samedi 27 août 2022

Whisky à gogo ! (Whisky Galore! de A. Mackendrick, 1949)

 



Avec Whisky à gogo !, Alexander Mackendrick réalise un film loin de ses meilleures réussites (notamment le délicieux Tueurs de dames). Le pitch est amusant mais le rythme n’y est pas et le jeu du chat et de la souris entre les villageois et la police devient trop convenu et pas assez enlevé. Dès lors, malgré quelques bons moments, on n’est guère emporté par ce film bien peu marquant.

 


jeudi 25 août 2022

Le Hussard sur le toit (J.- P. Rappeneau, 1995)

 



Après le triomphe de Cyrano, Jean-Paul Rappeneau adapte Giono et plonge à nouveau dans le film d’époque en costumes. Las, bien loin de la verve de Cyrano, malgré son application, malgré sa volonté de réalisme (les séquences dans les villages, dans les centres de quarantaines), il manque au Hussard sur le toit un souffle épique, quelque chose qui sorte de l’écran et emporte le spectateur.
Malgré de bonnes séquences et quelques bons jeux visuels (la très belle ellipse finale qui démarre sur le gros plan du regard d’Angelo lorsqu’il voit accourir le mari de Pauline), tout cela manque de saveur. La faute à une réalisation qui manque de force et, surtout, à des acteurs trop quelconques, depuis Olivier Martinez peu convaincant (il dit ses tirades parfois comme au théâtre) jusqu’à Juliette Binoche tout à fait insipide, en passant par Jean Yanne qui est étonnamment mauvais dans ce film. Sa composition contraste même violemment avec celle, très bonne pour le coup, de Pierre Arditi (mais qui n’est présent que dans un petit rôle) : les deux personnages ne peuvent, en fait faire partie du même film, ou disons que leur cohabitation, dans un même film, montre que quelque chose cloche, que le ton n’y est pas.

On notera aussi le court passage – amusant et génial – de l’ami Depardieu, qui n’est même pas crédité au générique.

 


lundi 22 août 2022

La Cité des enfants perdus (J.- P. Jeunet et M. Caro, 1995)

 



Jouant à fond d’une ambiance steampunk qui envahit chaque surface de l’image, Jean-Pierre Jeunet cherche à immerger le spectateur dans son univers mais, en fait, il finit par le noyer, tant son maniérisme fatigue.
C’est qu’il n’est pas un angle de vue reposant, pas un personnage conventionnel, pas une couleur classique : son style forcé règne à chaque image. Mais tout cela est exagéré et ce n’est pas l’originalité, l’imaginaire ou l’incongru que l’on retient mais une lassitude saoulante. L’histoire, qui n’est pas ce qui passionne le plus le réalisateur, ne convainc guère non plus et le film, finalement, est décevant et vite oublié.

 

vendredi 19 août 2022

L'Armée des ombres (J.- P. Melville, 1969)

 



Très grand film de Jean-Pierre Melville, L'Armée des ombres est une magnifique ode à la Résistance.
Interrompant son œuvre sur le polar, Melville a, très opportunément, mis de côté son expérimentation le conduisant vers une abstraction toujours plus poussée (avec l’aboutissement du
Samouraï) pour ne garder que les éléments les plus caractéristiques de son style, avec son rythme lent, son découpage calme, ses intérieurs sombres, ses personnages taiseux, ses amitiés viriles qui savent rester silencieuses. On comprend que ce style serve parfaitement un film sur l’humilité sombre de la Résistance, de même qu’il servait déjà, sur un thème proche, le propos du Silence de la mer.
Le charisme puissant et tout en retenue de Lino Ventura convient parfaitement au personnage et domine un casting remarquable où chacun joue juste (même Paul Meurisse, souvent tenté par le cabotinage, reste sobre).

Peut-être plus que tout autre film sur la résistance, L’Armée des ombres montre combien celle-ci est faite d’une chaîne de tout petits maillons, essentiel chacun à sa mesure, même loin de tout héroïsme ou d’action d’éclat. Chaîne tragique puisque chacun des maillons – qui est toujours un homme (ou une femme) seul, empli de failles, d'hésitations et de doutes – risque de tomber à chaque instant, quand la chaîne, miraculeusement, continue de tenir.

 

mardi 16 août 2022

Steack (Q. Dupieux, 2007)


 



Dans ce qui est son second long-métrage, Quentin Dupieux – qui n’exprime pas encore sa volonté de passer à l’absurde jusqu’à éclater la narration – joue surtout à mettre en scène le duo de comiques (faiblard) Eric et Ramzy. Il y a quelques bonnes scènes mais rien de très fringant et l'ensemble est loufoque et manque de finesse, même si l’on se gardera de donner une signification à tout cela. C'est d'ailleurs un des défauts récurrents de Dupieux : son film tourne un peu à vide et ne mène nulle part.
Dupieux épingle l’Amérique, les codes des bandes de jeunes, le culte de l’apparence, le monde ancien et le monde moderne, si l’on veut. Ce côté foutraque lui va bien même s’il pâtit de la présence des deux comiques qui sont de piètres acteurs et qui manquent aussi cruellement de puissance comique. C’est ce qui est curieux dans leur célébrité : aucune vis comique, aucune épaisseur de jeu – on est très loin d’un Benoît Poelvoorde par exemple ou même d'un François Damiens.


 

vendredi 12 août 2022

Le Comte de Monte-Cristo (R. Vernay, 1943)

 



Intéressante adaptation du fabuleux roman de Dumas (autant Les Misérables a été adapté plusieurs fois, autant le roman de Dumas se fait rare sur les écrans). Le film est découpé en deux parties ce qui est bien un minimum pour rendre compte un peu de l’enchevêtrement de l’intrigue de Dumas.
Le film est assez foisonnant (moins, bien entendu, que le roman !) mais les interprètes (qui sont toujours ce que l’on guette quand il s’agit d’interpréter des personnages qui ont envahi la culture populaire) sont inégaux. Pierre Richard-Wilm campe un Dantès/Monte-Cristo convaincant – même s’il est meilleur en Monte-Cristo –, Alexandre Rignault est un très bon Caderousse, Marcel Herrand un Bertuccio parfait tandis qu’Henri Bosco déçoit en Morcef et que Michèle Alfa est quelconque en Mercedes.


On retiendra deux graves fautes scénaristiques qui viennent ternir l’ensemble : la première est la disparition pure et simple de Danglars (ce qui est quand même une sacrée lacune !) et, corollaire de cette première faute, une seconde, plus grave encore : Dantès, finalement n’épargne personne (puisque c’est à Danglars qu’il pardonne finalement dans le roman). Dès lors c'est la signification même de cette histoire de vengeance qui est modifiée, puisqu’il ne reste que le glaive de la justice porté par Dantès, et non pas le pardon.



mercredi 10 août 2022

Passeport pour l'enfer (Boat People de A. Hui, 1982)

 



Féroce dénonciation du régime vietnamien, Boat People renonce au spectaculaire et nous fait découvrir, en même temps que le photographe japonais, les faux-semblants, les villages Potemkine et, bientôt, l’envers du décor de la société vietnamienne prise dans le satrape communiste.
À rebours de tant de films « engagés » qui dénoncent à gros traits et font feu de tout bois (on pense à Salvador par exemple), Boat People est un bel exemple de film humble, fin, sensible, et, en même temps, très fort. La fin, des plus tragiques, est très réussie et achève de donner une coloration terrible au regard du spectateur.

 


lundi 8 août 2022

Dans les griffes du vampire (Curse of the Undead de E. Dein, 1959)

 



Improbable film qui propose un mélange des genres surprenant – un western où rôde un vampire –, Dans les griffes du vampire, pourtant, ne convainc guère. Il faut dire que si le tueur porte-flingue est un vampire, c’est bien là la seule originalité d’un scénario pour le reste très conventionnel (et qui ne peut éviter de tordre un peu certaines conventions du genre puisque son cowboy vampire se déplace en plein jour).
Dès lors, on oublie vite ce western fantastique malgré le parti-pris de départ, original mais bien peu fécond.



vendredi 5 août 2022

Lumière dans la nuit (Romanze in Moll de H. Käutner, 1943)

 



Très beau film de Helmut Käutner qui, sur une trame classique mais traitée avec une rare élégance, enchante autant qu’il berce et séduit autant qu’il attriste.
Romanze in Moll (1) – qui s’appuie sur une nouvelle de Maupassant – déploie un classique triangle amoureux qu’il étend bientôt à un jeu à quatre inextricable, jouant adroitement de flash-backs, passant de scènes très dramatiques (l’ouverture du film) à d’autres légères (l’élégante séduction de Michael, tout en décontraction et en raffinement). Mais, en même temps, l'histoire est imprégnée de bout en bout d'un ton mélancolique, du fait du choix de l'ouverture (le film démarre par un suicide) mais aussi par son traitement visuel éblouissant, tout en nuances et en lumières, tantôt tamisées et tantôt étincelantes, à la préciosité douce.
On retrouve l’humeur et le style de Romanze in Moll dans les plus grands chefs-d’œuvre d’Ophuls aussi bien dans l’image volontiers cristalline et diaphane que dans le drame qui se noue de façon inexorable (ici comme dans Madame de… c’est un duel qui clôt le film), mais aussi, par exemple, dans le beau Elvira Madigan de Bo Widerberg, qui a repris la même douceur désespérée et tragique, avec le même regard neutre et tout en retenue du réalisateur.



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(1) : Au terne titre français, on préfère la beauté du titre original, qui fait à la fois écho à l’histoire, bien sûr, mais aussi aux choix de Käutner qui traite son sujet avec humilité, sobriété, retenue : en mode mineur en somme.

 

mercredi 3 août 2022

Un homme marche dans la ville (M. Pagliero, 1949)





Ce drame social de Marcello Pagliero plonge le spectateur dans l’ambiance rude et brumeuse des dockers du Havre. L’humeur du film est un peu comme une queue de comète du réalisme poétique (dont il reste quelques touches ça et là), mais avec un regard plus cru sur la vie des dockers dont la misère est montrée en plein cadre. Le film annonce le réalisme plus dur encore de Voici le temps des assassins ou Des gens sans importance.
Les interprètes sont remarquables et il y a du Zola dans cette peinture de mœurs, avec les immeubles vétustes, les pierres luisantes des jetées, le bar où l’on s’enivre, les passions basses, la lâcheté des uns, les colères des autres et le drame qui se noue.


 

lundi 1 août 2022

World Invasion: Battle Los Angeles (Battle: Los Angeles de J. Liebesman, 2011)

 



Prototype de film de science-fiction transformé en film de guerre où la manière de filmer (caméra portée et secouée dans tous les sens) et le rythme de montage (ultra-rapide et se voulant immersif) transforme le film en une bouillie d’images assez vite insupportable.
L’histoire – conventionnelle, sans surprise, déjà vu jusque dans ses moindres détails et ses faux suspenses – n’a aucun intérêt et l’on suit d’autant plus mollement l’action qu’elle en devient toujours plus frénétique. Jonathan Liebesman prend le spectateur pour un geek addict, mais l'on décroche très vite et l’on s’ennuie ferme.