mardi 7 décembre 2021

Oblivion (J. Kosinski, 2013)





Petit film de science-fiction, qui manque d’ampleur et de style mais dont le scénario a un petit quelque chose d’intéressant avec un renversement inattendu en cours de film. Mais Oblivion pâtit d’une réalisation mollassonne et conventionnelle qui l’affadit et le fait se perdre dans le tout-venant des films de SF.
Joseph Kosinski a bien une volonté de travailler sur l’image et d’opposer deux mondes : celui, qui se veut futuriste, gris, minéral et froid, empli de verre et de technologie ; et celui de la Nature, jaune et sableux ou vert et ondoyant. L’image de la cabane en bord de rivière vient d’ailleurs titiller l’inconscient à la Thoreau cher aux Américains (même si la référence multiple au football américain ou au base-ball vient un peu contredire cette vie dans les bois). Le film joue alors sur une nostalgie qui, en elle-même, est intéressante : le paradis perdu est en réalité le monde actuel (idée que l’on a déjà vu, et avec une tout autre puissance, dans Soleil vert). Mais, hormis cette volonté de jouer sur deux mondes opposés (l’ancien et l’actuel, qui sont, en réalité, l’actuel et le futur), il y a bien peu de surprises et l’on suit les découvertes progressives de Jack sans grande passion. Et le film s’abime même volontiers dans le mièvre avec des scènes sirupeuses surprenantes pour le genre et une fin, en forme d’épilogue, ridicule et affligeante.
Cependant on s’amusera à retrouver des motifs croisés dans d’autres films : La Planète des singes, avec les monuments en ruines ou à demi-enfouis, Star Wars au détour d’une scène de poursuite ou de combat, 2001 avec le combat de l’homme contre la machine, Terminator avec ces humains résistants pourchassés et décimés par des drones, et même, au détour d’un souvenir romantique, Elle et Lui (« au plus près du paradis »). Mais évoquer Elle et Lui dans un film de SF donne une idée du malheureux mélange de genres auquel succombe Oblivion.

 


lundi 6 décembre 2021

Magic (R. Attenborough, 1978)

 



Intéressant film très intimiste de Richard Attenborough qui s’intercale entre des grosses productions (Un pont trop loin et Gandhi). Centré sur un personnage et opérant un resserrement de plus en plus fort autour de lui, le scénario commandait un acteur remarquable : Anthony Hopkins joue parfaitement ce ventriloque qui perd pied peu à peu.
La sècheresse austère de la mise en scène convient très bien au sujet et laisse la part belle aux personnages, avec, au cœur du film, ce duo terrible et maléfique : Corky développe cette relation terrible avec sa marionnette qui devient peu à peu un personnage envahissant – comme un ça freudien, mais organisé et méthodique – et qui le phagocyte progressivement.


vendredi 3 décembre 2021

Le Déserteur (L. Moguy, 1939)

 



Le Déserteur utilise à merveille cette particularité assez rare d'un film qui se déroule en temps réel, sur une heure et demie. Et voilà bien un étrange film de guerre, puisque si la guerre sert à la fois l’argument (un soldat longtemps absent parvient à s’échapper un temps pour passer dans son village et revoir ses parents et sa fiancée) et provoque la tension (il risque d’être considéré déserteur), le film s’en détache pourtant. En effet le film se resserre autour de Paul (remarquable Jean-Pierre Aumont) et Marie, dans une histoire d’amour classique, avec l’influence de la belle-mère ou du patron jaloux. Dès lors on oublie volontiers, une bonne partie du temps, la guerre, les combats, l'ennemi.



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(1) : Le titre du film a été modifié par la censure, Le Déserteur étant mal vu et pessimiste en ces temps de guerre (et d'ailleurs, stricto sensu, Paul ne déserte pas). Il a été renommé Je t'attendrai, qui donne une connotation très romantique bien peu satisfaisante.

 


mercredi 1 décembre 2021

The Manxman (A. Hitchcock, 1929)

 



Dernier film muet d’Hitchcock, dont la réalisation est de plus en plus solide (solide à défaut d’être très attrayante : le film souffre d’un manque de recul, surtout avec le personnage de Philip, constamment affligé et bien terne). Le parlant n’est vraiment pas loin : par moment on peut lire sur les lèvres des acteurs, et, notamment, lorsque Kate annonce qu’elle attend un bébé, le film ne propose pas d’intertitre.
Hitchcock, comme il sait si bien le faire, ponctue son film d’habiles jeux de caméra ou de montage, comme lorsque Kate tente de se suicider : en une correspondance magistrale, les bulles d’air remontant à la surface de l’eau noire du port se confondent avec l’encrier, vu en très gros plan, de Philip, qui y trempe sa plume avant de devoir juger de ce suicide.

 

lundi 29 novembre 2021

Mourir peut attendre (No Time to Die de C. J. Fukunaga, 2021)

 



Sous bien des aspects, cet ultime opus mettant en scène James Bond se veut aussi une forme de point final et il faut dire que l’on est presque soulagé, en fin de film, d’en avoir fini. C’est qu’avec Daniel Craig, James Bond est passé du feuilleton à la série : ses cinq films s’articulent en autant d’épisodes qui se suivent impeccablement, donnant un passé et un futur au personnage. Rien de tout cela, bien entendu, dans le Bond originel, qui virevoltait d’une aventure à l’autre.
Voilà donc James Bond, amoureux et en couple, qui sort de sa retraite, contraint et forcé. Mais la lassitude du personnage (et de l’acteur) fait peine à voir et les 2h40 de film semblent bien longues : Bond doit, à nouveau, affronter un grand méchant (pourtant bien fade) et doit, encore, se coltiner tous ses sbires qui lui tombent dessus. On est loin de l’espion badin et enthousiaste, ici tout lui pèse.
Daniel Craig a pris un coup de vieux, son personnage n’en peut plus et le spectateur non plus. Il faut dire aussi que notre espion a largement sombré dans la normalité, alors qu'il est en couple avec Léa Seydoux, qui est tout à fait quelconque (ce qui est bien dommage pour une James Bond girl). Mais la mode en matière de femmes semble être à ce type de physique ordinaire, éloigné de tout mannequinat traditionnel, comme le montre la présence tout sauf élégante de Lashana Lynch en 007 concurrente.
L’on suit alors toutes ces molles péripéties avec un certain ennui puisqu’il n’y a plus guère d’énergie, de peps, de séduction, d’envie ou d’ironie, toute cette saveur qui constituait le sel de James Bond. Et la fin résonne comme un glas : James Bond voit les missiles foncer sur lui alors qu'il serre contre lui le doudou de sa fille…



vendredi 26 novembre 2021

Black Rain (R. Scott, 1989)





Polar urbain et rythmé, sans grand intérêt, réalisé par un Ridley Scott qui surjoue la mise en scène du flic américain rebelle et badboy (Nick Concklin, campé par Michael Douglas, qui cabotine beaucoup) perdu au Japon, pays des convenances et des mafias.
L’ambition de Scott
– qui aimerait bien plonger son personnage dans une ambiance façon Blade Runnerse heurte à une histoire sans surprise et sa volonté de mise en scène (on voit combien l’image se veut aboutie, combien est présente la volonté de créer une atmosphère et combien Scott veut travailler la figure de chevalier rebelle à travers le personnage de Nick) tombe un peu à plat : il n’y a rien de vraiment original, rien qui ne fasse dévier les personnages, lourdement définis d’emblée, de la trajectoire qui leur est assignée.
Malgré les efforts de Ridley Scott, l’argument est donc beaucoup trop mince, le déroulement du scénario beaucoup trop classique et les personnages beaucoup trop fades pour faire de Black Rain un film mémorable.