lundi 28 septembre 2026

Le Corset (L. Clichy, 2026)

 



Très bon film de Louis Clichy qui tourne le dos au numérique (loin de Pixar ou de Astérix) et choisit d’emplir l’écran d’aquarelles qui emportent le spectateur par leur douceur et leur charme.
A la fois drôle et touchant (comme le veulent beaucoup de films destinés aussi aux enfants), le film peint avec justesse cette famille d’agriculteurs éreintée par la dureté du quotidien. Et le réalisateur joue parfaitement avec les échappatoires de Christophe (entre orgue et natation) qui se bat comme il peut contre ce terrible corset qui l’enserre mais lui donne – peut-être – un super-pouvoir.
Et, autour de ce super-pouvoir, plusieurs séquences – lorsque tout bascule et que tout est emporté – sont magistrales et d’une beauté saisissante.


samedi 26 septembre 2026

Brewster McCloud (R. Altman, 1970)

 



Etonnant film de Robert Altman qui centre son récit sur Brewster, un jeune homme original et marginal. Si le film a une orientation policière (avec une succession de crimes), il déploie toute série de situations originales et peint une galerie de portraits, donnant peu à peu cet aspect choral que le réalisateur apprécie tant.
L’ensemble, un peu étrange, un peu touchant – avec son personnage angoissé et semi-lunaire –, construit un film assez dissonant et réussi.



lundi 21 septembre 2026

Mon crime (F. Ozon, 2023)

 



Jouant sur une situation proche d'un vaudeville aux airs de Sacha Guitry (en cherchant bien), François Ozon ne convainc guère avec Mon crime : la légèreté recherchée tient plus de la superficialité et on ne croit guère aux situations ni aux personnages, bien peu attachants. Il n’y a guère que quelques séquences ou réparties (avec Fabrice Lucchini notamment) qui sont plaisantes.
Les deux actrices principales (Nadia Tereszkewicz et Rebecca Marder) surjouent péniblement et Isabelle Huppert elle-même, une fois n’est pas coutume (mais elle est sans doute prisonnière de son personnage), est bien décevante.
Et, comme s’il fallait une incongruité anachronique fatigante, le film s’entiche de tirades féministes pénibles, dites par une jeune avocate face à un jury masculin : on peut douter de la force de conviction d’un tel discours (ici énoncé sans humour ni ironie) dans les années 30.



jeudi 17 septembre 2026

Projet dernière chance (Project Hail Mary de L. Phil, 2025)

 



Film de science-fiction bien terne et peu original, même s’il part sur une idée qui pouvait l’être (quand bien même il faut sacrément croire à la science-fiction pour suivre cette affaire de microorganisme astrophage).
Mais le traitement est beaucoup trop banal (on n’est jamais surpris) et l’on passe par tous les passages obligatoires du genre (les réunions de scientifiques dépassés, le chercheur oublié qui trouve la bonne astuce en bricolant, le sacrifice, l’alien qui s’avère gentil, etc.), le tout filmé sans aucune originalité, par une caméra distante, qui ne s’approche jamais de ses personnages, les regardant se débattre sous nos yeux en les laissant lisses et froids.
Et, il faut dire, le charisme pour le moins discutable du mutique Ryan Gosling n’aide pas. Son personnage de Ryland Grace a pourtant une part d'originalité en restant bien loin du héros que réservent habituellement les blockbusters. Il y a une dissonance (qui ne fonctionne pas vraiment mais qui tient en quelque sorte le film) entre l'énormité de ce qui est en jeu (la survie de la planète) et les hésitations d'un personnage impréparé et seul face à sa mission. Son aventure renvoie un peu au héros de Seul sur Mars, qui devait se débrouiller comme il pouvait mais qui avait une froideur toute professionelle. Ici c'est à coup de bricolages 
plus ou moins improbables entre Grace et un alien un peu étrange que la Terre sera sauvée.



mardi 15 septembre 2026

Les Amoureux sont seuls au monde (H. Decoin, 1948)

 



Très beau mélodrame d’Henri Decoin qui, l’air de rien, emmène le spectateur vers une tragédie d’une grande tristesse. La douceur de la caméra de Decoin répond aux saillies délicieuses de Jeanson. Entre autres échanges magnifiques (dont le jeu autour des amoureux qui sont seuls au monde), on retient l’exceptionnel mot « on est prié d’apporter son âme ».
Si l’histoire en elle-même (celle d’un adultère) est classique, le film est porté par un Louis Jouvet éblouissant. Le film, d’ailleurs, c’est peut-être là son défaut (mais Decoin n’y peut rien) dépend beaucoup de lui : l’acteur manque quand il n’est plus à l’écran. Son phrasé, sa manière d’être, son charisme sont exceptionnels et dominent tout à fait le film, lui donnant une profondeur et une force émotionnelle incroyable.


samedi 12 septembre 2026

Au Bonheur des Dames (A. Cayatte, 1943)

 



Film assez fade d’André Cayatte qui ressemble à une simple « mise en images » du roman de Zola. Et encore l’ensemble déçoit : si l’on comprend tout à fait qu’il faille simplifier le roman qui met en scènes tant de situations et de personnages, ici, le problème est ailleurs. C’est qu’en les simplifiant, il dévitalise ses personnages.
Si l’on retrouve chez Cayatte l’oncle Baudu de Zola (et il agrège plusieurs personnages du roman, ce qui est plutôt bien vu) son évolution est simple, c’est celle d’un effondrement progressif. En revanche Denise, cœur battant du roman, est donnée immédiatement pour ce qu’elle est, alors que son évolution est considérable chez Zola. C’est là un choix scénaristique très réducteur. Et Octave Mouret, dont Zola montre combien son amour pour Denise lui tombe dessus et balaye tout (il regarde son immense magasin flamboyant mais il le voit comme plongé dans le noir), perd de son épaisseur dans le film : il n’hésite pas et n’est pas réellement secoué par le refus de Denise. C’est ainsi que le film, à force d’amincir ses personnages principaux, semble singulièrement dévitalisé.
C’est d’autant plus dommage qu’Albert Préjean est convaincant en Mouret : il joue très bien ce jeune entrepreneur empli d’idées, qui fonce sans cesse. Et Michel Simon est parfait, bien entendu. Cela dsit son personnage, comme il le dit lui-même, dit ce qu’il pense : le jeu de Simon suffit à lire le personnage. Mais, pour les autres, il eut fallu un talent de réalisateur, pour s’approcher d’eux et les saisir, pour se glisser à l’intérieur de leur tête et tenter de comprendre ce qui s’y passe.


lundi 7 septembre 2026

Le Scorpion rouge (Red Scorpion de J. Zito, 1988)

 



Prototype de film d’action de la fin des années 80 qui n’a aucun sens et qui est dénué du moindre intérêt. Il met en avant Dolf Lundgren, une des stars testostéronées de l’époque, qui nous fait une variation sur le thème de Rambo (mais le Rambo tonitruant et hurlant de Rambo II, pas celui désespéré et inadapté du premier film).
Mais comme le héros est un soldat soviétique et qu’il ne peut donc gagner à la fin (film américain oblige), notre aimable guerrier va devoir ou bien mourir (mais ça n’est pas possible puisqu'il est le héros, film américain oblige) ou bien se retourner contre ses supérieurs qui s’avèrent très méchants. On a donc droit à la transformation de ce charmant soldat d’élite issu de l’unité ultra-élite des spetsnaz en un scorpion du désert, c’est-à-dire un combattant toujours aussi fort mais qui est éveillé et ne se laissera plus dicter sa conduite par les méchants. Hop, le voilà qui bascule du côté des villageois. Tout un programme.
Ajoutons les effets pyrotechniques d’un petit film d’action, les personnages monolithiques, idiots et prévisibles, les retournements de situation qui n’en sont pas et l’on comprend que l'on peut oublier ce film aussi tôt vu ou, mieux encore peut-être, ne pas le voir.



samedi 5 septembre 2026

Robert et Robert (C. Lelouch, 1978)

 



Film assez décevant de Claude Lelouch, qui tourne autour de son thème habituel (le couple) en faisant un pas de côté pour aller voir du côté d’une agence matrimoniale. C’est l’occasion pour lui de dresser un double portrait d’hommes et, finalement, de parler d’amitié plutôt que d’amour. Sur un ton de comédie semi-amer, le film glisse parfois vers le glauque, en dressant des portraits de ces solitaires gauches et mal dans leurs peaux. Il y a alors quelques séquences réussies, alors que l’ensemble du film a beaucoup vieilli et que le rythme se perd en chemin, après une première partie qui fonctionne bien.
Et, davantage que Jacques Villeret et Charles Denner (qui surjoue beaucoup trop), c’est Jean-Claude Brialy que l'on apprécie en faiseur de couples, bonimenteur semi-précieux à la tête de son agence. D’ailleurs quand on l’abandonne quelque peu au tiers du film pour se concentrer sur les deux Robert, le film patine et tourne à vide.
On notera une nouvelle fois que Lelouch arrive à placer sa pénible ritournelle «  cha ba da ba da » – en fin de film cette fois –, sous une forme ironique peut-être, mais enfin, il y revient encore.



mardi 1 septembre 2026

Le Casse (H. Verneuil, 1971)

 



Volontaire et empli d’action, le film déçoit surtout en oscillant entre des tons assez peu compatibles ce qui lui ôte toute substance. Il démarre sur un ton sérieux (le casse du titre a lieu et il se veut très professionnel), puis, rapidement, il bascule dans la comédie (et même dans un comique outrancier : quand les jeunes acclament la course-poursuite en voitures) puis il redevient sérieux et sincère puis repart vers le rire. Bref, rien ne va et l’on ne croit plus en rien, ni dans les situations, ni dans les personnages ni en leurs sentiments.
Et si Henri Verneuil ne parvient pas à équilibrer entre eux ces écarts de tons, il n’est pas non plus convaincant dans les moments d’action : il ne sait pas achever sa course-poursuite interminable dont le conclusion est ridicule (on sombre tout à coup dans la comédie navrante) et il rallonge les cascades et autres bagarres, comme pour en faire des marques de fabrique.
Evidemment les personnages sont beaucoup trop dissemblables pour faire partie du même film : le commissaire (Omar Sharif) est ouvertement comique quand les braqueurs (Renato Salvatori et Robert Hossein) sont on ne peut plus sérieux.
Reste, au beau milieu, l’ami Belmondo qui devient Bebel, peut-être bien, sur ce film. Il s’est épaissi, il marche pour la première fois en roulant des mécaniques, on le prend au sérieux (il a moins ce côté juvénile qu’il avait encore dans Borsalino et Les Mariés de l’an II tournés juste avant). Le voilà hâbleur, enjôleur et sûr de lui. Il annonce La Scoumoune, L’Incorrigible, ou L’Alpagueur, qui seront tournés très bientôt et qui finalement, on le sait, emmèneront l’acteur vers une seconde carrière décevante aux rôles répétitifs.