jeudi 16 septembre 2021

Pauline à la plage (E. Rohmer, 1983)

 



Fidèle à son style, Rohmer promène sa caméra à travers les vacances d’été de quelques personnages, suivant leurs élucubrations, leurs rencontres, leur légèreté ou leur gravité, leurs joies et leurs déceptions. Mais, on sent bien que, derrière la petite histoire, Rohmer a une idée derrière la tête et qu’il cherche à filmer les corps, à saisir la lumière de l’été, à jouer d’une palette de couleur précise.
C’est donc plus la sensation de l’air chaud de l’été, l’éclat du soleil, les sons de bicyclettes en roue libre, la petite brise qui passe sur la peau nue que veut filmer Rohmer. Bien sûr les acteurs peuvent être horripilants – surtout par leur premier degré –, les personnages restent très creux et l’histoire un peu naïve raconte peu de choses, mais on a compris que l’essentiel est ailleurs.
Cela dit on peut ou bien trouver le film vain, ennuyeux et futile ou bien être réceptif à toutes ces sensations que Rohmer veut glisser à l’écran. Mais on peut aussi trouver que ces sensations, même lorsqu’elles sont captées et exprimées, n’enrichissent pas vraiment le film et que celui-ci a décidément bien du mal à être plus qu’une historiette de vacances racontée avec un mélange de désinvolture et de prétention.

 

mardi 14 septembre 2021

L'Opéra de quat'sous (Die Dreigroschenoper de G. W. Pabst, 1931)

 

Très grand film (1) de G.W. Pabst, dont la maîtrise et l’humeur très sombre envahissent chaque plan. La rigueur absolue de la construction se manifeste à chaque instant, avec des plans nets et très travaillés, avec des mouvements de caméra précis et envoûtants, avec des jeux de changements d’angles de vue perturbants, avec des contrastes tout en clairs-obscurs.
La noirceur du film s’exprime aussi bien dans cette mise en scène très formelle que dans l’histoire elle-même, qui nous fait naviguer de la pègre aux loqueteux, en passant par des policiers corrompus ou des prostituées. Aucune onde positive ne traverse l’écran : il n’y a ici que des renvois aliénants d’un monde obscur, noir, qui est comme une face cachée du monde apparaissant au cœur du plan. Les décors emplis d’ombre, d’entrepôts, de caves ou de cellules aux barreaux lourds façonnent une atmosphère où même un repas de mariage devient une farce grotesque, avec cet étalage d’objets volés et de victuailles. Et l’on pense à Stroheim devant cette bande de voleurs patibulaires qui s’esclaffent.

La morale, évidemment, est lapidaire : la pègre, l’autorité la plus corrompue et le capitalisme le plus sauvage sauront s’allier pour profiter des pauvres et les écraser.
Et, bien entendu, enveloppant tout cet attirail étrange et sombre d’une humeur triste, les chansons que Pabst essaime ici et là – à la fois comme des apartés et comme une sorte de commentaire off – achèvent de donner une noirceur terrible au film, tant le cinéma ne nous a pas habitués à des musicals sombres et cyniques
.



________________________________

(1) : Nous parlons ici de la version allemande, sachant que le film a été tourné simultanément dans une version française, moins happante et à l'humeur un peu différente.


lundi 13 septembre 2021

J'accuse (A. Gance, 1938)

 



Après une très bonne première partie en pleine guerre des tranchées, le film glisse vers un pacifisme qui devient de plus en plus fiévreux à mesure que l’intrigue avance. Jean Diaz, le personnage qui concentre sur lui tout le fol espoir d’Abel Gance, frise la folie et s’adresse aux morts pour la bonne cause. Et, ce faisant, le film devient de plus en plus irréel. Mais ce ton fantastique est assumé par Gance qui fini par réveiller les morts qui viennent se rappeler à la mémoire de ceux qui les ont oubliés.
Il faut bien dire que l’espoir d’une paix durable (si ce n’est éternelle) est quelque peu ridicule avec le recul de l’Histoire et la fin, à ce titre, ne tient pas debout. J’accuse rejoint, par son thème, celui de La Fin du monde réalisé quelques années plus tôt – avec cette même adresse universelle à l’Homme – et c’est ici Victor Francen qui est le relais de Gance (qui jouait directement un personnage lui aussi habité et presque fou dans La Fin du monde).

Il faut également noter que l’intrigue amoureuse en tiroir (avec l’amour de la mère qui se dédouble ensuite au travers de la fille) est assez mal intégrée à ce manifeste contre la guerre.
Il reste, cela dit te même si Gance s'est beaucoup calmé en terme de créativité folle depuis ses films muets des années 20, quelques images étranges et fulgurantes qui traversent le film.


samedi 11 septembre 2021

Truman Capote (B. Miller, 2005)



 

Truman Capote, plutôt qu’un contre-champ, est un complément au fameux Cold Blood de Richard Brooks, puisque l’on suit le fameux journaliste-écrivain dans son enquête au Kansas. Mais si le film de Brooks est passionnant, ici, en revanche, l’ensemble est assez mou et convenu.
Philip Seymour Hoffman fait une belle composition dans le rôle titre mais, en revanche, le personnage de Smith, au cœur de l’intrigue et dont la relation avec Capote est troublante, reste très fade. On se souvient du magnifique Robert Blake qui, dans le film de Brooks, construisait un personnage introverti et complexe, ici Clifton Collins est beaucoup trop insignifiant.
Surfant sur la mode des biopics, ce Truman Capote est bien peu marquant et bien trop fade pour rester en mémoire.



jeudi 9 septembre 2021

Les Croix de bois (R. Bernard, 1932)

 

Magnifique film de Raymond Bernard qui jette ses personnages dans l’enfer des tranchées. Sans trop jouer sur le pathos (on ne sait que peu de choses des soldats que l’on suit, le réalisateur ne cherchant pas à nous identifier plus avant à l’un ou l’autre), le film joue sur le réalisme des combats et des tensions. À une séquence d’attente terrible (les soldats qui doivent attendre à leur poste alors que les allemands creusent une galerie de mine) succèdent les incroyables séquences de combat, violentes et très longues. Immersives et happantes, leur longueur signifie en elle-même la folie qu’elles engendrent, la disparition des repères, la déconnection du soldat, pris dans le déferlement incessant des explosions. Et les copains qui meurent, ici, là, un autre blessé, un autre fauché, tout cela ne s’arrête jamais.
Sans autre récit que ce gigantesque entonnoir dans lequel tous s’embourbent, Raymond Bernard ne raconte pas la prise d’une colline ou un fait de guerre, il laisse sa caméra errer sur le no man’s land, comme les blessés hagards qui s’y recroquevillent.
Si les films de guerre abordent régulièrement ce regard sur les combats – un regard qui consiste d’abord à perturber le spectateur et à l’emmener au front, avant même de raconter une histoire (par exemple Requiem pour un massacre de Klimov) – Les Croix de bois fait figure de précurseur.



mardi 7 septembre 2021

Ces messieurs de la santé (P. Colombier, 1934)

 

Immoral à souhait, porté avec un plaisir souverain par Raimu, Ces messieurs de la santé s’amuse avec le spectateur en lui faisant prendre du plaisir aux côté d’un bel escroc, auquel on n’aimerait guère se frotter. C’est là un des jeux du cinéma que, parfois – et peut-être trop rarement –, il s’ingénie à provoquer chez le spectateur une identification pour un personnage que l’on n’aimerait pas croiser tous les jours. Mais voir Raimu partir d’en bas, jouer le faux humble et le faux benêt pour mieux tromper son monde, bidouiller à tout va en tirant toujours plus de ficelles est tout à fait truculent. Bien sûr le trait est acide contre la société, emplie d’arrivistes, d’avares et de prétentieux vides et crispés.
On retrouvera le même angle de vue dans Avec le sourire, aux côtés de Maurice Chevalier, qui donnera lui aussi la part belle à l’escroc, à l’habile, au génie des affaires et des arnaques, qui tricote et détricote à loisir en abusant de la confiance du monde. Ce souffle à la fois frais et satirique rafraichit considérablement, surtout à l’heure où le cinéma français se perd dans un premier degré pénible, une lourdeur sans pareil et, pire que tout, un moralisme prétentieux et hautain. On le savait mais, à l’aune de la fadeur bien pensante d’aujourd’hui, on mesure combien la truculence de Raimu manque au cinéma…

 

lundi 30 août 2021

Le Témoin à abattre (La Polizia incrimina la legge assolve de E. G. Castellari, 1973)

 



Bon polar italien, très typique des années 70 où, à la noirceur du scénario, répond la mise en scène très rythmée et assez stylisée de Enzo G. Castellari, qui prend le spectateur et ne le lâche plus.
Parfaite expression cinématographique des années de plomb, le film est très violent, sans concession et porte un regard très dur sur les guerres de la drogue et sur l’état de la société italienne. On retiendra aussi de ce Témoin à abattre Franco Néro, alors en pleine gloire et qui passe sans cesse du polar au western.

samedi 28 août 2021

J'étais une aventurière (R. Bernard, 1938)





Magnifique joyau du cinéma français, J’étais une aventurière est de ces comédies légères, délicieuses, et avec ce goût de préciosité que le genre a perdu depuis longtemps. Bien sûr on pense à Lubitsch : on a là une version française (en moins parfaite bien sûr, mais tout de même) de Trouble in Paradise. Avec Edwige Feuillère au cœur de l’intrigue, le film déploie raffinement et élégance, avec toujours ce second degré pétillant, autour de ces escrocs mondains qui mènent leur petite affaire au milieu des grands hôtels et autres casinos.
Et l’on ne peut retenir un soupir de triste nostalgie en voyant ce que fut le cinéma français et en constatant ce qu’il est aujourd’hui…

 



lundi 23 août 2021

Amour (M. Haneke, 2012)

 



Michael Haneke, le chantre de la culpabilisation du spectateur par la violence, semble surprendre en scrutant les derniers moments d’un vieux couple. Mais, s’il délaisse ses habituelles images de violence, il garde toujours le même principe, en guidant violemment et émotionnellement, sans guère laisser de choix au spectateur. Tout, ici, est symbolique – depuis la vieillesse jusqu’à l’arrivée de la mort –, rien n’échappe à l’étau du réalisateur. C’est bien là une marque de sa manière de faire, bien fatigante à dire vrai.
Mais, au-delà du dévouement de George pour Anne, c’est l’enfermement progressif qui est bien rendu, avec seulement les rêves pour s’extraire de ce monde qui se recroqueville petit à petit (mais où même les cauchemars, bientôt, continuent de confiner George).

L’âge des acteurs, de même que leur notoriété, sans doute, est un élément clé du film. Trintignant est devenu un vieillard et Emmanuelle Riva, que l’on avait longtemps perdue de vue et n’avait bien souvent que des petits rôles, réapparaît soudain, en vieillard elle aussi, après tant d’années.


 

vendredi 20 août 2021

Midsommar (A. Aster, 2019)



Revisite du Wicker Man de Hardy, Midsommar, hormis quelques aplats de couleurs dans les paysages ouverts de Suède, apporte peu. On comprend très vite où le film veut en venir, avec l’horreur qui finit par s’étendre sur les protagonistes.
Le spectateur risque de trouver bien long à la détente la bande d’amis qui se fait piéger et, quand celle-ci comprend ce qui se trame, il est trop tard. Mais il y a là sans doute un problème de narration puisque le spectateur est bien mieux informé que les personnages du film et, du coup, la tension baisse considérablement (sans compter que les amis piégés semblent bien naïfs) : on se demande juste à quelle sauce ils seront mangés, sans que l’on doute qu’ils y passent tous les uns après les autres, selon l’habitude classique et morne des films d’horreur. Ari Aster aurait pu se souvenir que, dans The Wicker Man, Robin Hardy, plus habilement, nous faisait découvrir les tenants et aboutissants en même temps que l’enquêteur, ce qui lui permettait de nous manipuler à souhait et de créer une tension croissante.


mercredi 18 août 2021

Godzilla vs Kong (A. Wingard, 2021)

 

Godzilla vs Kong n'est qu'un lamentable produit industriel. Il ne propose qu'une bouillie d’images accrochées à un scénario qui tente d’utiliser le prestige cinématographique des deux monstres Godzilla et King Kong, comme cela a déjà été fait par le passé, dans King Kong contre Godzilla en 1962, quand Honda surfait sur le succès foudroyant de sa bestiole après le film fondateur de 1954.
On décroche très vite devant la bêtise du scénario et devant un déluge d’action qui n’a aucun sens. Voilà un énième blockbuster boursouflé et crétin : l’exploitation ad nauseam des filons fait décidément bien du tort au cinéma.