance. Comment souvent chez Assayas, mais ici avec des entrelacements prononcés, la ville apparaît comme le lieu de la violence et la campagne comme celui de l’apaisement. L’action d’un côté, la contemplation de l’autre.
Cela dit, si Assayas capte parfaitement la confusion des jeunes adultes – avec la violence des luttes, les réunions étudiantes autour des slogans, les soirées psychédéliques, les entraides – là n’est sans doute pas le cœur du sujet. Le cœur du film est bien plutôt de parvenir à se décider et de parvenir à sortir de la confusion pour prendre une direction de vie. Assayas formule d’ailleurs la question et montre un début de réponse : c’est bien sûr loin des projets de cinéma bourgeois de son père (l’adaptation de Maigret) qu’il se trouvera. C’est en errant sur les plateaux (où des nazis affrontent des monstres en cartons), lorsqu’il finit par se promener entre les décors, passant de l’autre côté de l’écran, jouant avec cette façon de refuser le réel.
C’est ainsi que s’il capte l’énergie, il prend un recul sur celle-ci et cherche à lui donner un cadre (la pulsion de vie de jeunes adultes, la confusion des sentiments, les rencontres).



vendredi 17 juillet 2026

En même temps (G. Kervern et B. Delépine, 2022)

 



C’est peut-être l’idée première du film (coller ainsi deux personnages que tout oppose) qui nous gêne le plus dans ce film du duo Kervern et Delépine. Si l’ensemble est amusant et propose quelques séquences bien vues sur fond d'oppostion politique, le film ne peut s’empêcher de patiner un peu autour de cette situation qui ne se décante guère.
Heureusement En même temps bénéficie de la très bonne interprétation du duo Macaigne/Cohen, qui porte largement le film.



mercredi 15 juillet 2026

Drôle de frimousse (Funny Face de S. Donen, 1957)

 



Comédie musicale secondaire de Stanley Donen qui s’appuye sur un scénario bien peu passionnant pour tenter d’emmener le spectateur à Paris, en compagnie de Fred Astaire et d’Audrey Hepburn.
Mais l’artificialité du film – artificialité qui, en soit, peut ne pas gêner du tout dans une comédie musicale – plombe ici toute chose : Audrey Hepburn en employée de librairie bientôt amoureuse de Fred Astaire, la séquence dans la librairie, la virée à Paris, la fausse déception avant le happy-end, rien de tout cela ne fonctionne vraiment. Et, l'on a beau être habitués (1), l’écart d’âge entre les deux stars et, bien plus encore, l’absence de tout jeu de séduction entre les personnages (pouf, les voilà amoureux), nous fait regarder ces petits rebondissements avec la paupière un peu lourde.
Les numéros musicaux assez peu emballants sont à l’image du film qui apparaît assez quelconque dans la filmographie de Stanley Donen.




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(1) : Il faut remarquer que, bien souvent, dans des films fameux, Audrey Hepburn forme des duos avec des acteurs beaucoup plus vieux qu’elle (de Humphrey Bogart dans Sabrina à Cary Grant dans Charade en passant par Gary Cooper dans Ariane).

jeudi 9 juillet 2026

Le Grand soir (G. Kervern et B. Delépine, 2012)

 



Belle réussite du duo Kervern et Delépine qui fait ici feu de tout bois. A faire déambuler dans une zone commerciale deux frères (l’un déjà punk et l’autre qui perd pied peu à peu et le devient), ils trouvent là l’expression à la fois simple et complète de leurs sujets habituels : filmer la France périphérique – avec, ici, ses zones de parkings et de galeries commerciales sans âme – et suivre les déambulations hasardeuses de personnages en rupture, paumés et qui s’agitent vainement.
Le film bénéficie des interprétations truculentes de Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel qui forment un duo idéal : chacun, dans un registre qui lui est propre, a cette facilité à jouer de tonalités étranges, faisant surgir des dissonances soudaines ou folles. Le film doit beaucoup à ces acteurs qui portent le film et l’emmènent vers un inévitable débordement, à la fois foutraque, drôle et tout à fait triste.

mardi 7 juillet 2026

Le Fils du pendu (Moonrise de F. Borzage, 1948)





Si l’histoire racontée dans Le Fils du pendu est assez banale (et elle est racontée comme tel, sans chercher à jouer d’artifices scénaristiques faussement renversants), Franck Borzage, dont c’est l’un des derniers films, parvient à jouer de sa patte stylistique pour rehausser l’ensemble.
Esthétiquement, Borzage filme l’enfermement d’un personnage, dans les marais, dans des pièces dont la lumière sombre réduit encore l’espace, dans la fête foraine, même, où il est coincé dans la grande roue alors que son délire de persécution l’accable. Jouant de noir et blanc très contrastés et d’un expressionnisme parfois exubérant, on voit que Borzage cherche à dépasser le peu de moyens du film et le faible scénario pour exprimer cinématographiquement la persécution ressentie par Danny Hawkins et son enfermement dans un destin qui le dépasse.
C’est là un des intérêts du film, surtout en regard de Borzage, qui, s’il ne retrouvera pas avec le parlant sa virtuosité folle du muet, n’abandonnera pas pour autant cette capacité à filmer au plus près des personnages, faisant jaillir à l’image leur morale, leurs doutes et leurs failles.



samedi 4 juillet 2026

Sur les chemins noirs (D. Imbert, 2023)

 



Film assez terne de Denis Imbert, qui nous fait suivre son personnage en train de traverser la France et de se confronter aux paysages, au silence, au temps.
Mais si le personnage de Pierre Girard (bon Jean Dujardin), au fil des rencontres – rencontres avec les lieux et l’espace davantage qu’avec les gens –, se reconstruit peu à peu, le spectateur, en revanche, ne ressent guère d’émotion. C’est bien là que le film déçoit : il n’y a guère de vibrations qui viennent nous heurter, l’image ne se lève pas vers nous, elle ne s’adresse pas à nous.
De sorte que lorsque Pierre nous dit qu’il ressent, nous, spectateurs coincés dans notre fauteuil, nous ne ressentons guère. Sans doute faut-il revoir Fitzcarraldo – pour ne citer qu'un exemple – pour comprendre la différence entre une image qui nous montre un homme ému et une image qui émeut.