lundi 10 mai 2021

Avec le sourire (M. Tourneur, 1936)

 

Le film de Maurice Tourneur raconte avec facilité et élan le parcours d’un cynique à l’apparence affable et généreuse mais en réalité audacieux et redoutable : si Victor Larnois semble perpétuellement de bonne humeur et conciliant, il n’hésite pas à passer en douce, à trahir, à filouter et à rendre les coups. Sa sociabilité fait le reste et il s’immisce parfaitement dans le petit marigot que constitue le monde du spectacle dans lequel il s’infiltre jusqu’à parvenir aux plus hautes responsabilités.
Le rôle va comme un gant à Maurice Chevalier, qui oscille entre crédibilité et caricature, entre grandiloquence et distance ironique. Bien sûr la critique sociale est sévère : dans ce monde sans pitié, l’apparence est primordiale, c’est-à-dire la superficialité, l’absence de profondeur et de substance.

On retrouve une image opposée au personnage de Larnois dans Bienvenue, mister Chance où un vrai doux gentil (et non un cynique narquois), joué magistralement par Peter Sellers, progresse lui aussi à pas de géant mais malgré lui, du fait de la médiocrité et de l’intéressement de ceux qui l’entourent.
On a alors deux versions corrosives de la société qui sont évidemment deux revers d’une même pièce : le théâtre social est peuplé d’arrivistes sans scrupules qui sont autant de crabes entremêlés qui se pincent entre eux. Mister Chance, sur une autre planète, est insensible aux blessures et Victor Larnois, sous ses dehors inoffensifs, n’en pince que plus sournoisement et violemment les autres pour se frayer un chemin…

 

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