samedi 12 septembre 2026

Au Bonheur des Dames (A. Cayatte, 1943)

 



Film assez fade d’André Cayatte qui ressemble à une simple « mise en images » du roman de Zola. Et encore l’ensemble déçoit : si l’on comprend tout à fait qu’il faille simplifier le roman qui met en scènes tant de situations et de personnages, ici, le problème est ailleurs. C’est qu’en les simplifiant, il dévitalise ses personnages.
Si l’on retrouve chez Cayatte l’oncle Baudu de Zola (et il agrège plusieurs personnages du roman, ce qui est plutôt bien vu) son évolution est simple, c’est celle d’un effondrement progressif. En revanche Denise, cœur battant du roman, est donnée immédiatement pour ce qu’elle est, alors que son évolution est considérable chez Zola. C’est là un choix scénaristique très réducteur. Et Octave Mouret, dont Zola montre combien son amour pour Denise lui tombe dessus et balaye tout (il regarde son immense magasin flamboyant mais il le voit comme plongé dans le noir), perd de son épaisseur dans le film : il n’hésite pas et n’est pas réellement secoué par le refus de Denise. C’est ainsi que le film, à force d’amincir ses personnages principaux, semble singulièrement dévitalisé.
C’est d’autant plus dommage qu’Albert Préjean est convaincant en Mouret : il joue très bien ce jeune entrepreneur empli d’idées, qui fonce sans cesse. Et Michel Simon est parfait, bien entendu. Cela dsit son personnage, comme il le dit lui-même, dit ce qu’il pense : le jeu de Simon suffit à lire le personnage. Mais, pour les autres, il eut fallu un talent de réalisateur, pour s’approcher d’eux et les saisir, pour se glisser à l’intérieur de leur tête et tenter de comprendre ce qui s’y passe.


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