
Intéressant à plus d’un titre, Marty Supreme
bénéficie d’une très bonne première partie avant de fléchir quelque peu. Le
générique amusant et qui louvoie dans les profondeurs avant de ressortir
curieusement (avec la cellule-œuf fécondée qui devient une balle de ping-pong)
renvoie à l’ouverture du très bon Uncut Gems que Josh Safdie avait réalisé
avec son frère. Mais, passée la première demi-heure, le film change de rythme, en
même temps que la trajectoire de Marty – ce jeune adulte qui galope et qui
grandit – se perd alors qu’il s’empêtre dans les manipulations et les coups de
bluff où le conduisent ses courses folles et son absence de doutes. Le film
part alors un peu dans tous les sens, en laissant davantage une impression de
désordre que celle d’un foisonnement, comme si tout échappait un peu au
spectateur autant qu’à Marty lui-même.
La présence d’Abel Ferrara est peut-être une
piste : Marty sombre presque, comme sombrent si souvent les personnages
dans les films de Ferrara. Le sol se dérobe sous ses pieds : il coure mais
s’enfonce plus qu’il n’avance. Il s’en remet à une victoire d’honneur, victoire
qui le transporte mais qui apparaît pourtant bien loin, des prestigieuses
victoires qu’il ambitionnait dès le début du film.
Mais Marty (bien campé par un Timothée Chalamet très convaincant dans un rôle pas si simple) finit par sacrifier une éventuelle
ascension sociale pour cette victoire qui le met du côté de la morale. Le film
ne suit donc pas le schéma de grandeur et de décadence classique : ce sont
des rêves revus et corrigés où la lutte pour progresser coûte que coûte (en
trompant et en manipulant jusqu’à ses amis) sera finalement abandonnée. Ce
happy-end alternatif, s’il apaise la course folle du film, n’est qu’à
demi-convaincant, puisqu’il donne une saveur un peu trop sucrée à ce film qui
tourne un peu en rond sur lui-même par moment alors qu’il faisait preuve d’une
énergie étonnante.
Le film – en mettant en scène ce jeune Marty –, évoque
un peu Licorice Pizza, même si Gary ne mène pas une course folle comme
le fait Marty. Et, il faut bien dire, le film de Paul Thomas Anderson a un charme
bien supérieur et un rythme beaucoup plus maîtrisé et tenu.
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