mercredi 10 novembre 2021

Fury (D. Ayer, 2014)





Film de guerre assez conventionnel qui reste trop classique pour passionner réellement. L’on a ainsi droit à une énième version du jeune naïf qui débarque en plein cœur de la guerre et qui va subir une initiation brève mais violente, après laquelle il sortira à demi-endurci et à demi-hébété.
David Ayer reprend le rythme trépidant et happant de End of Watch et trouve un ton sec et brutal qui retranscrit l’engagement des soldats pris de plein fouet dans un entonnoir de violence. Mais, même si l’idée d’enfermer les soldats dans un char est très intéressante, elle ne produit pas le même effet d’enfermement que dans un sous-marin par exemple (voir l’excellent Das Boot).

On s’amusera de voir Brad Pitt jouer le sergent dur à cuire et il faut dire que la modernité des effets spéciaux rend les combats de chars plus vrais que nature (rejoignant ainsi les combats aériens de Midway par exemple), mais, pour le reste, l’on oublie assez vite ce film de guerre qui se veut un film choc, mais qui manque de souffle (on est loin de la puissance délirante de Requiem pour un massacre).



 

lundi 8 novembre 2021

Le Quatrième Homme (Kansas City Confidential de P. Karlson, 1952)





Brillant film noir qui prend immédiatement le spectateur à la gorge avec son rythme haletant, son scénario aux multiples rebondissements et ses figures du genre qui se multiplient à l’écran (le casse, les bad guys recrutés, le brave gars tabassé par les flics, etc.). Et, autour du très bon John Payne, on trouve, pour notre plus grand plaisir, les légendaires trognes de Jack Elam et Lee Van Cleef.
Phil Karlson, conservant son style sec et nerveux jusqu'au bout, ne relâche pas son étreinte et vient enfermer tout son petit monde dans un motel au bord d'un lac, resserrant son intrigue vers un dénouement aussi réussi que surprenant.




samedi 6 novembre 2021

Madeleine, zéro de conduite (Maddalena… zero in condotta de V. De Sica, 1940)

 



Amusante et légère comédie de Vittorio De Sica qui contraste avec l’image habituelle du réalisateur, souvent indissociable des drames du néoréalisme.
Ici non seulement le ton est léger, mais le scénario est une sorte de rêve (puisque Elisa, qui écrit des lettres amoureuses à une personne qui n’existe pas, voit débarquer cette personne, bien réelle, et tomber amoureuse de ces lettres enflammées). Il y a une dimension de conte de fée dans le film, qui contraste avec la terrible période de l’Italie au cœur de la guerre.

Rythmée par des quiproquos, cette comédie, certes superficielle, fait planer un ton de fraicheur sur des temps bien sombres.







jeudi 4 novembre 2021

Le Corps de mon ennemi (H. Verneuil, 1976)

 



Très quelconque film d’Henry Verneuil, qui semble ne pas trop savoir quelle route sinueuse suivre entre le film policier, la chronique de mœurs, le récit de vengeance ou la gestion d’un casting de stars. Le tout est très emprunté, prévisible, sans passion et sans profondeur. On est même surpris de la superficialité des personnages, que les multiples flashbacks ne parviennent pas à épaissir.
Dans ce mitan des années 70, Belmondo a résolument pris le virage Bebel : immédiatement ses personnages s’en ressentent et deviennent prisonniers de l’acteur qui simplifie son jeu et tend, très vite, à la caricature. Le Corps de mon ennemi, qui garde Bebel sans cesse en plein centre du cadre, ne peut guère échapper à cette caricature et à cette dégaine surannée qui a bien mal vieillie.



mardi 2 novembre 2021

Le Vandale (Come and Get It de H. Hawks, 1936)





Dans ce petit film de Howard Hawks, si la première partie est très réussie – avec notamment la remarquable séquence très spectaculaire de l’abattage des troncs qui dévalent les pentes pour se ficher dans l’eau – la seconde est beaucoup plus conventionnelle.
On est ici dans le cinéma de commande très hollywoodien, mais on retrouve des thématiques chères à Hawks, notamment la construction autour de l’amitié, avec de beaux élans nostalgiques sur le temps révolu et les moments passés. C’est cette amitié qui aidera Barney à prendre conscience qu’il se fourvoie et que ses sacrifices (abandonner celle qu’il aime pour préférer un mariage garantissant sa fortune) furent des erreurs terribles.



samedi 30 octobre 2021

Larmes de joie (Risate di gioia de M. Monicelli, 1960)





Larmes de joie, s’il est sorti au cœur de la grande période de la comédie italienne, et s'il est réalisé par celui-là même qui réalisa le premier chef d’œuvre du genre (Le Pigeon), reste assez laborieux. C’est d’ailleurs ce qui surprend le plus : malgré tous les ingrédients qu’il contient, l’alchimie ne se fait pas et le film ne s’élève jamais au-dessus de sa narration, comme si les situations emprisonnaient les personnages. Malgré Monicelli à la baguette, malgré Toto, malgré Anna Magnani et Ben Gazzara, malgré Age et Scarpelli au scénario, la sauce ne prend pas vraiment et le film peine à trouver le bon ton et le bon rythme.
Il faut peut-être, alors, comprendre les choses différemment : une somme de talents – aussi grands soient-ils – ne garantit rien. Pour que l’alchimie joue et que de l’or surgisse à l’image, il faut un quelque chose qui ne saurait se résumer à une somme de talents. Ici les ingrédients sont là mais il manque cette mystérieuse transmutation qui, comme par miracle,
envahit l’écran et montre que le tout est supérieur à la somme des parties, comme dans les plus grands films, qui ont toujours, sans doute, une part de miracle en eux.


 

jeudi 28 octobre 2021

Images de la vie (Imitation of life de J. Stahl, 1934)

 



Film originel sur lequel s’appuiera Douglas Sirk pour son extraordinaire Mirage de la vie, Images de la vie est lui aussi un film admirable et riche. Le regard sur la place des Noirs est très dure, aussi bien chez la tante Delilah (admirable Louise Beavers), éternelle domestique, que, bien sûr, chez Peola (jouée par Fredi Washington, une véritable actrice noire – ce que ne reprendra pas Sirk), qui est à fleur de peau tout au long du film. Images de la vie est ainsi l'un des premiers films à aborder la question du passing (terme désigne les Noirs qui se font passer pour Blancs pour échapper à la ségrégation). Il sera suivit, plus tard, par Pinky, L'Esclave libre ou, par le remake de Sirk).


Si le film n’a pas la vista et la richesse de son remake, Images de la vie bénéficie néanmoins de l’éblouissante Claudette Colbert, avec sa bouille pétillante, qui dynamise et irradie le film, lui donnant une coloration optimiste au milieu d’un regard bien sombre (non pas dans le regard social – la réussite financière de Beatrice n’a d’égale que sa bonté – mais dans le rapport entre les communautés).