lundi 2 novembre 2026

Marty Supreme (J. Safdie, 2024)

 



Intéressant à plus d’un titre, Marty Supreme bénéficie d’une très bonne première partie avant de fléchir quelque peu. Le générique amusant et qui louvoie dans les profondeurs avant de ressortir curieusement (avec la cellule-œuf fécondée qui devient une balle de ping-pong) renvoie à l’ouverture du très bon Uncut Gems que Josh Safdie avait réalisé avec son frère. Mais, passée la première demi-heure, le film change de rythme, en même temps que la trajectoire de Marty – ce jeune adulte qui galope et qui grandit – se perd alors qu’il s’empêtre dans les manipulations et les coups de bluff où le conduisent ses courses folles et son absence de doutes. Le film part alors un peu dans tous les sens, en laissant davantage une impression de désordre que celle d’un foisonnement, comme si tout échappait un peu au spectateur autant qu’à Marty lui-même.
La présence d’Abel Ferrara est peut-être une piste : Marty sombre presque, comme sombrent si souvent les personnages dans les films de Ferrara. Le sol se dérobe sous ses pieds : il coure mais s’enfonce plus qu’il n’avance. Il s’en remet à une victoire d’honneur, victoire qui le transporte mais qui apparaît pourtant bien loin, des prestigieuses victoires qu’il ambitionnait dès le début du film.
Mais Marty (bien campé par un Timothée Chalamet très convaincant dans un rôle pas si simple) finit par sacrifier une éventuelle ascension sociale pour cette victoire qui le met du côté de la morale. Le film ne suit donc pas le schéma de grandeur et de décadence classique : ce sont des rêves revus et corrigés où la lutte pour progresser coûte que coûte (en trompant et en manipulant jusqu’à ses amis) sera finalement abandonnée. Ce happy-end alternatif, s’il apaise la course folle du film, n’est qu’à demi-convaincant, puisqu’il donne une saveur un peu trop sucrée à ce film qui tourne un peu en rond sur lui-même par moment alors qu’il faisait preuve d’une énergie étonnante.
Le film – en mettant en scène ce jeune Marty –, évoque un peu Licorice Pizza, même si Gary ne mène pas une course folle comme le fait Marty. Et, il faut bien dire, le film de Paul Thomas Anderson a un charme bien supérieur et un rythme beaucoup plus maîtrisé et tenu.

 

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