jeudi 25 mars 2021

Turkish Délices (Turks fruit de P. Verhoeven, 1973)

 



À partir d’une trame assez simple et conventionnelle (Olga – fille de commerçants – impose à sa famille sa relation avec Eric, sculpteur bohème), Paul Verhoeven frappe fort avec un film débordant d’une effervescence pulsionnelle et sexuelle, empli de fantasmes et de délires.
Dès ce deuxième film, son cinéma naturaliste explose à l’écran : dans l’image elle-même apparaissent souvent, comme des troncs d’arbres morts qui remontent et viennent flotter en surface, la mort qui rôde, le soubassement organique parfois en putréfaction et dont on ne peut s’extraire. Le film est parsemé de tels indices : ce sont les vers qui se tortillent sous le bouquet de fleurs, les prémonitions de cancers, les vomissures, le sang, les couleurs du sculpteur, les pensées morbides d’Olga. Avec ce monde imaginaire qui affleure par moment, Verhoeven se situe dans la lignée prestigieuse (et assez rare finalement) d’un Stroheim ou d’un Buñuel, grands cinéastes naturalistes.
Verhoeven construit une narration complexe et incertaine (on ne sait, tout d’abord, si les séquences du début de film sont des rêves ou des séquences vécues), travaillant sur un flash-back, incluant des scènes oniriques, jouant d’ellipses.
Eric (Rutger Hauer, qui sera souvent utilisé par Verhoeven), dans un univers sexuel et libertaire, à la pulsion vitale débordante, multiplie les aventures avec tout ce que la bonne société hollandaise peut lui offrir. Mais, bientôt, Olga retient Eric et le couple se forme, dans l’érotisme, le trash, l’outrancier. Verhoeven dynamite la société hollandaise, dans laquelle il semble qu’il y ait bien peu à sauver.


Verhoeven, dans ses films suivants, s’il gardera bien des signes de cette profondeur obscure dans laquelle pulse le monde, ne l’exprimera plus avec cette liberté féconde qui jaillit à l’écran. Cette retenue se verra particulièrement dans ses films hollywoodiens (même les plus remarquables), forcément plus policés et admissibles. Mais ici tout n’est qu’outrance, délire, sexe, pulsion, dans une crudité à la Jérôme Bosch, qui accumule mille détails, parfois incongrus ou scabreux, mais qui donnent une touche réaliste et singulière, de toutes ces pulsions qui débordent de l’écran. Et cette crudité et ces détails donnent beaucoup plus d’humanité touchante au film que dans ses réalisations américaines.




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