Film remarquable et injustement oublié de John Avildsen, dont la grande notoriété (après la
déferlante de Rocky), ne mettra pas en lumière la filmographie. Le film, acerbe
et crépusculaire, n’épargne personne, ni la classe aisée, ni l’ouvrier, ni la
communauté de jeunes hippies tendance junky. On a du mal à reconnaitre, dans ce
portrait terrible de l’Amérique, le message plein d’espoir que constitue Rocky.
Avildsen
anticipe clairement les scripts façon Paul Schrader (ceux de Taxi Driver ou Hardcore) qui s’enfoncent dans les bas-fonds, regardent droit dans
les yeux les paumés et les marginaux et ne s’illusionnent pas un instant sur
l’Amérique.
Joe va
s’associer avec celui qui, typiquement, est son rival social (l’ouvrier versus
le patron) pour nettoyer la ville et assouvir son fantasme de la voir débarrassée de ceux qui, pour lui, sont des tares, depuis les junkies jusqu’aux
Noirs, en passant par les hippies.
Et le scénario a
l’intelligence de proposer une espèce d’association contre-nature entre le
riche et l’ouvrier. C’est que, après son coup de sang face au junkie, le cadre
sup se trouve à se salir les mains, réquisitionné par Joe qui le convainc de
faire, avec lui, le sale boulot, un sale boulot stupide et vain. Et Joe, en une
ironie terrible, devient le « théoricien » quand le patron – ou, tout
du moins, celui qui commande aux ouvriers – devient l’homme de main, en une
étonnante inversion du cerveau et de la main ouvrière. Cette association est
aussi un moyen pour, un instant, se faire une place au soleil en devenant
l’ami du patron et pour le recevoir chez lui avec sa femme, le temps d’un
repas.
Le film
bénéficie aussi des excellentes interprétations (dans des registres très différents) de Peter Boyle et Dennis Patrick.
Avec son affiche aux allures de tract électoral, Joe brosse un portrait de l’Amérique de Nixon sans concession, une fois de plus (puisque ces regards au vitriol
furent légion dans les années 70). Et la dernière séquence
noire et tragique est une conclusion terrible au réquisitoire de Avildsen.
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