vendredi 26 novembre 2021

Black Rain (R. Scott, 1989)





Polar urbain et rythmé, sans grand intérêt, réalisé par un Ridley Scott qui surjoue la mise en scène du flic américain rebelle et badboy (Nick Concklin, campé par Michael Douglas, qui cabotine beaucoup) perdu au Japon, pays des convenances et des mafias.
L’ambition de Scott
– qui aimerait bien plonger son personnage dans une ambiance façon Blade Runnerse heurte à une histoire sans surprise et sa volonté de mise en scène (on voit combien l’image se veut aboutie, combien est présente la volonté de créer une atmosphère et combien Scott veut travailler la figure de chevalier rebelle à travers le personnage de Nick) tombe un peu à plat : il n’y a rien de vraiment original, rien qui ne fasse dévier les personnages, lourdement définis d’emblée, de la trajectoire qui leur est assignée.
Malgré les efforts de Ridley Scott, l’argument est donc beaucoup trop mince, le déroulement du scénario beaucoup trop classique et les personnages beaucoup trop fades pour faire de Black Rain un film mémorable.



mercredi 24 novembre 2021

Les Révoltés de la Claire-Louise (Appointment in Honduras de J. Tourneur, 1953)





Concentré sur une ligne scénaristique directe et simple (un groupe de personnages hétéroclites est jeté dans la jungle), le film de Jacques Tourneur trouve pourtant une richesse et une épaisseur inattendue. Mais il faut dire qu’il s’arc-boute sur le personnage de Jim Corbett, étonnant en ce qu’il est un bloc de volonté : il a un but et rien ne l’en fera dévier, ni les dangers, ni les traitrises, ni la jungle. Tourneur ne se penche pas beaucoup plus avant sur le personnage, mais Glenn Ford réussit non seulement à le rendre crédible mais à lui donner une consistance remarquable.
Et Corbett, qui fait avancer à marche forcée le groupe à travers la forêt, permet alors aux autres personnages de se déterminer. Tout est construit autour de lui, avec lui, contre lui, il charme ou repousse, il attire, on le hait.

Cette façon de jeter des personnages dans la jungle et de les faire avancer coûte que coûte est très porteuse. Buñuel, dans La Mort en ce jardin, reprendra bientôt ce motif, en lui apportant une profondeur supplémentaire.


lundi 22 novembre 2021

Dune (D. Villeneuve, 2021)

 



Dans cet ambitieux Dune, Denis Villeneuve construit une magnifique ambiance sonore et visuelle, créant un space opera au rythme lent, volontiers contemplatif, très détaché. C’est d’ailleurs une marque de son style, en droite ligne de son Blade Runner 2049. Et, bien plus que l’histoire de Franck Herbert, c’est, semble-t-il, cette ambiance qui intéresse Villeneuve et qu’il met au cœur du film, avec une opposition très marquée entre le désert jaune et chaud, arrondi et doux, et la minéralité des constructions humaines anguleuses, cubiques, noires et froides. L’on ne peut s’empêcher de se demander, néanmoins, si ce type d’ambiance aujourd’hui très tendance vieillira bien.
Les personnages sont relégués en arrière-plan, avec un ton très détaché, venant de la distance avec laquelle Villeneuve les filme, les désincarnant presque, les abandonnant dans le cadre, sous la dureté des lignes verticales ou horizontales qui les écrasent. Les péripéties, les différents clans qui s’affrontent, l’initiation de Paul, tout cela semble relégué au second plan. On est loin des actions à rebondissements de Star Wars et l’on ne s’en plaindra pas. L’on retrouve, en fait, avec le kitch en moins et l’ampleur en plus, un peu de l’humeur du Dune de Lynch, qui, au milieu de ses défauts, avait déjà cette volonté de raffinement et d’introspection.

 

vendredi 19 novembre 2021

Les Chevaliers de la Table ronde (Knights of the Round Table de R. Thorpe, 1953)

 



Hollywood s’attaque à la légende arthurienne avec de grands moyens : on pouvait craindre le pire, on a le meilleur. Le meilleur de ce que peut produire Hollywood, c’est-à-dire des stars charismatiques (Robert Taylor et Ava Gardner), un technicolor clinquant, des batailles rangées, de la romance, des méchants aux allures de méchants, une volonté de souffle épique, de beaux et nobles sentiments. Richard Thorpe a le coup de poignet pour que la sauce prenne et le spectacle est au rendez-vous. Les transparences et autres décors s’équilibrent avec les paysages, le kitsch des chevaliers qui déambulent en armures est comme dissout par la décontraction de Robert Taylor lors de son duel avec Mel Ferrer. Et puis il y a Excalibur, Merlin, Perceval, la Table ronde, de beaux serments et de preux chevaliers.
Et le film, en une ultime pirouette, se fait l’économie d’un happy-end, avec la mort de Arthur et Guenièvre qui se retire dans un couvent et, si l’avenir reste sauf pour l’Angleterre, le spectateur se voit privé d’un ultime baiser d’adieu entre le couple star.

 



mercredi 17 novembre 2021

Planète rouge (Red Planet de A. Hoffman, 2000)

 



On ne retient à peu près rien de ce film de série Z, où tout déçoit, où rien ne surprend, si ce n’est, par moment, le ridicule de telle ou telle scène. Les acteurs sont ternes (à leur décharge les personnages ont bien peu d’intérêt) et le scénario navrant. Mars est pourtant un grand thème de science-fiction (littéraire aussi bien que cinématographique) et l’on se désole de le voir si mal traité.

 

lundi 15 novembre 2021

Retour à la vie (A. Cayatte, H.- G. Clouzot, G. Lampin, J. Dréville, 1949)





En s’appuyant sur un thème classique (le retour au pays de soldats après des années d’absence), ce film à sketchs montre une unité assez remarquable, tout en parvenant à traiter des situations différentes et des tons différents. Les deux premiers sketchs (respectivement de André Cayatte et Henri-George Clouzot) sont les plus réussis : ils donnent un regard très sombre sur ce retour au pays.
Le Retour de Tante Emma
montre la violence du retour dans la famille, où bien loin de l’enfer des camps, les petits arrangements de ceux qui sont restés à l’arrière priment. Le propos se fait ici très violent.
Le Retour d’Antoine, dans la pension de famille, montre l’humanité profonde brisée et défaillante, avec cette hésitation entre la vengeance et la volonté de n’être pas comme les bourreaux. En quelques minutes des portraits puissants sont brossés, des relations de famille pleines de jalousie ou de rancœur sont dessinées, avec une profondeur et un universalisme très balzaciens.


 

vendredi 12 novembre 2021

L'Héritière (The Heiress de W. Wyler, 1949)





Dans ce grand film classique, William Wyler parvient très bien à construire son intrigue et, bien plus, à épaissir son personnage principal, Catherine Sloper qui subit pendant longtemps – à l’instar du spectateur – les contraintes sociales puissantes qui la conduisent à être écartelée entre son père et son attrait pour Morris Townsend.
Le casting du film est une très grande réussite puisque derrière une Olivia de Havilland parfaite (son jeu accompagne l’évolution du personnage qui change considérablement au cours du film), il associe Ralph Richardson dans le rôle du père (qui lui donne une image dure et que l’on pense longtemps trop sévère) et Montgomery Clift, encore jeune mais déjà consacré à Hollywood : celui-ci, avec son jeu si fin, maintient parfaitement l’incertitude du spectateur, qui le croit sincère, et ne cesse d’en douter malgré les évènements. Aujourd’hui, maintenant qu’il est un acteur tout à fait légendaire, ce choix de Montgomery Clift renforce considérablement cette incertitude et les soupçons qui pèsent sur son personnage
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