samedi 15 juin 2024

Starship Troopers (P. Verhoeven, 1997)

 



Sous ses dehors de film de guerre kitsch et outrancier (l’esthétique du film évoque la S-F des années 60 et Paul Verhoeven montre à foison des corps éclatés et déchiquetés), Starship Troopers suit son idée et parvient à traverser les différents échelons militaires, depuis les soldats sacrifiés de l’infanterie jusqu’aux manipulateurs tout en haut de l’échelle, en passant par les officiers pilotes.
Le film peut se voir comme une diatribe virile et guerrière et, dans ce sens, il annonce, avec une préscience étonnante, la seconde guerre d’Irak et la traque de Ben Laden dans les grottes afghanes. L’idée des ennemis qui sucent le cerveau est une métaphore très riche et très bien vue.
Mais le discours à l’encontre du complexe militaro-politique américain est très violent et l’on a du mal à comprendre les accusations portées contre Verhoeven (le film serait va-t-en-guerre) : les tortures infligées au Cerveau en fin de film (avec la belle idée du reportage télévisé censuré) parlent d’elles-mêmes, de même que l’accoutrement de Carl – devenu une des têtes pensantes du système et n’hésitant pas à sacrifier des soldats en masse – qui, avec sa cape de cuir noire, renvoie à l’image des pires dirigeants nazis.



mercredi 12 juin 2024

Le Silencieux (C. Pinoteau, 1973)

 



Intéressant film d’espionnage de Claude Pinoteau, même si le rythme est assez décousu et que l’ensemble est très austère et taiseux. Mais cette chasse à l’homme (qui met un peu de temps à se déclencher) prend forme et emmène le spectateur de Londres à Paris.
Il faut reconnaître néanmoins que le film repose beaucoup sur Lino Ventura, alors en pleine gloire (l’acteur tourne à cette époque plusieurs films par an, jusqu’à cinq pour cette seule année 1973).

 



lundi 10 juin 2024

Donnie Darko (R. Kelly, 2001)

 



Très intéressant film de Richard Kelly, où s'installe très progressivement une ambiance qui intrigue dans un premier temps puis se déploie à mesure que le scénario joue avec les incertitudes et les ellipses. Le film, alors, devient à la fois sensible, étrange et monstrueux, oscillant sans cesse entre teen movie et science-fiction.
La construction du film est remarquable jusqu’au bout, avec la révélation finale (on ne comprend que très tard l’origine de ce lapin monstrueux qui hante Donnie) et la clef du décompte qui scande le film.
Jake Gyllenhaal, révélé par le film, joue un Donnie tout en intériorité, comme il sait parfaitement le faire.
Le film offre de multiples lectures, depuis l’explication rationnelle (on voit le vortex entre les univers qui se développe au-dessus de la maison) jusqu’aux interprétations irrationnelles (le film se développant autour de la schizophrénie de Donnie) ou même métaphoriques : le film n’est peut-être qu’un portrait d’un mal-être adolescent. Le déplacement de l’intrigue dans un passé récent (elle se situe en 1988, en pleine campagne présidentielle de Bush père) a des connotations autobiographiques et Kelly laisse habilement en suspens l’interprétation, donnant assez d’éléments pour que chacun puisse ressentir le film comme il l’entend et réfléchir à loisir au rire final de Donnie.

 



jeudi 6 juin 2024

La Race des Seigneurs (P. Granier-Deferre, 1974)

 



Film politique sans grande originalité même si le sujet classique des renoncements qu’impose la politique est abordé avec un pas de côté. En effet c'est souvent l’intégrité qui est mise à rude épreuve pour gagner politiquement, mais ici Julien Dandieu doit choisir entre sa maîtresse et sa carrière. Cela dit on a quand même beaucoup de mal à croire en cette histoire d’amour entre le député dynamique et plein d’avenir (campé par Delon qui plus est) et la poupée guère attachante dont il est éperdument amoureux. Il faut dire que le scénario autant que l’interprète (Sydne Rome est très fade) n’aident pas à nous convaincre.
Le dénouement final, révélant une sincérité à laquelle on ne croyait guère, peut néanmoins surprendre.



mardi 4 juin 2024

Rencontres du troisième type (Close Encounters of the Third Kind de S. Spielberg, 1977)





Important film de Steven Spielberg, dont beaucoup d’images reviendront dans les films de science-fiction des décennies suivantes (à commencer par ceux de Spielberg lui-même, dont le E.T. est un des descendants les plus directs).
Avec du recul, on est malgré tout surpris par le grand succès du film : Spielberg est bien loin de faire un film facile et destiné au plus grand nombre. Certes il n’y a pas d’austérité, mais on est loin du grand spectacle (ce que la science-fiction promet souvent) ou du film calibré pour réussir et empli de bons sentiments (comme le sera E.T.). Une grande partie du film est centrée sur l’obsession de Roy (très bon Richard Dreyfuss) : Roy qui rumine, cogite, s’aliène. Les fameuses séquences où il voit sans cesse le piton rocheux qui l’obsède sans parvenir à le définir (dans la mousse à raser, la purée, etc.), jusqu’à en construire une maquette géante au milieu du salon, sont mémorables.
Si quelques séquences sont magistrales (notamment le moment de la rencontre de Roy avec les vaisseaux spatiaux) et si le talent et la manière de faire de Spielberg éclatent à chaque instant, on regrette la fin décidément trop sucrée (et il est bien regrettable que l’on voie tant les extra-terrestres).

 



samedi 1 juin 2024

Yannick (Q. Dupieux, 2023)

 



S’appuyant sur l'étonnant Raphaël Quenard, Quentin Dupieux, comme souvent, fait glisser avec aisance son film du normal vers l’improbable. Hélas, comme souvent, là aussi, il manque un ressort au film, comme une idée supplémentaire pour l’emmener un peu plus loin. Après l’idée de départ qui fait office de détonateur (un spectateur qui interrompt la représentation théâtrale), le scénario patine. Comme si Dupieux, excellent quand il s’agit de faire dérailler les choses, ne savait jamais trop où les emmener, une fois sorties de la route habituelle. Il emprunte des ornières surprenantes mais qui ne mènent nulle part.
On notera d’ailleurs que le film est très court (à peine plus d’une heure), ce qui semble illustrer cet essoufflement que l’on ressent trop souvent dans ses nombreux films.



vendredi 31 mai 2024

Deux frères (J.- J. Annaud, 2004)





Au-delà de la prouesse technique et de la direction d’acteurs (c’est-à-dire, ici, du dressage !), le film reste très superficiel et, en fait, il reste assez naïf. Suivre ainsi deux tigreaux séparés qui finiront par se retrouver et se reconnaitre confinait le propos, de toute évidence, à une certaine puérilité.
Mais le film met en avant deux grands points forts de Jean-Jacques Annaud, à savoir le souci de reconstitution d’une époque et d’un lieu – ici l’Inde coloniale des années 20 – et la perfection technique de l’image. Les images, alors, sont magnifiques et prenantes et impressionnent, par leur simple beauté visuelle. Mais, sans doute, elles peinent à faire dépasser cette simple beauté et à emporter réellement. Sans doute conscient du propos assez simple qu’entraine la présence de deux animaux comme personnages principaux, Annaud renonce à toute histoire un tant soit peu complexe et il s’en remet à cette évocation splendide et à la beauté de la jungle pour émouvoir le spectateur.
Cependant Annaud montre ses limites comme créateur d’images, en particulier lorsque les deux tigres, adultes, se retrouvent dans l’arène pour se battre et qu’ils se reconnaissent. Exprimer ce moment par un ralenti, des gros plans sur les regards des tigres et des flash-backs qui nous les remontre petits jouant dans la jungle (on entre alors dans la tête des tigres qui se souviennent ?), cela est beaucoup trop gentillet et sucré (on dirait du mauvais Spielberg).



mercredi 29 mai 2024

The Beekeeper (D. Ayer, 2024)

 



Hollywood continue d’encaisser les dividendes de sa star Jason Statham en la faisant tourner une nouvelle fois dans un rôle taillé sur mesure. Sans aucune prise de risque, le film déroule la recette qui marche : le scénario est d’une simplicité radicale (après une injustice, un redresseur de torts règle leurs comptes aux méchants) et la réalisation suit tranquillement les codes du genre.
Hollywood se mue alors, comme il sait si bien le faire, en une quelconque chaîne de fast-food : conscient de ce que veut le public, il lui donne, avec une évidente banalité, ce qu’il vient chercher.