

Très grand film (1) de G.W. Pabst, dont la maîtrise et l’humeur
très sombre envahissent chaque plan. La rigueur absolue de la construction se
manifeste à chaque instant, avec des plans nets et très travaillés, avec des mouvements
de caméra précis et envoûtants, avec des jeux de changements d’angles de vue
perturbants, avec des contrastes tout en clairs-obscurs.
La noirceur du film s’exprime aussi bien dans cette mise en
scène très formelle que dans l’histoire elle-même, qui nous fait naviguer de la
pègre aux loqueteux, en passant par des policiers corrompus ou des prostituées.
Aucune onde positive ne traverse l’écran : il n’y a ici que des renvois
aliénants d’un monde obscur, noir, qui est comme une face cachée du monde apparaissant
au cœur du plan. Les décors emplis d’ombre, d’entrepôts, de caves ou de
cellules aux barreaux lourds façonnent une atmosphère où même un repas de
mariage devient une farce grotesque, avec cet étalage d’objets volés et de
victuailles. Et l’on pense à Stroheim devant cette bande de voleurs
patibulaires qui s’esclaffent.
Truman
Capote, plutôt qu’un contre-champ, est un
complément au fameux Cold Blood de Richard
Brooks, puisque l’on suit le fameux journaliste-écrivain dans son enquête au
Kansas. Mais si le film de Brooks est passionnant, ici, en revanche, l’ensemble
est assez mou et convenu.
Philip Seymour Hoffman fait une belle composition dans le
rôle titre mais, en revanche, le personnage de Smith, au cœur de l’intrigue et dont
la relation avec Capote est troublante, reste très fade. On se souvient du
magnifique Robert Blake qui, dans le film de Brooks, construisait un personnage
introverti et complexe, ici Clifton Collins est beaucoup trop insignifiant.
Surfant sur la mode des biopics, ce Truman Capote est bien
peu marquant et bien trop fade pour rester en mémoire.
Magnifique film de Raymond Bernard qui jette ses personnages
dans l’enfer des tranchées. Sans trop jouer sur le pathos (on ne sait que peu
de choses des soldats que l’on suit, le réalisateur ne cherchant pas à nous
identifier plus avant à l’un ou l’autre), le film joue sur le réalisme des
combats et des tensions. À une séquence d’attente terrible (les soldats qui
doivent attendre à leur poste alors que les allemands creusent une galerie de
mine) succèdent les incroyables séquences de combat, violentes et très longues.
Immersives et happantes, leur longueur signifie en elle-même la folie qu’elles
engendrent, la disparition des repères, la déconnection du soldat, pris dans le
déferlement incessant des explosions. Et les copains qui meurent, ici, là, un
autre blessé, un autre fauché, tout cela ne s’arrête jamais.
Sans autre récit que ce gigantesque entonnoir dans lequel
tous s’embourbent, Raymond Bernard ne raconte pas la prise d’une colline ou un
fait de guerre, il laisse sa caméra errer sur le no man’s land, comme les
blessés hagards qui s’y recroquevillent.
Si les films de guerre abordent régulièrement ce regard sur
les combats – un regard qui consiste d’abord à perturber le spectateur et à l’emmener
au front, avant même de raconter une histoire (par exemple Requiem pour un massacre de Klimov) – Les Croix de bois fait figure de précurseur.
Immoral à souhait, porté avec un plaisir souverain par Raimu,
Ces messieurs de la santé s’amuse
avec le spectateur en lui faisant prendre du plaisir aux côté d’un bel escroc,
auquel on n’aimerait guère se frotter. C’est
là un des jeux du cinéma que, parfois – et peut-être trop rarement –, il
s’ingénie à provoquer chez le spectateur une identification pour un personnage
que l’on n’aimerait pas croiser tous les jours. Mais voir Raimu partir d’en
bas, jouer le faux humble et le faux benêt pour mieux tromper son monde,
bidouiller à tout va en tirant toujours plus de ficelles est tout à fait truculent.
Bien sûr le trait est acide contre la société, emplie d’arrivistes, d’avares et
de prétentieux vides et crispés.
On retrouvera le même angle de vue dans Avec le sourire, aux côtés de Maurice Chevalier, qui donnera lui
aussi la part belle à l’escroc, à l’habile, au génie des affaires et des
arnaques, qui tricote et détricote à loisir en abusant de la confiance du
monde. Ce souffle à la fois frais et satirique rafraichit considérablement,
surtout à l’heure où le cinéma français se perd dans un premier degré pénible,
une lourdeur sans pareil et, pire que tout, un moralisme prétentieux et
hautain. On le savait mais, à l’aune de la fadeur bien pensante d’aujourd’hui,
on mesure combien la truculence de Raimu manque au cinéma…

Revisite du Wicker Man
de Hardy, Midsommar, hormis quelques aplats
de couleurs dans les paysages ouverts de Suède, apporte peu. On comprend très
vite où le film veut en venir, avec l’horreur qui finit par s’étendre sur les
protagonistes.
Le spectateur risque de trouver bien long à la détente la bande d’amis qui se fait
piéger et, quand celle-ci comprend ce qui se trame, il
est trop tard. Mais il y a là sans doute un problème de narration puisque le
spectateur est bien mieux informé que les personnages du film et, du coup, la
tension baisse considérablement (sans compter que les amis piégés semblent
bien naïfs) : on se demande juste à quelle sauce ils seront mangés, sans
que l’on doute qu’ils y passent tous les uns après les autres, selon l’habitude
classique et morne des films d’horreur. Ari Aster aurait pu se souvenir que, dans The Wicker Man, Robin Hardy, plus habilement, nous faisait découvrir
les tenants et aboutissants en même temps que l’enquêteur, ce qui lui permettait de
nous manipuler à souhait et de créer une tension croissante.
Godzilla vs Kong n'est qu'un lamentable produit industriel. Il ne propose qu'une bouillie d’images accrochées à un scénario qui tente d’utiliser le prestige
cinématographique des deux monstres Godzilla et King Kong, comme cela a déjà été
fait par le passé, dans King Kong contre
Godzilla en 1962, quand Honda surfait sur le succès foudroyant de sa
bestiole après le film fondateur de 1954.
On décroche très vite devant la bêtise du scénario et devant un déluge d’action qui n’a aucun
sens. Voilà un énième blockbuster boursouflé et crétin : l’exploitation ad nauseam des filons fait décidément
bien du tort au cinéma.